« De retour sur la colline proche de Cahuachi, je décidais de suivre l’une des lignes droites qui sillonnaient le désert. » Cette droite, dessinée au milieu de nulle part, Maria Reiche l’a finalement suivie pendant plus de 60 ans, ainsi que bien d’autres. Ce faisant, son destin se confond à jamais avec ces formes tracées par d’autres, il y a plus de 1 500 ans…
Donner la mesure d’une vie (et d’une personnalité) hors norme n’est pas aisé, et c’est là que réside le principal défi — et peut-être la limite — de l’album signé par Nicolas Delestret. Raconter l’histoire de l'archéologue germanique, c’est une chose ; en transmettre la singularité en est une autre. Aussi, si l’auteur coche scrupuleusement toutes les cases d'une bonne biographie dessinée, il n’arrive pas à vraiment rendre compte des tensions psychologiques, voire spirituelles, qui étreignent son héroïne. Parfaitement lisible et correctement structuré, cet album manque toutefois de l’étincelle, de la profondeur capable de traduire l’immensité des espaces désertiques et la dévotion d’une vie consacrée à percer les secrets de Nazca. Certes, la jeune Allemande y est dépeinte comme une passionnée, mais pas comme la passionaria qu’elle fut, balayant méticuleusement des kilomètres de géoglyphes sous un soleil de plomb, avec une humilité et une détermination à la démesure de sa tâche.
De même, la nature intrinsèque du trait, semi-réaliste, comme sa mise en couleur, des plus soignées, rendent compte de l’histoire mais sans la transfigurer ; ils illustrent, mais ne transcendent pas. La destinée de Maria Reiche, aussi exceptionnelle que les figures qu’elle a étudiées, méritait peut-être une approche graphique plus audacieuse, à même de capturer l’essence de son engagement — entre science et abnégation absolue.
Quoi qu’il en soit, Lady Nazca demeure d’une lecture agréable et didactique… ce qui est déjà beaucoup pour un biopic... dessiné !







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