Et on commence avec :

Ca doit être la première BD de Tintin qu'on m'a offerte. Donc petit capital sympathie à la base, ce qui n'empêhe pas d'être critique. Mais j'ai été plutôt surpris en bien à la relecture, ce qui m'empêche de la mettre dans Les Tintins que vous aimez le moins, malgré des défauts réels.
Le premier atout de cette BD, c'est sa première bande : elle pose efficacement les enjeux, avec une police corrompue qui salue les gangsters et Al Capone qui attend Tintin pour l'éliminer, ce dernier étant déterminé à mettre fin à son règne. Le problème, c'est que cette promesse sera assez mal respectée. D'une part, la police n'apparaît pas corrompue dans l'album : soit les policiers sont incompétents (le shériff alcoolique...), soit ils soutiennent Tintin ; mais ils ne sont pas malhonnêtes. Problème plus gênant : passées les premières pages, Al Capone disparaît et, de la page 12 à la page 43, Tintin n'a de ceesse de poursuivre à travers l'Amérique Bobby Smiles, un bandit rival de Capone :

C'est un bon méchant d'ailleurs, malin et tenace, totalement dénué de scrupules ; mais ça nous éloigne des promesses initiales, d'autant plus qu'après son arrestation, on a droit à un autre méchant secondaire jusqu'à la page 56 avant que Tintin n'arrête quasiment à lui seul tous les criminels.
Mais j'ai trouvé l'album globalement plaisant à relire : il y a bien quelques invraisemblances, comme lorsque Tintin se trouve comme par hasard sur un trotoir ou devant une rambarde piégés. Mais on reste loin du niveau des deux premiers albums. Il y a plusieurs moments très drôles dont je ne me souvenais pas forcément : j'ai beaucoup aimé le détective Mike Mac Adam, une parodie de Sherlock Holmes à peu près aussi efficace que les Dupondt :

Son retour est particulièrement réussi, d'autant plus qu'il est inattendu.
Autre point positif : le traitement des indiens, qui, même s'ils sont des ennemis manipulés par Smiles et pas forcément très futés, offrent des moments amusants et donnent surtout à Hergé de dénoncer le traitement que les Etats-Unis leur infligent (c'est plus facile de critiquer des capitalistes protestants que la couronne et le clergé belges...). On peut dire la même chose pour les noirs : on n'en voit pas mais, dans les dialogues, Hergé dénonce à plusieurs reprises les lynchages et le fait qu'ils servent de boucs émissaires.
Au niveau narratif, on a toujours un peu trop une succession de péripéties pas toujours très bien reliées et des situations pas très crédibles ; mais ça reste mieux fait que dans les deux albums précédents et il n'y a pas trop de moments facepalm. Au final, sans nier les limites d'Hergé à ce stade, j'aui plutôt apprécié ma relecture. Un premier cap a été franchi.






