de Cyril91 » 26/03/2026 20:42
Le sceptre d'Ottokar :
Des coulisses très intéressantes, notamment pour les développements sur le travail d'Hergé et sur ses sources, qu'elles concernent les aspects politiques ou ceux plus techniques, notamment pour ce qui concerne les véhicules.
Pour les premiers, on voit qu'Hergé a changé de plan, passant d'un conflit dynastique à une opposition entre Etats, en lien avec le contexte de l'époque. Le premier point faisait davantage penser à la famille royale britannique (avec l'abdication d'Edouard VIII ; le point de vue d'Hergé sur ce sujet n'est cependant pas évoqué), le second évidemment à l'Anschluss et l'invasion de l'Albanie par l'Italie : il est précisé que le roi Muskar XII est inspiré du roi albanais Zog.
Dans l'album, je vois plutôt une critique des ambitions impérialistes des régimes nazis et fascistes qu'une critique même des régimes, le gouvernement bordure étant en lui-même assez peu développé – même si on se doute que le respect des libertés n'est pas sa principale caractéristique – et le roi syldave semblant gouverner à peu près seul avec ses ministres, sans qu'aucun parlement ne soit mentionné, malgré une mention de l'influence de la grande charte dans le prospectus touristique que lit Tintin : l'importance du sceptre irait aussi dans ce sens. Après, Hergé n'est pas le seul auteur pour enfant à ne pas trop être regardant sur le droit à gouverner des monarques héréditaires...
Compte tenu de ces éléments, je trouve que, même si les antagonistes sont différents (les régimes nazis et fascistes dans le premier cas, les Etats-Unis et les juifs dans le second), ça crée une forme de continuité entre cet album et L'étoile mystérieuse : les méchants, ce sont ceux qui remettent en cause la paix (on avait aussi ça dans les gags sur Monsieur Bellum), le statut-quo et le régime en place, quels qu'ils soient et quels que soient leurs principes. D'une certaine façon, il y a une forme de logique et de cohérence dans l'attitude d'Hergé.
Sur les aspects plus techniques et graphiques, il y a beaucoup de précisions intéressantes, notamment sur les différences entre la version en noir et blanc (comme pour L'île noire, certaines pages ont été colorisées spécialement pour les coulisses) et celle en couleurs, avec une mise en avant de l'important travail de Jacobs. Sur ce point-là également, ce volume est très riche et passionnant.