C
e pluvieux 24 avril 1617, Concino Concini se hâte vers le Palais du Louvre, flanqué d’un garde du corps. Quand le Florentin entre seul, les portes se ferment derrière lui et les rapières surgissent. Son sort est scellé. À l’annonce du trépas, le jeune Louis XIII, âgé de seize ans, exulte ; débarrassé du favori de sa mère, il va pouvoir reprendre les rênes. Sa joie n’a d’égale que la colère des Parisiens qui profanent le cadavre. Forcée à l’exil, la régente déchue trouve un allié en Malaverde, le spadassin qui n’a su empêcher l’assassinat de son protecteur. L’homme sera de tous les complots et soulèvements des nobles contre l’autorité royale, afin d’assouvir sa vengeance. Un choix bien éloigné d’un autre protégé de Marie de Médicis qui préfère mettre son intelligence au service du souverain : le futur cardinal de Richelieu.
Paru en novembre 2025, ce quatrième tome de la Couronne de France met en scène le règne de Louis XIII (1601-1643) et les débuts de celui de son fils, Louis XIV (1638-1715) – lequel sera également au cœur de l’album suivant, à paraître en avril prochain. Jean-Pierre Pécau a choisi d’axer son propos sur le fonctionnement complexe du pouvoir et de ses rouages, afin de montrer comment les deux monarques ont assis leur autorité après des périodes de régence comportant quelques similitudes. Plus que les personnalités des deux hommes ou même celles de ceux qui les entourent, le récit s’intéresse aux alliances, complots, contestations, tensions, troubles et guerres.
Dans la première partie, les menées d’un Malaverde omniprésent prennent le pas sur le reste et en font un symbole de l’opposition à Louis XIII, le point d’orgue résidant dans le long siège de La Rochelle et une rivalité couvrant plusieurs décennies avec le capitaine Fracasse – figure fictive et romanesque née sous la plume de Théophile Gautier au XIXe siècle. Le second temps se concentre autour de la Fronde des nobles contre la gouvernance d’Anne d’Autriche et du cardinal de Mazarin durant la minorité du futur Roi-Soleil. Cette fois, un acteur de l’ombre récurrent réapparaît : l’homme en noir. Celui-ci se rapproche de la Cour des Miracles et, tout en poursuivant son observation, prépare un levier destiné à mettre à mal la Couronne. Pour les aspects historiques proprement dits, le lecteur pourra parfois se sentir légèrement dépassé, car les intervenants ne sont pas toujours présentés et il est préférable d'avoir quelques connaissances dans le domaine. Heureusement, le dossier final pallie cela et apporte un éclairage utile.
Confiée à Francesco Mucciacito (Le Transcontinental, Cosme Ier. Des miettes au festin) pour le dessin et à Luca Saponti pour les couleurs, la partie graphique se révèle de bon aloi. Les costumes et les décors apparaissent particulièrement soignés. De même, les scènes de combat sont bien rendues et la diversité des cadrages assurent une bonne dynamique d’ensemble. En cela, l’immersion est plutôt réussie.
Malgré une certaine rapidité dans le traitement des faits et des acteurs réels - inévitable pour tout caser -, ce quatrième opus de la Couronne de France remplit son office : documenté, il instruit, tout en divertissant.
Lire la chronique du tome 1.
Lire la chronique du tome 2.








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