L
a forme, la réflexion, la performance. L’approche BD de Marc-Antoine Mathieu a toujours été exploratoire et globale. Le Neuvième Art possède son langage et sa mécanique, ceux-ci se doivent d’être analysés, poussés à l’extrême, voire déconstruits ; le tout d’une manière ludique et avec de l’humour, cela va sans dire.
S’il n’est pas le premier a s’être amusé à détourner les codes, il est certainement un des seuls à avoir autant utilisé le côté physique de l’album, ainsi que son contenu. L’anti-case ou la spirale de Julius Corentin Acquefacques, la décomposition du livre dans 3 rêveries ou la dématérialisation de 3’’ avaient fait et continuent de faire forte impression chez les lecteurs et de donner des cauchemars aux éditeurs chargés de les imprimer. En résumé, la bande dessinée selon Mathieu est un terrain de jeu et de spéculation conceptuelle et philosophique. Son champ des possibles n’a donc, théoriquement, pas de limite.
Nouveau projet hors norme, L’infiniment moyen et plus si infinités dans les limites finies d’une édition minimaliste s’inscrit organiquement au sein d’une bibliographie déjà riches en happening dessiné. Ce livre minuscule (2.5cm x 3.5cm) comptant 80 pages reproduites à l’échelle est livré avec une loupe. Au-delà du côté gadget, cette dernière est cependant indispensable pour lire les échanges d’un duo de savants à propos, vous l’avez deviné, de l’infini, particulièrement l'infiniment petit. La discussion est animée et souvent amusante ou provocatrice. Précision importante, malgré son allure lilliputienne, il s’agit réellement d’une BD traditionnelle, avec des vraies planches et des cases. L’ensemble est d’ailleurs doté d’une mise en scène recherchée et n’est nullement avare en ellipses et en mises en abîme insondables. Certes, la lecture n’est pas la plus aisée, mais elle s’avère riche et extrêmement drôle.
Étonnant de par sa taille réduite et un peu gratuit au premier abord, L’infiniment moyen et plus si infinités… convainc rapidement et totalement. Le gabarit XXS se révèle absolument justifié par son sujet et son développement. Au-delà de la prouesse technique et de l’audace éditoriale, MAM (pour les intimes) réussit son coup et repousse encore une fois les bornes de son Art. Chapeau, même si les presbytes ne lui disent pas merci.















Si vous ne connaissez pas Marc-Antoine Mathieu, bienvenue dans un monde expérimental, un monde où tout contournement du format BD est exigé, où les réflexions sur la forme et le fond sont permanentes et aboutissent sans doute au projet le plus extrême de l’auteur.
L’ouvrage absurde au titre à rallonge est ainsi tout simplement la plus petite BD du monde, littéralement de la taille d’une phalange, vendu avec une loupe afin de pouvoir lire les 88 pages de l’album. Passé le carton rouge à Delcourt pour l’impression en chine et le prix tout de même dissuasif pour un objet si expérimental (plus de vingt euros), on constate que l’on a affaire à un vrai album qui navigues entre le jeu de langue de Raymond Devos et les circonvolutions philosophiques sur l’infini et la finitude.
Il faut reconnaître que graphiquement, si l’auteur aime toujours jouer sur l’enchevêtrement des plans et des cases, utilisant zoom et dézoom avec une facétie ludique, la qualité du dessin laisse à désirer. A se demander si l’auteur n’a pas travaillé sur le format d’impression, ce qui serait un nouveau tour de force. Toujours est-il qu’une centaine de pages noir et blanc de débats surréalistes entre deux scientifiques voyageant dans les dimensions de l’infini et des pages ça fait quand même beaucoup pour un cerveau de lecteur BD. Une fois passé l’amusement formel, pas sur que vous lisiez l’intégralité de l' »histoire ». Mathieu a fait mieux visuellement parlant.
On pourra néanmoins savourer de vraies interrogations philosophiques qui débordent la diarrhée verbale dans laquelle les personnages sont conscients de se vautrer (la mise en abyme est une constante chez l’auteur). Projet aussi absurde qu’intéressant, ne trompant personne sur la marchandise (il est indiqué « Essai » sur la boite qui accompagne le livre), L’infiniment moyen… est bien entendu un OBNI qui fera date par la folie du projet plus que par son contenu. Et bon courage pour le ranger…
Lire sur le blog:
https://etagereimaginaire.wordpress.com/2025/10/23/linfiniment-moyen-et-plus-si-infinites-dans-les-limites-finies-dune-edition-minimaliste/
O
(si vous prenez la loupe fournie avec l'album, vous découvrirez dans le symbole ci-dessus un texte de près de 2000 mots, rédigés dans différentes langues, mais un peu flous. Essayez plusieurs fois. Si. Si...)
Ma cote, comme mon coeur, balance. 0 ou 5
Un UFO de plus !!