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Drome : Une claque visuelle au service du mythe

Entretien avec Jessie Lonergan

Propos recueillis par N. Laskar et D. Kebdani Interview 06/04/2026 à 09:47 1442 visiteurs

En 2024, Jessie Lonergan a été révélé au grand public hexagonal en réalisant le dessin d’un album de science-fiction percutant : Arca ou la nouvelle Eden (404 Graphic). Plus d’un an après, c’est seul aux manettes que les bédéphiles francophones le retrouvent pour ce qui est incontestablement l'un des titres qui ont le plus marqué la fin de l’année 2025. À travers un mythe fondateur, tenant du récit mythologique ou religieux, l'auteur américain met en scène les premiers Hommes, des dieux et des bêtes fabuleuses tout en développant des questionnements profonds sur la nature humaine. Le scénario solide est servi par des choix graphiques et de compositions remarquables qui font de Drome une véritable claque visuelle…

Comment en arrive-t-on à se lancer dans une telle histoire, sur l’origine du monde et les premiers Hommes ?

Jessie Lonergan : Cela fait assez longtemps que je m’intéresse aux récits mythologiques. Parce que ce sont des histoires qui s’attachent aux sentiments humains et qui les interrogent souvent dans ce qu’ils peuvent exprimer de plus extrême : la mort, le meurtre, la destruction… Étant très attaché à la dimension visuelle de mes ouvrages, lorsque j’ai réfléchi à la narration et à la composition que je souhaitais explorer, j’ai vite imaginé que travailler dans ce type de récits me permettrait d’aller très loin visuellement, notamment dans le spectaculaire et le merveilleux. Si les personnages sont poussés à l’extrême et évoluent, grandissent, ils doivent être grands, presque épiques. Ce choix me permettait d’obtenir un certain équilibre entre la forte ambition visuelle que j’avais et une histoire qui paraîtrait familière, sans être quelque chose de déjà-vu.

Il est assez difficile de véritablement synthétiser l'intrigue de Drome...

J. L. : Ce n’est pas difficile d’expliquer l’intrigue en soi, mais l’expliquer ou la résumer n’est pas suffisant pour comprendre la complexité du livre. La narration est tellement imbriquée dans le visuel, la composition et la structure que simplement dire « il y a des dieux » revient à la réduire, à la figer. D'ailleurs, disséquer une histoire pour l’analyser, c’est un peu comme disséquer une grenouille. Lorsqu'on le fait, la grenouille est déjà morte, elle ne saute plus. Donc si on essaie de résumer l'histoire, on tue la grenouille (rires) ! On pourrait dire, tout de même, que c'est une histoire d’êtres primordiaux qui s’affrontent, ordonnent le chaos et y vivent. Mais finalement, comme je le fais justement dans la BD, moins j'utilise de mots pour dire les choses et au mieux je me porte !

Était-ce important que le lieu de l'action ne soit pas défini précisément ?

J. L. : Oui. J’aime garder les idées aussi ouvertes que possible, un peu comme des nuages. Dès que quelque chose ressemble trop à un décor précis — par exemple un gladiateur romain — tout est immédiatement enfermé dans une case. Je voulais éviter ça. Par exemple, même si certains éléments peuvent évoquer Hercule, l’esthétique est plus proche du travail de Jack Kirby et donc des super-héros. Cela m'ouvrait plus de possibilités dans ce que je pouvais faire avec l’histoire. C'est aussi le cas pour le lecteur, d'ailleurs. Ce n’est pas une expérience à sens unique et je ne dicte pas comment il faut lire l'album. Le lecteur peut y apporter sa propre expérience. Je pense que la bande dessinée est unique en cela : il y a une véritable collaboration entre l’auteur et le lecteur.

Le titre, Drome, semble familier mais n’est jamais expliqué dans le livre. Pourquoi ce choix ?

J. L. : Je ne voulais pas d’un mot immédiatement reconnaissable. Si j’avais choisi quelque chose comme La Chanson de Roland, cela aurait été comme commencer à expliquer le livre. Je voulais un mot mystérieux, sans signification évidente. Et puis, il fallait que ce soit cinq lettres : pas quatre, pas six (NDLR : toutes les planches de l'album sont construites à partir d'un gaufrier initial de cinq cases en largeur). J’ai exploré beaucoup d’idées. Au départ, c’était Prime, mais cela faisait trop penser à Amazon (rires) ! Et il y a déjà eu un comics appelé Prime dans les années 1990 aux États-Unis. En discutant avec mon ami Tony McMillen, l’un de nous a proposé Drome. En anglais comme en français, c’est un suffixe : on l’a déjà entendu, ça évoque une structure, un système, une obsession de l’ordre. Cela correspondait bien, sans trop en dire. Plus tard, j’ai appris que c’était aussi le nom d’une région en France (rires).

Ce livre est une manière de proposer une vision de l’apparition de la vie…

J. L. : Pas vraiment d’un point de vue religieux et en s'intéressant davantage à ce qui fait partie de la vie…. Les mythes grecs résonnent parce qu’il y a une part de vérité en eux. De la même manière, une histoire comme celle d’Abraham devant tuer son fils évoque des sacrifices extrêmes, qui font partie de la vie. En poussant les choses à l’extrême, au-delà des dogmes, cela résonne encore plus avec nous, cela prend du sens. Cet album a surtout été une façon pour moi d'exprimer des émotions que je ressens.

L'album mêle à la fois une réflexion profonde et un aspect purement divertissant, spectaculaire…

J. L. : C'est très instinctif, en vérité. Je travaille de manière avant tout visuelle. Je n’écris pas de scénario détaillé : je dessine directement. Le fait de dessiner d’abord m’oriente naturellement vers l’action, ce qui donne du dynamisme. Comme je n’écris pas vraiment de script, je fais confiance à mon subconscient. Car je suis très autocritique et plus je planifie, plus je deviens conscient de moi-même… ce qui n'est pas bon. Donc je laisse sortir les choses. Il y a même un personnage que beaucoup de gens détestent : si j’avais tout planifié, j’aurais probablement arrêté plus tôt ! Finalement, j’ai laissé faire, et je me suis dit que l’éditeur me dirait si ça posait problème. J’espère que l'équilibre fonctionne bien.

Hedra (auto-publié en 2016, puis repris par Image Comics en 2020) ressemble à une forme de prototype de Drome...

J. L. : Hedra a été un vrai tournant pour moi. Je faisais des comics depuis 2007, avec un succès très limité. Je travaillais avec une voix constante dans ma tête qui me disait « c’est comme ça que les comics doivent être faits ». Je m'autocensurais énormément. À la sortie de mon troisième roman graphique, rien de plus ne s'est passé. Alors j'ai pris du recul, en constatant à quel point faire des comics est difficile et prend du temps. Finalement je me suis dit que si personne ne les lit, autant que je fasse exactement ce que je veux (rires). Et c’est amusant car c’est justement à ce moment que j’ai été remarqué et qu'Image a acheté le livre. Donc avec Drome, je me suis dit qu'il fallait que j'y aille à fond. Parfois je me suis demandé comment j’allais résoudre certaines choses, mais je savais au fond de moi que c'était en continuant que cela se règlerait. Avec 300 pages, on peut construire quelque chose, sans savoir comment on va y arriver, mais qui finit par avoir du sens.

Vos œuvres peuvent, à certains égards, faire penser à Moebius. Est-ce une influence consciente ?

J. L. : Oui tout à fait. Aux États-Unis, surtout dans le milieu indé, il y a l'idée que le dessin ne doit pas se montrer, qu’il doit disparaître au profit de l’histoire. J’ai toujours trouvé ça idiot. Moebius n’est pas très présent aux États-Unis comme il l’est en France, mais quand je l’ai découvert, ça a été une révélation. Comme en musique : au lieu d’une guitare rythmique discrète, il joue le solo. Il se montre. J’aime beaucoup Arzach visuellement, même si narrativement c’est presque comme une mauvaise blague. J’aime aussi Chris Ware, pour sa capacité à créer de l’émerveillement avec une seule image, et Jack Kirby, pour l’énergie créative brute qui jaillit de ses pages. Si je devais me situer, ce serait quelque part dans un diagramme de Venn entre Moebius, Chris Ware et Jack Kirby !

La couleur joue un rôle narratif fondamental, jusqu’à structurer les chapitres...

J. L. : J’ai dessiné Drome en pensant dès le départ à la couleur, et j’ai tout mis en couleurs moi-même. Hedra avait été le premier livre où j'avais vraiment réalisé les couleurs. Pour moi, la couleur doit rester en surface, dans un rôle de soutien. Dans les comics mainstream, tout est à 100 % : le dessin, l’encrage, le texte, la couleur. C’est épuisant. J’aime une couleur plus subtile, qui dialogue avec le dessin. La couleur sert aussi à équilibrer l’intérieur et l’extérieur d’une page. Et comme Drome parle de mythes et de création, les personnages incarnent des éléments fondamentaux : le feu, l’eau, l’encre noire comme origine, le papier comme espace négatif, puis des demi-dieux associés à des couleurs secondaires. Il y a une hiérarchie de pouvoir liée à ces éléments.

Comment expliquez-vous le succès rencontré par votre travail en Europe ?

J. L. : C'est difficile à expliquer (rires). Aux États-Unis, je suis un peu entre deux mondes : ni totalement « indé », ni vraiment mainstream. Cela me convient assez bien car je n’aime pas être enfermé dans une case. J’ai mes propres règles, comme l’utilisation systématique des espaces inter-iconiques, ce qui me rend un peu étrange là-bas mais aussi pour le public européen. Je ne pense pas être très influencé par la bande dessinée européenne, parce qu’on n’y a pas vraiment accès aux États-Unis (on ne trouve pas facilement ArzachBlueberry ou Michel Vaillant, par exemple. Parfois, je passe devant des stands Dargaud ou Delcourt et je me rends compte que je ne connais aucun des livres. Finalement, je suis à la fois très américain… et pas du tout. Je suis quelque part entre les deux !

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Propos recueillis par N. Laskar et D. Kebdani

Bibliographie sélective

Drome

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Note: 4.3/5 (20 votes)

Hedra

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Note: 2.8/5 (8 votes)

Arzach

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Note: 4.6/5 (52 votes)