L
es meurtres se succèdent au sein de la petite communauté monacale perdue aux confins du royaume de France et de l'Italie. La clairvoyance dont fait preuve Guillaume de Baskerville pour discerner le vrai du faux dans le brouillard hivernal permettra-t-elle d’éviter le pire, alors que l’Église est en proie à de profondes divisions entre les partisans de l’aumône et ceux de la pauvreté ?
Avec plus de cent mille exemplaires écoulés, le premier volet du diptyque de Milo Manara a confirmé deux choses : l’universalité du roman d’Umberto Eco et la maestria d’un dessinateur italien.
Le Nom de la rose est une œuvre riche, complexe, prégnante et difficile à appréhender, et son adaptation à la bande dessinée relève de la gageure ! Comme déjà écrit, Milo Manara réussit à en faire une transcription à la fois plaisante et exigeante, à l’instar des échanges entre les frères mineurs et les légats du Pape. De fait, les deux hommes partagent une passion similaire pour les représentations. Qu’il s’agisse de mots, de signes, d’images ou de couleurs, l’un comme l’autre sont au service d’une même histoire, bien qu'ils possèdent deux manières de la raconter. Après Jean-Jacques Annaud et ses cinq millions d’entrées hexagonales, Milo Manara livre donc sa vision de l’œuvre de l’écrivain piémontais avec les outils de son art, au travers d'un scénario épuré et cohérent, d'ambiances colorées avec justesse, de décors d’une belle profondeur et d'allégories subtiles et graphiques. Même si l’ambiguïté du moine franciscain passe au second plan, comme la symbolique de la bibliothèque bénédictine ou les tensions internes entre communautés ecclésiastiques, le travail du père de Mielle demeure convaincant, fidèle dans l’esprit à l’une des œuvres emblématiques de la littérature italienne.
Alors qu’Umberto Eco n'imaginait pas Sean Connery dans la bure de Guillaume de Baskerville, Milo Manara choisit Brando… avec un résultat similaire, et ça, c’est un signe !

















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