S
ur les ruines encore fumantes d'une bataille sanglante, un gobelin s'extirpe des corps. Guulghar, c'est ainsi qu'il se nomme, n'a que quelques instants pour réveiller Huulghar, son spectre de frère, et libérer Alastor, le chevalier noir, des chaines ensorcelées qui le retiennent prisonnier. Juste à temps pour faire face à leurs ennemis qui passent au crible l'endroit et anéantissent les derniers survivants. Ces trois rescapés ne sont pas les premiers venus, ils font partie de la Sombre Garde. Et leur périple pour retourner sur leurs terres ne fait que commencer...
Des Gobelins, des vouivres et des chevaliers d'outre-tombe qui croisent le fer avec des êtres qui rappellent les Elfes : pas de doute, l’univers imaginé par Dobbs sent fort la Fantasy. De la High Fantasy diraient les puristes, mais inutile de se lancer dans ce genre de considération, l'essentiel avec le premier acte de cet Alastor Sombregarde réside plutôt dans la maîtrise et le plaisir.
Sur la forme, la prestation graphique d'Aurélien Morinière est à souligner ; que ce soient pour les planches ou les interludes qui habillent les quatre chapitres, elle ne souffre d'aucune fausse note. L'artiste, plus souvent vu ces dernières années sur des récits fantastiques ou historiques (Le choix du Roi,Visages - Ceux que nous sommes*), livre une belle prestation. Son trait est sûr, ses compositions, variées, appuient le rythme d'une intrigue généreuse ou accentuent la tension de certaines situations, notamment les nombreuses scènes de combats. Son travail sur la colorisation est également à saluer. Nuancé, il apporte de la force aux ambiances inquiétantes et souligne à merveille les effets d'un scénario qui ne manque pas de sel.
Sur le fond, l'histoire développée par Dobbs (la collection H.G. Wells chez Glénat ou encore Sa Majesté des Ours) ne recèle que peu de temps morts. Dans les pas de cette troupe au casting inhabituel, mais terriblement bien trouvé, le sang et la mort sont souvent au rendez-vous. En suivant le retour chaotique de ces (anti-)héros, entrecoupé de nombreux rebondissements, le lectorat découvre un monde où le Mal n'a peut-être pas l'apparence sombre habituelle. Le choix de l'angle narratif - interne, en voix off - apporte une distance qui casse la cruauté des évènements en apportant une distance et un humour bienvenus. Enfin, le soin apporté aux dialogues, où l'éloquence et le chant lexical d'Alastor renforcent le côté chevaleresque des personnages tout en forgeant une belle identité à ce premier volume.
Abouti, tant graphiquement que narrativement, L'infâme Gentilhomme possède la saveur des récits épiques avec un soupçon de plaisir coupable. Un opus convaincant, qui ouvre avec talent un diptyque qui risque d'attirer à juste titre l'attention des fans de neuvième art et de fantasy.
Découvrir la preview du tome 1, L'infâme Gentilhomme.
NdC * : prix Histoire au festival d'Ajaccio 2023.

















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