L
iverpool,1915. À l’usine Newton, les femmes remplacent les hommes, partis à la guerre. Pendant la pause, elles jouent au football et se révèlent particulièrement douées. De fil en aiguille, les Newton Ladies finissent par remplir les stades. Toute bonne chose ayant une fin, les canons se taisent. Les frères et les époux reprennent alors leurs places, à la manufacture et sur le rectangle vert. Pis encore, en Grande-Bretagne, les sportives sont bannies des centres d’entraînement. Qu’à cela ne tienne, les ouvrières feront des tournées en France et aux États-Unis.
Avec Le match du siècle, Julie Billaut signe un récit fictif, mais crédible, inscrit dans l’histoire du sport britannique, comme en témoigne un dossier de neuf pages en fin d’album. Le secret du succès est certainement la galerie de sympathiques personnages : Linda, la gardienne grognonne, Rose, la surdouée ou Wendy l’enthousiaste. Le bédéphile se réjouit de leur bonne fortune, même lorsqu’elles affrontent l’Hexagone.
En creux se lit la lutte féministe. Les hommes partis, tous comptent sur l’autre moitié de l’humanité pour faire tourner l’économie, tout en continuant de s’occuper de la maisonnée. Lorsque les choses reviennent à la normale, elles ont pris goût à l’émancipation. Certains souhaitent qu’elles retournent à leurs fourneaux, mais d’autres entreprennent de les accompagner. Le lecteur notera du reste que, dans le titre, le mot match est écrit au singulier, rappelant du coup que le véritable enjeu n’est pas sur la pelouse.
Désirant boucler la boucle, l’autrice projette son odyssée dans les années 1970, alors que le football féminin est reconnu par la FIFA. À l'occasion d'un long épilogue, les protagonistes, devenues septuagénaires, agissent comme conseillères. Le lecteur a l’impression que ces planches constituent le dénouement d’une revendication sociale, plutôt que celle de l’aventure de onze jeunes femmes qui n’ont pas froid aux yeux. Une simple postface aurait pu suffire.
Le travail semi-caricatural de Seb Piquet soutient bien le projet. Son dessin, léger et vivant, dynamise la narration, même s’il apparaît un peu brouillon. Qui dit récit sportif dit scènes d’action. L’entrain des footballeuses est souligné par une abondance de traits de mouvement traduisant la vélocité des sportives et des ballons. Les actrices, charismatiques, respirent la joie de vivre et la détermination. La colorisation demeure classique : demi-teintes (avec beaucoup de rose) lorsque les événements ont pour cadre le début du XXe siècle, et pigments plus vifs dans les années 1970.
Le match du siècle relève le pari de transformer une épopée sportive en un plaidoyer pour l'égalité. L'album s'impose comme un hommage à ces pionnières qui, bien avant les championnes d'aujourd'hui, avaient compris que leur place est partout, même là où on ne les attend pas.

















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