Lu
OFF sur les conseils de mon libraire : " Si tu n'es pas convaincu, on fera un échange ".
Alors, c'est bien, le dessin agréable et le découpage maîtrisé montrent le savoir-faire des auteurs, mais je ne suis pas tout à fait convaincu et je vais donc le rapporter pour l'échanger sans doute contre " Soeurs des vagues " ou " Terre ou lune ", même si pour ce dernier, la promotion tous azimuts de la plupart des libraires m'interpelle (pas chez le mien pour le coup qui semblait un peu moins enthousiaste).
Le premier tiers d'
OFF est très prenant, les rebondissements s'accumulent, un passage ou deux sont même plutôt émouvants, l'histoire est construite sous la forme d'un récit choral avec des chapitres en fonction des principaux personnages, c'est nerveux (cette histoire avait été conçue au départ pour être une série TV et ce n'est pas étonnant), mais la suite prend des allures de blockbuster ou devient en tout cas plus convenue. La partie avec le politique excité prêt à agiter les foules et à déclencher une guerre civile pour servir ses ambitions est répétitive et prévisible, partie très similaire à " La fièvre" , série écrite par Eric Benzekri, mais qui était déjà dans l'écriture bien en deçà de l'excellent " Baron noir ". On a l'impression que la suite a été faite pour plaire à un public le plus large possible, mais à force, l'histoire devient moins intéressante. Le récit choral ne tient finalement plus toutes ses promesses car les liens entre les personnages ne sont pas forcément bien tissés, les relations manquent de cohérence et de vraisemblance je trouve pour nous embarquer totalement (le flash-back dans son propos et sa construction est assez lourd et cousu de fil blanc et on a du mal à croire à la trajectoire du principal antagoniste), il y a aussi quelques petites ellipses un peu brutales, rien de bien méchant, mais qui m'ont un peu fait tiquer à la lecture, le dernier tiers surtout ressemble trop à des choses déjà vues et le sort des personnages ne m'a finalement pas beaucoup touché malgré le début accrocheur, peut-être parce que dans ce dernier tiers, il y a des sauts, une accélération de l'intrigue alors que le début prenait son temps pour installer les enjeux et les personnages. Certaines scènes sont à l'inverse trop démonstratives (notamment la scène de l'automobiliste et du lingot...).
Cela reste un album globalement prenant, à la manière de certaines séries efficaces que l'on regarde quand même de façon compulsive jusqu'à la fin mais qu'on oublie aussitôt ou presque dès qu'on a appuyé sur " off "...
Mais si vous avez envie d'un livre nerveux à la pagination conséquente, à l'action fluide, au graphisme soigné, qui rappelle encore une fois ce que deviendraient rapidement nos sociétés, privées des énergies que nous consommons au quotidien sans y réfléchir
(comme dans les autres histoires, ça devient vite le bordel)
, vous passerez sans doute un (très) bon moment.
Pour ma part, il m'a manqué peut-être l'âme des ouvrages précédents de Renard. Et surtout, " Aujourd'hui est un beau jour pour mourir " de Colo, un peu moins lisse, moins prévisible, était déjà passé par là bien avant.