Cher lecteur de BDGest

Vous utilisez « Adblock » ou un autre logiciel qui bloque les zones publicitaires. Ces emplacements publicitaires sont une source de revenus indispensable à l'activité de notre site.

Depuis la création des site bdgest.com et bedetheque.com, nous nous sommes fait une règle de refuser tous les formats publicitaires dits "intrusifs". Notre conviction est qu'une publicité de qualité et bien intégrée dans le design du site sera beaucoup mieux perçue par nos visiteurs.

Pour continuer à apprécier notre contenu tout en gardant une bonne expérience de lecture, nous vous proposons soit :


  • de validez dans votre logiciel Adblock votre acceptation de la visibilité des publicités sur nos sites.
    Depuis la barre des modules vous pouvez désactiver AdBlock pour les domaine "bdgest.com" et "bedetheque.com".

  • d'acquérir une licence BDGest.
    En plus de vous permettre l'accès au logiciel BDGest Online pour gérer votre collection de bande dessinées, cette licence vous permet de naviguer sur le site sans aucune publicité.


Merci pour votre compréhension et soutien,
L'équipe BDGest
Titre Fenetre
Contenu Fenetre
Connexion
  • Se souvenir de moi
J'ai oublié mon mot de passe
Toute la bande dessinée

F uyant la misère et la violence, des migrants voient dans l’Occident leur seule planche de salut pour une vie décente et sécuritaire. Le chemin qui relie ces deux mondes est dangereux et même mortel pour certains. Pourtant, malgré les distances et les différences, Nord et Sud se côtoient depuis presque toujours et des routes existent. Preuve en est ces merveilles qui peuplent les musées, telle cette Maternité rouge témoin d’un passé aussi troublé que les temps présents.

Entre fable moderne et cri du cœur, Lax raconte l’odyssée tragique d’Alou. De son village malien à Paris, le récit suit le jeune homme tout au long de son voyage. Outre un peu d’espoir et beaucoup de courage, il a dans sa besace une statuette ancienne. Serait-ce sa clef pour se faire accepter en France ? Échoué aux portes du Louvre, il finira par la remettre à des sages en blouse blanche qui sauront la faire parler. Avant d’arriver au pied de la célèbre pyramide de verre, le scénario aura survolé les relations asymétriques qui se sont installées entre la métropole et ses anciennes colonies durant les les soixante-dix dernières années. Le programme est ambitieux et l’argumentation pas toujours très subtile. L’ensemble est néanmoins immensément sincère et narré d’une main de maître. Lieux et temporalités se répondent naturellement et l'émotion prend souvent à la gorge.

Graphiquement, le dessinateur fait également démonstration de toute l’étendue de son talent. À la façon d’un Emmanuel Lepage, il montre la puissance des éléments, dépeint les peurs avec précision et use juste ce qu'il faut de romantisme quand la Nature reprend ses droits. Seules les couleurs un peu passées et monocordes restent en retrait. Grise et délavée, la palette de Lax est un peu à l’image du ton mélancolique de la narration.

Propos nourris par l’actualité et les préoccupations du moment, Maternité rouge est un ouvrage poignant finement documenté et admirablement réalisé.

Par A. Perroud
Moyenne des chroniqueurs
7.0

Informations sur l'album

Une Maternité rouge

  • Currently 4.50/10
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6

Note: 4.5/5 (6 votes)

  • Lax
  • Lax
  • 01/2019 (Parution le 16/01/2019)
  • Futuropolis
  • Musée du Louvre
  • 978-2-7548-1660-1
  • 133

Poster un avis sur cet album

Votre note :
Vous devez être connecté pour poster un avis sur le site.

L'avis des visiteurs

    bd.otaku Le 22/04/2019 à 17:57:47

    Cet album fait partie de la prestigieuse collection du Louvre coéditée par Futuropolis dans laquelle ont œuvré entre autres De Crécy, Yslaire et Bilal. Paradoxalement, le musée n’y fait son entrée qu’au bout d’une dizaine de pages. Le vrai sujet est ailleurs : il s’agit de narrer l’aventure d’Alou, un jeune chasseur de miel malien. Un jour, ce dernier est pris à parti par des intégristes qui lui reprochent de vénérer des idoles (il a fait la danse du miel pour remercier la nature de lui avoir indiqué un gisement de miel dans un baobab), ils le menacent et pour l’intimider font exploser l’arbre centenaire. Dans les débris de celui-ci, l’adolescent trouve une statuette dogon ancienne, une « maternité rouge ». Il va demander conseil à un vieux sage Hogon qui lui enjoint de l’amener en France, au Louvre, pour qu’elle soit protégée et sauvée. Le jeune garçon va alors entamer le même périple que tant d’autres migrants, assister à des scènes effroyables (intimidations, viol collectif, meurtres, noyades …) pour trouver au bout du chemin une terre d’asile qui n’en est pas vraiment une…
    Deux thèmes fondamentaux s’entrelacent donc : la sauvegarde du patrimoine historique de l’humanité et le sort des migrants. Lax établit une construction en montage alterné : nous suivons d’une part l’odyssée d’Alou et faisons d’autre part connaissance avec des membres du personnel du Louvre qui travaillent au Pavillon des Sessions (département des arts premiers, sorte de « vitrine » du musée du quai Branly) Claude le conservateur érudit et Claire la jeune scientifique radiologue ce qui permet d’aborder « les coulisses » du musée et de rendre hommage à ses travailleurs de l’ombre. Enfin nous rencontrons des bénévoles qui aident de leur mieux les migrants installés dans leur campement de fortune sous la Cité de la Mode en plein Paris et en plein cagnard. Cette démultiplication des intrigues permet de questionner la notion d’engagement et de priorité. Alou s’interroge sur le sens de sa mission : il ne sauve pas une personne à deux reprises pour protéger sa précieuse statuette tout comme Claire qui se demande si ses connaissances en radiologie ne seraient pas mieux employées à sauver des vies plutôt qu’à analyser des œuvres… Le sage Hogon voit lui-même ses certitudes vaciller : ce en quoi il croyait jadis (contrer la spoliation colonialiste) ne tient plus devant la montée des intégrismes… De multiples interrogations naissent pour le lecteur dans la confrontation des destinées et des idéaux mais si l’auteur soulève les questions, il ne pontifie jamais et refuse de délivrer un message unique dans une perception manichéenne. Il propose une fin ouverte et manie très subtilement l’art de l’ellipse et de la juxtaposition significatives ; il évite le « verbiage » et le sermon dans de splendides planches muettes qui sont pourtant profondément éloquentes.
    Poursuivant la recherche graphique entreprise dans Un certain Cervantès, il utilise des lavis où se déploie tout un camaïeu de gris savamment travaillés et relevés de bleu et de jaune avec des reliefs, du volume ( apport de blanc, technique du masquage à l’aide de gras). La seule couleur franche, le rouge, étant réservée à la « maternité ». Il met à mal le gaufrier traditionnel et alterne entre personnages hors-case ( Alou exultant de joie lors de sa danse du miel ; le caravansérail …) et paysages grandioses de savane, de désert, de tempêtes et de côtes accidentées en pleine page. Véritables peintures, ces planches sont empreintes de romantisme et de mélancolie.
    Un album indispensable tant par son propos que par sa maîtrise artistique qui questionnant le bien-fondé de l’art est la démonstration même que celui-ci peut être utile et engagé tout en n’omettant pas la beauté.

    Yovo Le 14/03/2019 à 14:32:08

    Féru d’art africain, je ne pouvais pas passer à côté de cet album magnifique.
    « Une maternité rouge » retrace en effet l’odyssée d’une petite sculpture vieille de 5 siècles, de la savane africaine jusqu’au musée du Louvre, cachée dans le sac à dos d’Alou, un jeune malien chasseur de miel. Et le trajet d’Alou sera exactement celui d’un migrant...

    Pour autant, Christian Lax ne prend pas l’actualité à témoin pour dénoncer quoi que soit. Son récit est évidemment un conte, un de ceux qui pourrait être chanté par un griot africain. Il s’adresse avant tout à la culture, la curiosité et l’intelligence du lecteur, sans mièvrerie ni misérabilisme. Lax, dont la virtuosité au crayon atteint ici des sommets, est donc aussi un conteur de grand talent.
    Son personnage est une allégorie qui remet l’art et la beauté au centre du jeu, nous rappelant que la création est le reflet du plus haut degré de la civilisation humaine. Elle est donc par définition une arme contre la barbarie.
    Le poids de cette parabole n’écrase jamais la sincérité du propos et l’importance des questions posées, dont celle-ci : une œuvre d’art mérite-t-elle qu’on sacrifie des vies pour la préserver ? L’auteur fait preuve d’autant de retenue qu’un vieux sage africain sous l’arbre à palabre en se gardant bien d’y répondre. Il interroge juste, sans dispenser la moindre leçon.

    Il fait de même en mettant en lumière les contradictions d’une institution comme le musée du Louvre (coéditeur de l’album…) qui ne voit dans le périple d’Alou que l’opportunité d’avoir une pièce de plus dans ses collections. En fin de compte le destin d’Alou leur importe peu, pourvu que la Maternité Rouge reste. L’homme n’ayant de valeur que par ce qu’il a, non pour ce qu’il est…
    N’oublions pas que l’art africain est le plus souvent investi de rôles sociaux et de pouvoirs sacrés ; le mettre en vitrine n’a de fait aucun sens ! Pourtant le musée du Louvre et celui du quai Branly regorgent de ces œuvres sous prétexte de les conserver, alors qu’elles sont les fruits d’un pillage organisé à l’époque coloniale… Là encore Christian Lax expose ces curieux paradoxes et laisse au lecteur le soin de se pencher ou non sur la question.

    « Une maternité rouge » est donc à mon avis beaucoup plus complexe qu’en apparence et au final, cet album montre surtout que l’art est un patrimoine commun appartenant à l’ensemble de l’humanité. C’était un sacré défi, amplement réussi.

    Une belle histoire, grave et simple, merveilleusement illustrée, dont l’apparente naïveté est une force grâce à laquelle elle devient universelle. Et sa valeur est grande. Bravo !

    docteur fil Le 18/02/2019 à 13:10:24

    Une histoire fantastique, d'une très grande humanité.
    Peut-être l'album le plus émouvant de la collection Futuropolis/Le Louvre.
    Et des pages sublimes, avec des dessins magnifiques.
    Merci Monsieur Lax.