Je n'ai pas relu le roman depuis des années, mais je ne comprends pas trop le principal reproche dans la chronique. Je trouve justement qu'on a ces moments dans la BD, peut-être pas de manière répétée, mais de toute façon, on comprend bien l'idée...
Je ne tiens pas spécialement à défendre cette BD (je n'irais pas jusqu'à l'acheter, encore que...), mais lors de ma lecture (alors que j'y allais à reculons en pensant que l'adaptation serait forcément manquée), j'ai vraiment été happé par l'ambiance. J'ai même trouvé certains moments touchants alors que je connaissais déjà l'histoire (Larcenet n'est pas dans la surenchère, le ton est juste), ce que contiennent les regards peut parfois nous étreindre et comme je l'ai déjà dit, je trouve qu'il a justement réussi à retranscrire l'âpreté du récit. Pour le dessin, je ne suis pas du tout un connaisseur comme certains ici, mais pour moi, le dessin est vraiment impressionnant. Chaque case (le tableau le plus noir, l'apparition d'un cadavre, un pendentif d'os humains, un panache de fumée...) devient une gravure qui évoque notamment Dürer ou O. Dix. Larcenet peint l'horreur et c'est beau. Pour l'atemporalité (peut-être qu'on ne parle pas de la même), je garde en tête les cases
du robinet en gros plan, du plat de pâtes qui montrent le confort retrouvé de façon inespérée dans ce local souterrain par exemple et cette sensation finit même par irradier le lecteur.
J'ai bien conscience que la note reste très satisfaisante, mais j'étais curieux de lire les bémols qu'on pouvait faire sur cet album et je ne m'attendais pas à ce reproche en particulier qui ne me semble pas ici très pertinent (contrairement aux chroniques habituelles).
Pour prolonger la réflexion, un ami, gros lecteur de bd à qui je viens d'envoyer la chronique et qui vient de lire également le roman me dit : " Larcenet évite l'écueil d'une trop grande monotonie qui ne serait pas passée en BD. Il a enlevé quelques passages mais qui ne nuisent en rien à l'histoire. Le résumé de celle-là tient sur un timbre poste, c'est surtout un livre d'ambiance qui en dit plus avec ses silences. Larcenet respecte bien cela à l'aide de dégradés de gris, de trognes fatiguées et des dialogues très succincts (comme dans le livre). Je ne suis pas sûr qu'en rallongeant la sauce, il aurait été plus efficace, je n'y crois pas. J'ai eu les mêmes sensations, les mêmes questionnements en finissant la BD qu'en finissant le livre. Donc bravo Larcenet ! " .