J'avais acheté l'album dès la sortie mais, douché peut-être par des premiers retours un peu tièdes et puis rapidement noyé dans le flot de mes lectures j'avais laissé le bouquin dormir dans ma vaste pile à lire.
je viens de remédier à ça et je dois dire que j'ai été transporté. d'abord, en tant qu'amoureux de la culture et de la cuisine asiatique, j'ai adoré les décors et l'ambiance générale dans laquelle se déroule l'histoire, avec des réminiscences d'un peu tous les pays d'Asie que j'ai pu visiter. j'aime aussi beaucoup le parti pris de ne pas inscrire le récit dans un contexte historique précis et de ne pas nommer ni montrer l'ennemi dans le conflit ayant traumatisé ces soldats, cela permet une distanciation salutaire et de souligner le caractère universel du drame qui s'est joué là-bas.
autres points forts, le rythme volontairement posé qui rend crédible la lente rédemption de l'héroine, le fait de ne pas la rendre immédiatement sympathique, l'absence de manichéisme lors de sa vendetta contre le gang de dealers, l'introduction successives des figures (la tenancière du resto et son fils, puis le vétéran et son chien, puis le jeune qu'elle va soigner...) qui vont peu à peu la ramener vers le monde des vivants. et même le dénouement paisible est presque inattendu, il s'est accumulé tant de tension auparavant que jusqu'à la fin j'ai cru qu'une fin brutale allait faucher Jun. et puis bien sur les flash backs dévoilant petit à petit son parcours à la guerre jusqu'au traumatisme final sont très bien distillés.
je ne reviens pas trop longtemps sur le dessin qui réussit la synthèse des codes graphiques du manga, du comics et du francobelge, plus souvent évocateur que réaliste mais néanmoins détaillé, riche, fouillé, avec énormément de dynamisme et pourtant de belles respirations contemplatives. et très belles couleurs également.
bref, je recommande assez chaudement
