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Rencontre avec Golden Man...

...alias Daniel Pecqueur

Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade Interview 23/11/2011 à 10:38 3427 visiteurs
Daniel Pecqueur fait partie de l'histoire des éditions Delcourt, même s'il a intégré la maison une dizaine d'années après sa création, par l'intermédiaire d'Olivier Vatine. Véritable pilier de la collection "Série B" avec Arctica, Golden Cup ou Golden City, il sort en cette fin d'année 2011 une nouvelle série, Yiya, dont le premier tome vient de paraître. Rencontre avec un homme attachant, à quelques heures d'une grande soirée prévue pour fêter les 25 ans de Delcourt, à Saint Malo.

Vous êtes l’un des piliers des éditions Delcourt, et de sa collection « série B », qui fêtent cette année leurs vingt-cinq ans d’existence…

Ça ne fait pas vingt-cinq ans que je suis chez eux mais déjà quatorze ans. Je n’ai pas fait grand-chose avec eux depuis le début de l’année pour fêter ça, mais l’apothéose étant ce soir (samedi 29 octobre 2011, NDLR), je compte bien y participer.

Après Golden City et Arctica, Yiya est une nouvelle série se déroulant en milieu aqueux. Êtes-vous un adepte d’histoires d’eaux ? (sourire)

« D’eaux » s’écrit comment ? (sourire) Cela vient de façon naturelle. Hormis l’espace, la mer reste le seul endroit que l’on peut encore découvrir, la dernière terre d’aventures. J’ai toujours été attiré par l’eau.

On parle de Yiya depuis le début de l’année 2011, sa sortie ayant été régulièrement repoussée. Pour quelles raisons ?

J’ai eu des problèmes personnels. Mon éditeur a été compréhensif et a décidé de décaler la sortie du premier tome de façon à ce qu’il y ait finalement moins à attendre pour la sortie du deuxième. Des dates de sortie rapprochées, c’est important pour une nouvelle série.

Une fille éloignée de son grand-père dans Arctica, une orpheline à la recherche de son père adoptif dans Yiya, des enfants perdus dans Golden city où il est également question d'orphelins dans l'un des derniers dialogues du tome 9…

C’est vrai. Je ne m’en aperçois pas quand j’écris. Mais la question des orphelins vient sans doute de ma mère. Elle est italienne et a été prise dès l’âge de sept ans par sa tante qui était venue en France pour se sortir de la misère. Elle a donc été élevée par quelqu’un d’autre que sa propre mère.

À la fin du dernier tome de Golden City, on retrouve aussi cette thématique avec ces enfants perdus inquiets pour le devenir d'autres enfants, ceux des « méchants »…

Tout à fait. C’est peut-être aussi parce que je n’ai pas d’enfant et que l’adoption m’a été refusée à cause de mon métier.

Il y a très souvent une touche d'érotisme dans vos albums ; pourtant, bien qu'on trouve une maison close et des filles de joie dans ce premier tome de Yiya, on y trouve moins de nu... Question de climat ? (sourire)

C’est peut-être une habitude que j’ai prise avec Golden City où les premiers lecteurs ont parfois 10-11 ans. Je n’ai rien contre l’érotisme mais si on en met trop dans une histoire comme ça, cela risque de devenir racoleur. Comme Yiya n’avait pas de famille, à part Rogo, j’ai trouvé ça utile de lui en donner une autre, d’adoption, c’est la raison d’être des filles de la maison close et du rôle qu'elles peuvent jouer.

Là, vous faites des pensionnaires du "Pink submarine" (NDLR : les "hôtesses" dont il est question dans la question précédente) des marins prêtes à affronter le gros temps : le contre-emploi est savoureux.

Oui. (sourire) Olga pourrait être la mère de Yiya, si on s’en réfère à leur âge respectif. Et c’est elle qui dit aux autres : « Allez, on va y aller ! ». Il y a une sorte de communauté de compassion. Le père adoptif de Yiya, Rogo, est tout pour elle, à tel point qu’elle mélange un peu ses sentiments en grandissant. Ça m’intéressait que ce soit des femmes qui l’aident car elles peuvent comprendre l’affection et l’affectif qui existent entre Rogo et Yiya.

Selon vous, combien de lecteurs vont-ils entonner "we all live in a pink submarine" en lisant Yiya ? (sourire)

J’y ai pensé ! (sourire) C’est d’ailleurs un clin d’œil car je ne savais pas trop dans quoi mettre la maison close. Ça m’embêtait que ce soit dans un décor « normal ». L’idée du sous-marin m’est venue en regardant un reportage sur des sous-marins russes en Finlande, statiques, qui ne bougeront sans doute plus. C’est aussi un peu pour illustrer la guerre qui est remplacé par l’amour.

Il n’y a aucune indication de lieu et de temps jusqu’à la dernière planche de l’album. Cette absence de repères est-elle délibérée ?

Oui, tout à fait. L’action se passe dans un pays de l’Est qui pourrait être, comme je le pense, la Russie mais elle pourrait aussi se passer ailleurs. Je l’imagine du côté du détroit de Bering, dans un petit port de pêche, ce qui pourrait expliquer pourquoi le fleuve est enneigé et glacé. Je ne voulais pas le situer de façon précise car, à partir du moment où les personnages vont se déplacer, ce qui est représenté à la fin de l’album sur une carte, j’aurais été obligé de respecter le kilométrage, les transports… J’aurais donc été bloqué. Alors que là, au bord de la mer, quelque part en Russie, sans vraiment nommer l’endroit, j’ai plus de possibilités. Le lecteur sait juste qu’il est sur Terre et j’aimais bien l’idée de le laisser un peu déstabilisé, dans un endroit qu’il ne connaît pas, qu’il ne soit pas non plus déboussolé au moment où le récit plonge dans le fantastique.

C’est donc une démarche complètement différente de celle d’Arctica où les lieux sont très précis…

Oui, car pour Arctica j’avais besoin de localiser précisément les différents endroits. Et puis, comme j’aime beaucoup Venise, je trouvais ça sympa de faire quelque chose avec les déguisements.

Comment travaillez-vous avec vos dessinateurs pour la définition physique de vos personnages ? Leur donnez-vous un profil très détaillé ou composent-ils librement à partir de traits de caractère ? (on pense à la mèche d'Harrison, le chignon de Holly, les couleurs de cheveux bleues dans Arctica ou roses dans Golden Cup)

Le chignon de Holly, ce n’est pas de mon fait. C’est Vatine qui était au départ du projet, qui a conseillé à Alain Henriet une chevelure un peu comics ou un peu manga. Ils ont donc opté pour ça… Elle va d’ailleurs changer de coiffure dans le sixième tome… Les cheveux bleus, par contre, c’est moi. Je voulais qu’il y ait une différence dès qu’on la voit, qu’elle ait un corps humain mais aussi un signe distinctif. Pour la chevelure rose dans Golden Cup, j’avais vu un reportage sur le Japon… À Tokyo, il y a une rue très passante remplie d’échoppes qui, pour attirer les clients, emploient des jeunes filles très mignonnes, en petite jupe et aux cheveux de toutes les couleurs.
Revenons à la question initiale. Au départ, je ne connaissais rien dans le domaine de la bande dessinée mais j’en connaissais beaucoup plus dans le domaine du cinéma puisque j’ai fait le conservatoire des Arts Dramatiques. Je lisais une revue qui s’appelait « L’avant-scène cinéma». C’est une revue qui explique pratiquement scène par scène ce qui se passe dans un film, avec les dialogues écrits en dessous. Ainsi, la première fois que j’ai présenté mon scénario à un dessinateur, je suis parti de ça, en donnant énormément d’indications, notamment sur le cadrage. Depuis, j’ai besoin de ça pour appuyer mes textes.

Comment s’est effectué le choix de Vukasin Gajic au dessin ?

Je travaille sur Arctica avec un serbe qui passe, pour qu’on se comprenne, par un agent. Un jour, il m’a téléphoné pour me dire qu’il revenait d’un festival à Belgrade et qu’il y avait rencontré un dessinateur extraordinaire. Je lui ai envoyé le script de Yiya, le dessinateur a fait des essais et quand je les ai vus, je me suis dit : « Il faut que ce soit lui. ».

Un dessinateur qui assure également la mise en couleurs : vos nouvelles aventures aquatiques ne portent donc pas la signature de Pierre Schelle perçue comme une co-signature de vos albums...

C’est vrai, mais je trouve ça bien que ça change un peu. Autant pour Golden City, il y a un milieu paradoxalement très glacé, une cité dorée mais une ambiance très froide par rapport aux orphelins. La couleur de Schelle, très claquante, allait très bien avec ça. Pour Yiya, je souhaitais quelque chose de plus chaleureux.

Combien de tomes Yiya comptera-t-elle ?

Même si tout dépend du succès de la série, je pencherais plutôt pour quatre ou cinq albums.

D'une manière générale, connaissez-vous l'issue de vos séries lorsque vous en jetez les bases ?

Non, car j’aurais l’impression de faire un pléonasme. Par contre, je sais où je vais. Je sais ce que je veux raconter mais pas combien de temps cela prendra. La raison en est simple : entre deux albums s’écoule au minimum un an, donc quatre ans au minimum entre le premier et le quatrième. Et en quatre ans, je vais lire, voir des choses qui vont alimenter le corps du récit. Mes envies aussi évoluent… Pour Golden City, par exemple, ce sont les gens en dédicaces qui m’ont convaincu de l’importance des orphelins dans l’histoire.

Comment est née l'histoire du sanctuaire ?

Toute ma famille est italienne et vit près de Perugia où le Tibre passe non loin. En amont, un barrage a englouti un village. Je m’en étais déjà servi pour l’un des épisodes de Golden City. Je trouve ça assez effrayant d’imaginer que tout un pan de vie est parti en quelques instants, jusqu’au cimetière qui n’est plus accessible. Par contre, sur un plan purement esthétique, c’est très agréable à représenter.

Êtes-vous d'accord si on dit que le fantastique remplace la technologie et les machines présentes dans vos autres "série B" (les Golden et Arctica) ?

Je ne pense d’ailleurs pas que Yiya sorte dans la collection « série B ». J’ai souhaité privilégier les sentiments de mes personnages, en réalisant quelque chose de plus introspectif, contrairement à Golden City, par exemple.

À propos d'Arctica : même si ce n'est pas nécessairement de votre fait, la couverture du tome 2, qui échappe au modèle des trois autres, pose question... (NDLR : celle-ci représente des plongeurs tandis que les autres mettent en scène des bolides filant à toute allure)

Oui, c’était une idée de Fred Blanchard. Il y a un côté mystérieux dans cette couverture : que font-ils, où vont-ils… J’avais plutôt pensé à une couverture qui montrait ce qu’ils trouvaient dans la grotte, mais c’était sans doute dévoiler un peu trop l’histoire. Pour le tome 5, on a très vite trouvé la trame mais ce n’est pas toujours facile d’imaginer la couverture idéale.

L’argument écologique dans Arctica, la guerre de l’eau, s’efface au fur et à mesure des tomes…

C’est vrai. Mais je suis obligé de traiter la guerre de l’eau avec Dakota. Dans le tome 5, je n’ai pas eu la place de lui faire jouer un rôle pour faire avancer ce pan de l'histoire. Il faut donc que je trouve un endroit où le caser dans le prochain tome. Effectivement, j’ai vraiment envie de montrer ça.

Ce mois-ci sort également le 9ème tome de Golden City : envoyer la cité par le fond et faire disparaître Harrison Banks est-il le rebond le plus logique selon vous ? Avez-vous pensé au traumatisme des fans ? (sourire)

J’ai eu peur de me répéter. Je me suis posé la question : « Qu’est-ce que je vais raconter ? Dois-je rester dans Golden City ? » Mais Banks, avec ce qu’il a vécu, ne pouvait plus reprendre son poste. Il était resté tout simplement pour Léa, et les liens tissés avec elle sont expliqués dans ce neuvième tome. Banks a pris conscience de la pauvreté, de la misère qu’il n’a jamais connues et ne peut donc plus « rentrer au pays ». C’est pour ça que je l’ai fait disparaître pour qu’on le retrouve, plus tard, avec un changement physique.
D’ailleurs, au sujet de sa mèche, j’avais demandé à Nicolas Malfin, au tout début, ce qu’il pouvait faire pour que sa coiffure ne soit pas trop rigide. Le monde autour de lui l’était déjà suffisamment, il devait déjà porter un costard-cravate… Pour un mec qui rêvait de partir dans l’espace, ça faisait beaucoup. Je voulais un signe distinctif qui lui donne un côté romantique. J’avais lu une BD de Milton Canif dans laquelle il y a un type de 22 ans, pilote pendant la guerre. On le voit dans un hangar, appuyé contre un mur, les mains dans les poches. La porte du hangar est entrouverte et on voit derrière l’avion qui l’attend avec le mécano en train de finir la préparation de l’engin. Et le jeune homme est là, sérieux et grave, prêt à partir au combat, les cheveux en arrière avec juste une mèche qui tombe. Cette mèche est formidable. Elle donne de la fragilité au personnage, elle montre que ce n’est pas un super-héros. C’est cette fragilité qui m’intéressait. Banks n’est pas un requin de la finance, il est arrivé là un peu par hasard, juste parce que sa mère lui a demandé de reprendre « la boutique ».

Concernant la disparition de la cité, j’ai beaucoup hésité. Je me suis demandé si les lecteurs allaient suivre. Je me suis finalement dit que c’était un moyen de relancer la série, même si Nicolas Malfin n’était pas d’accord. On me reproche d’ailleurs souvent de faire trop de rebondissements dans mes histoires mais quand je vois le nombre de gens qui lisent des bandes dessinées et le nombre de bandes dessinées qui sortent chaque mois, je ne peux pas écrire tout le temps la même chose. Golden City, c’est aussi l’histoire d’un homme qui a tout et qui se retrouve du jour au lendemain sans rien, sans identité et sans argent. Il voit qu’il s’en sort grâce à des gens qui sont dans la misère. Ça me semblait difficile de laisser son monde et lui debout comme s’il ne s’était rien passé. Le naufrage de Golden City, c’est un peu ce qui se passe à l’intérieur de lui.

Avez-vous imaginé une fin pour Golden City ?

On a déjà fait un premier cycle avec un virage amorcé à la fin de celui-ci. Ce qui m’embête avec les cycles, c’est que les lecteurs se disent : « C’est fini ». Et pour les auteurs, ça fait une coupure. C’est vrai que pour celui-ci, la coupure a été bénéfique puisqu’elle m’a permis de couler la ville. Pour répondre à la question, je ne sais pas encore. Mais une chose est sûre, je ne tirerai pas sur la ficelle. Là, ce qui m’intéresse, c’est d’aller chercher Banks, voir ce qu’il est devenu, pourquoi il n’a pas donné de nouvelles. Mais aussi, imaginer la nouvelle Golden City…
Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade

Information sur l'album

Yiya
1. Le Mangeur de chagrin

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