Vu hier soir avec Briolanie. J'hésitais un peu, et puis elle m'a dit qu'elle avait envie de le voir, donc hop, décidé.
Dans la mesure où je craignais un peu le pire, j'ai plutôt été agréablement surpris.

Certes le film n'a rien d'un impérissable chef-d'œuvre, mais globalement j'ai passé un assez bon moment. Il ne faut s'attendre ni à beaucoup de subtilité, ni à une réalisation de haut vol ; Besson ne s'est pas débarrassé de
tous ses tics les plus lourdingues en matière de mise en scène et de scénario ; mais la plupart du temps le reste va plutôt bien si l'on accepte de se mettre dans le bon état d'esprit, et dans l'ensemble le résultat m'a quand même semblé assez nettement supérieur à ce qu'il a fait ses dernières années.
En ce qui concerne l'aspect "adaptation", c'est assez étonnant puisqu'on retrouve certaines séquences à l'identique ... dans un ensemble qui n'a strictement rien à voir. Au passage, l'argumentaire proposé à ce sujet par Tardi dans l'interview citée l'autre jour par Icecool, mais aussi dans l'émission de radio que je signalais et sans doute ailleurs encore, quand il justifie les libertés prises par Besson avec l'histoire en disant
Tardi a écrit:Mes histoires sont conçues comme une feuilleton, elles ne se terminent jamais. Dans un film, il faut une introduction, un développement et une conclusion.
...eh bien cet argumentaire ne tient au final absolument pas la route puisqu'on retrouve bien dans le film une fin "ouverte" façon feuilleton comme dans les albums.

Après, dans les ajouts et les remaniements de Besson, il y a du bon et du plus dispensable. Par exemple, j'ai bien aimé, dans son genre, la séquence "running gag" des déguisements d'Adèle dans la prison. Beaucoup plus dubitatif en revanche face à l'ouverture façon mauvais pastiche de Jeunet, sans parler, dans cette séquence, de cette histoire de préfet et de danseuse qui rime ni ne mène à rien. Je passe sur certaines des transformations importantes de l'histoire, qui se justifient dans le cadre du récit du film en lui-même (ex: tout ce qui concerne Boutardieu/Esperandieu fusionnés en un seul personnage).
De façon générale, le parti est celui d'un univers plus "coloré", à tous points de vue... je veux dire, pas seulement en termes d'image, mais aussi d'ambiance... enfin c'est plus ouvertement guilleret quoi... que dans la BD. L'atmosphère générale est beaucoup moins sombre
(et les tentatives de Besson de donner du "poids" à la chose en introduisant brusquement des séquences "émotion" ne sont pas toutes convaincantes, mais bon...). Adèle est moins "sèche" et cassante, plus pimpante, que sa version de papier ; mais elle a conservé une part significative de son mauvais caractère, et dans le cadre de la projection, "on y croit", je veux dire par là que sa composition est suffisamment bien faite pour que je fasse totalement abstraction des décalages avec le modèle. Bref, j'aime beaucoup Louise Bourgoin en Adèle.
D'autres personnages s'en sortent moins bien. Pour moi, difficile de croire, notamment, et même indépendamment de la BD, à l'interprétation de Caponi
(dont le prénom a bizarrement été changé de Léonce en Albert, comme celui de Zborowski changé d'Antoine en Andrej pour un personnage là encore très différent de "l'original"), Caponi, disais-je, qui n'est certes pas une lumière à la base, mais dans le film le trait est forcé au 33 tonnes, en faisant un lourdaud bêta, obsédé par la bouffe, mal peigné et toujours entre deux siestes...
Au final on a donc, selon moi : une adaptation semi-réussie, qui évacue certains des traits qui "définissent" la BD de Tardi au profit d'une réécriture beaucoup plus "grand public familial pas trop regardant" et qui ne s'encombre guère de subtilité ; mais qui, en elle-même, tient globalement bien la route, surtout il est vrai grâce à l'allant, l'abattage et le charme de l'interprète principale ; un film qui se situe dans une moyenne haute par rapport à ce qu'on peut attendre (ou redouter) de Besson : pas indigne
(comme certaines de ses productions récentes), pas génial
(mais on n'oserait pas en attendre autant de toute façon), mais qui peut, malgré certaines choses agaçantes, constituer un "honnête" divertissement et faire passer un bon moment si on est au clair avec ce qu'on attend de ce genre de film.