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idwest des USA, fin du XIXe siècle. Depuis peu ce qui peut être vu comme la modernité est arrivée, via le chemin de fer. Le temps des pionniers est révolu, mais ce n'est pas synonyme de prospérité pour tous, loin de là. Certains pensent même qu’une certaine forme de déclin est déjà en marche. Ces considérations ne sont pas celles de Shed. Lui, ce qu’il veut, c’est palper des biftons et il a un plan ! Braquer le train, voilà quelque chose de nouveau et avec tous ces bourgeois pleins aux as, il n’y aura qu’à se baisser pour ramasser les dollars. Son cousin Will ne dit pas non, ni oui d’ailleurs. Il n’est pas embêtant le Will, tu lui parles un peu fort et il suit sans poser de question. Pour le troisième larron, Shed a pensé à John. Oui, le grand John, ce taiseux toujours planqué au fond du saloon. Ce n’est pas un commode et il est fiable, normalement. Il faut juste ne pas le regarder dans les yeux.
Jolan Thomas a choisi un western comme cadre de son premier album. Le genre est éprouvé, éternellement à la mode et souvent réinventé. Des bandits, une attaque de train qui dérape, le procès et la corde, pas vraiment de surprise. Pour donner un peu de chair à ce programme notablement balisé, le néo-auteur a tenté d’insuffler un peu de profondeur à ses personnages et en appelle à la clémence du jury. Des hors-la-loi, ça ne fait aucun doute, mais sont-ils si différents de tout un chacun ? Comment traitez-vous cette terre qui vous nourrit ? Et quel sort avez-vous réservé à ceux qui l’habitaient avant votre arrivée ? Ça change un peu la donne, n’est-ce pas ? Pas du tout, la loi est la loi, il faut la respecter. La fable est simple, peut-être un peu trop malheureusement. En effet, malgré une construction narrative efficace, le scénario du Procès des affamés laisse le lecteur un peu sur sa faim. S’il est impossible de ne pas adhérer au propos, c’est aussi parce que celui-ci s’avère passablement consensuel, voire pauvret dans son développement.
Un peu de Régis Loisel, une pincée d’Hermann et un soupçon de Christophe Blain, le dessinateur connaît ses classiques. Pour autant, plutôt que singer, il a su intégrer ces influences et développer un style personnel déjà très affirmé. Découpage assuré, encrage à la fois nerveux et léger, très belle mise en couleurs qui poudroie et fait vibrer les planches, le résultat démontre un talent de conteur certain. Autre point positif à souligner, les nombreuses scènes silencieuses sont admirablement menées.
Récit crépusculaire un peu léger sur le fond et à la morale discutable, Le procès des affamés se rattrape grâce à une mise en images percutante et très réussie.

















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