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L'enfant ébranlé - Tang Xiao - Kana/Made In

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L'enfant ébranlé - Tang Xiao - Kana/Made In

Messagede Bolt » 01/09/2020 09:46

L'auteur chinois Tang Xiao nous raconte les difficultés du quotidien d'un enfant de 10 ans, à la recherche d'un refuge auprès d'une figure paternelle. Sortie le 4 septembre.

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Yang Hao, 10 ans, partage son temps entre l’école et les inévitables compositions à rédiger, ses copains, avec qui il joue aux jeux video, et sa vie à la maison.
I est à l’âge où l’on fait des choses dont on n’est pas toujours fier et dont on aimerait se repentir. L’âge où l’on fait des rencontres que nos parents n’apprécient guère.
Son père, absent depuis de long mois pour son travail, est enfin de retour à la maison. Ce père qui va venir le chercher après les cours, celui qui va le protéger des plus grands, celui qui va le comprendre…Du moins, c’est ce qu’imaginait Yang Hao. Mais les choses vont prendre une autre tournure.
Une dernière rédaction, avec pour thème « décrivez votre père » va être l’occasion pour lui de se confronter à la réalité. Faire descendre de son piédestal son père pour s’en construire un « idéal » fait de ses rencontres

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Bolt
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Re: L'enfant ébranlé - Tang Xiao - Kana/Made In

Messagede superboy » 17/09/2020 20:39

Dessiner la complexité du monde à travers le regard d’un enfant. Une gageure. Car comment saisir l’intention derrière le geste ou les subtilités d’un non-dit quand on possède pour seuls outils sa naïveté et son inexpérience ? Comment encore appréhender la fragilité d’une relation au père distendue, assoupie dans la torpeur d’une routine trompeuse ? Comment seulement nommer les sentiments de frustration et de déception qu’elle peut faire naître quand on ignore les mots justes ? Tang Xiao peint en d’éclatantes nuances le lumineux portrait d’un garçon de dix ans à la découverte du monde sensible.

Yang Hao est un enfant sage, éveillé. A l’écoute, curieux des autres. Il est sociable bien que réservé. Parce qu’il est observateur, il sent confusément que des tas de choses lui échappe dans son quotidien, des petits riens faciles à ignorer. Mais ce dont Yang Hao n’a pas conscience, c’est de sa vie intérieure, ce qu’elle ne cesse de lui crier. Quand, pour les besoins d’une rédaction, il brode autour d’un incident survenu à la maison en inventant des aveux à sa mère pour un miroir brisé, la force symbolique de l’anecdote lui échappe. Ce n’est que le moyen de parvenir à une fin, un exercice scolaire. Cette fable troussée avec talent, si elle satisfait sa maîtresse, reste désespérément vide d’affect, imperméable au doute.
L’auteur s’attache à décrire son petit héros sans trahir cette innocence. Pour cela, il s’interdit la moindre bulle de pensée, procédé direct mais simpliste exposant l’état d’esprit d’un personnage pendant l’action, auquel il préfère l’accumulation de détails, de moments, d’expressions, de comportements captés à la volée par l’œil attentif d’un enfant qui se construit au fil de l’histoire en regard embué de compréhension.

Le retour au foyer de Hongmin, père trop souvent tenu éloigné de sa famille par son travail dans une autre ville pendant des années, va mettre en branle pour la première fois des questionnements d’ordre émotionnels qui bouleversent le jeune garçon. Tout, dès lors, dans la vie de Yang Hao, devient sujet à interprétation par le prisme de cette relation au père nouvelle qui s’impose à sa réflexion. Quand, après un accrochage avec un camarade, il se trouve menacé par un grand frère protecteur, c’est l’absence de figure paternelle rassurante qui se fait douloureusement sentir. Le père chaleureux de l’un de ses amis lui apprend à jouer aux échecs chinoises pour équilibrer les joutes avec son fils ; voilà l’occasion de découvrir un modèle d’éducation parentale alternatif. Des fragments qui composaient depuis longtemps la mosaïque de la vie de Yang Hao lui apparaissent différemment à la lumière des questions intimes qu’il projette dessus.
Les tranches de vie s’enchaînent en saynètes tour à tour piquantes ou émouvantes, toujours passionnantes, riches de personnages croqués avec sincérité et justesse. Les seconds couteaux possèdent une épaisseur qui déborde les marges de l’histoire dans lesquelles ils se débattent, comme la revendication d’une autonomie, d’un droit à exister qui enrichi et complète plus qu’il ne s’oppose à l’intention première de l’auteur. Le bagage existentiel de chacun apporte au récit une densité physique, une gravité créant un contraste frappant avec la subjectivité affectueuse et attachante de Hao qui transparait dans les principaux choix narratifs - le personnage est de toutes les scènes, constamment abordées à sa hauteur de vue - aussi bien que dans le dessin dont le trait à la précision tranchante est adouci par un encrage aérien réalisé à l’aquarelle en niveaux gris qui traduit l’insouciance enfantine effleurant le réel.

Mais si Tang développe avec finesse, à travers les liens filiaux d’une désespérante modernité qu’il décrit, des thèmes difficiles tels que le divorce, les violences parentales ou l’abandon, ce qui l’intéresse avant tout et qui garde l’œuvre de l’écueil du didactisme, ce sont les enseignements qu’en tire son protagoniste, comment ces éléments disparates s’agencent en une image réflexive de plus en plus amère des fondations de son enfance.
Pour cuisants que soient ces accrocs à l’illusion d’un bonheur familial idéal, cet enfant ébranlé ne succombe jamais au misérabilisme. Même quand une prise de conscience met à l’épreuve une amitié, elle charrie en son sein les solutions permettant de réparer et approfondir la relation, de l’entretenir vivace. L’histoire de Yang Hao n’est pas celle d’un désenchantement lent et inéluctable. Ce qu’il vit dans les quelques jours et semaines contés, ce sont ses premiers pas dans la vie, incertains mais déjà volontaires. Jamais Tang ne se contente d’un constat pessimiste sur la difficulté de grandir. Il insiste au contraire sur le courage sans trompettes qu’il y a à chevaucher ses sentiments et affronter la catharsis qu’ils provoquent.
Cette évolution prend corps dans les écrits de Hao, son moyen d’expression privilégié. Alors que la rédaction qui ouvrait le livre n’était que le fantasme irréel d’un moment parfait avec ses parents, le petit bonhomme apprend peu à peu à traduire son bouillonnement intérieur en mots soigneusement posés, pour finalement réussir à le faire jaillir dans les dernières pages en une éruption tellurique, abandonnant soudain le confort ouaté du rêve pour l’âpreté viscérale des émotions. Cette transition achevée marque la naissance d’un regard nouveau, provenu de nulle part et advenu unique, qui parce qu’il est enfin pleinement conscient de lui-même est prêt à embrasser le monde.

Œuvre rare sur l’amertume de l’enfance, L’Enfant Ebranlé raconte avec délicatesse la nécessité de grandir, sans jamais s’embourber dans le miel de la nostalgie. Loin de tout pathos, Tang Xiao irradie d’une beauté solaire l’éveil à soi miraculeux d’un garçonnet, reflet trop juste de nos expériences pour être absolument réel et pourtant surface trop sensible pour n’être qu’une chimère.



Et pour finir sur une note plus terre à terre, ce qu’on mettait dans nos consoles en 94, ce n’était pas des cassettes mais des cartouches ! Raaaaaaah !!!
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Re: L'enfant ébranlé - Tang Xiao - Kana/Made In

Messagede Bolt » 18/09/2020 07:23

Belle chronique.

La fiche dans la bédéthèque est à venir, je dois juste prendre le temps de scanner le bouquin...
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Re: L'enfant ébranlé - Tang Xiao - Kana/Made In

Messagede DixSept » 22/10/2020 18:43


Oyez ! Oyez ! Oyez ! La chronique est en ligne ... que cela soit dit !
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