de Mr Degryse » 19/07/2013 13:55
World War Z (Marc Forster, 2013):
Hier soir, 20h30. J'ai mon ticket pour Pacific Rim dans les mains quand je vois débarquer une horde de gamins surexcités. 2 colonies de vacances avec au moins 50 gosses viennent de débarquer au cinéma. Entre 8 et 12 ans. 3 accompagnateurs débordés et gesticulant pour gérer tout ce monde. Je croise les doigts en espérant qu'ils aillent voir un autre film. Pas de bol, ils vont tous voir Pacific Rim. Comprenant que la séance va être apocalyptique et que je risque de passer mon film à me transformer en Hulk fracassant les petits bambins, je décide de bifurquer et de changer de salle. Direction World War Z.
Et bien j'ai été très agréablement surpris. Je n'attendais rien du film. Je ne connaissais pas le livre dont est tiré le long métrage. Je crois même que je n'avais pas vu la bande annonce. J'étais donc vierge de tout apriori. Depuis j'ai lu beaucoup de critiques négatives et pour être honnête, je ne les comprends pas du tout. Je ne vois pas grand chose à reprocher au film.
Certes, on assiste juste à un série B de Survival avec un énorme budget de blockbuster. Cependant si des producteurs sont prêts à mettre des centaines de millions de dollars aujourd’hui pour un film qui en aurait couté 10 fois moins il y a 10 ans, ce n'est pas mon problème. Je regarde juste si le film se tient visuellement, que les sfx ne font pas trop foireux, etc. Ce n'est absolument pas le cas ici. Le film affiche une humilité visuelle qui change de toutes ces surproductions ou les réalisateurs aux égos boursoufflés semblent vouloir absolument écrire leurs noms au panthéon des plus grandes scènes d'action jamais filmées, quitte à saouler le spectateur dans un abrutissement pyrotechnique interminable.
Marc Foster n'est surement pas le plus grand réalisateur d' Hollywood sur le marché. J'ai lu que beaucoup critiquent des scènes d'action illisibles, des erreurs de montage etc. Je me suis peut être habitué aux caméras épileptiques mais tout m'a semblé fluide et clair. A mille lieux du bouilli filmique que peut parfois être le final de Man of Steel.
Des spectateurs conspuent Brad Pitt. C'est loin d' être mon acteur préféré. Ici, il joue un personnage de boyscout sans réelle aspérité. N'importe quel acteur d' Hollywood ou d'ailleurs aurait pu interpréter son rôle et je crois que cela n'aurait en rien desservi le film. Brad Pitt fait convenablement son boulot. La coiffure Nicolas Cagienne est peut être de trop mais je ne vois rien d'autre à lui reprocher dans ce film. Il n'aura pas l'oscar pour ce rôle mais le film ne s'y prête pas.
Il y a un désir manifeste de rendre le film tout public. Chose assez surprenante pour un film de zombies. Il n'y a aucun plan gore. Cela fait jaser les adeptes de films d'horreur. Pas de zombie démembré à la mâchoire tombante ou à la tête détachée à moitié du corps ici. J'ai compris rapidement que le réalisateur n'irait pas dans la vision Roméoienne ou Kirkmanienne des zombies. Dès la première séquence, cet aspect horde mouvante et rapide va à l'encontre de cette vision. D'ailleurs jamais le côté cannibale des zombies est évoqué dans le film. Les créatures ne semblent avoir pour but que de détruire et de propager la mal dont ils sont victimes. J'ai beaucoup pensé au comics Crossed de Ennis. Ce dernier avait revisité le genre zombie en décrivant ceux ci comme étant atteints d'un mal appelé furie. Ils n'avaient pour but que la destruction et faire le mal. Les actes de cannibalisme n' en étant qu'un des effets visibles. La vison de Forster ressemble plus à cela. De plus, j'ai été bien moins choqué par cette volonté de ne pas montrer de gore dans WWZ que dans Man of Steel. En effet si dans WWZ, les victimes ne sont clairement jamais montrées, on évoque constamment le nombre de morts, des villes et des pays entièrement détruits etc. Dans Man of Steel non seulement on ne montre pas les victimes de l'énorme bataille finale mais on n'évoque même pas la possibilité qu'il y en ait. Je trouve cela beaucoup plus hypocrite.
J'ai aimé dans WWZ qu'on démarre directement dans le vif du sujet. Dès le générique de départ, on est dans le climax et cela ne va jamais s'arrêter. Le début jusqu'au sauvetage par l'hélicoptère est presque parfait dans la gestion du rythme et de la tension. Puis le film se calme un peu. Je n'y vois pas comme certains un essoufflement ou on s'ennuie mais des respirations pour que les scènes du crash d'avion ou de l'attaque de Jérusalem nous scotchent plus. J'aime ces visions des zombies pareils à une horde de rats détruisant tout sur leur passage. Le zombie n’apparait pas comme une entité individuelle mais comme une masse collective menaçante. D'ailleurs, la comparaison avec une colonie de fourmis me parait plus appropriée.
Passons maintenant au caractère risible des critiques lues notamment dans Le monde. Le film serait machiste. Tout cela parce que femme arabe déclenche en chantant l'attaque de Jérusalem ou encore un coup de fil féminin entraîne encore une attaque. C'est oublier le personnage féminin de la soldat israélienne qui me parait tout sauf sexiste.
Pire le film serait raciste ou plutôt pro-juif car seul Jérusalem semble avoir anticipé l’apparition du mal en s'entourant d'un mur. Le parallèle avec le mur de la honte séparant quartiers juifs et arabes serait flagrant. Cette vision raciste serait confortée car une femme voilée en chantant déclencherait l'attaque de la ville. Cette critique démagogique est bien digne des intellectuels du monde. Ont ils réellement vu le film ? Tout d'abord, certes c'est une femme voilée qui chante mais le chant est repris par l'ensemble des gens présents dont beaucoup portent la kippa. Il est con de chanter avec un micro quand on sait que les zombies réagissent aux bruits mais cette bêtise n'est pas dirigée contre un seul peuple mais contre tous les gens présents sur place. La population chante sa joie car elle pense avoir trouvé un refuge ou elle survivra.
De même, l'armée visiblement israélienne du film n'est pas raciste car elle ouvre ses portes à toutes les populations de la ville sans faire de distinguo. Est ce être raciste que de faire d'un peuple ayant subi par le passé des atrocités, qui est en guerre depuis des décennies ( que cette guerre soit fondée ou pas), une nation méfiante et ultra protectrice ? Je ne pense pas. De plus la solution du mur comme moyen de protection est un échec. On ne peut donc y voir une glorification du mur de la honte.
De même, les plans finaux avec des charniers seraient une vision écœurante renvoyant à la solution finale. Euh ils brulent les zombies pour éviter qu'ils reviennent à la vie. Rien de plus.
Le film m' a semblé un très bon blockbuster estival. Certaines scènes restent durablement en tête. On peut reprocher un certain manque d'originalité, l'utilisation parfois de ficelles rabattues. C'est malheureusement archi courant dans les films d'horreurs. Ainsi on peut trouver malhabile que dans ce genre de film, alors qu'il ne faut pas faire de bruit, que les portent grincent toujours, que le sol soit jonché de verre qui crise, que le téléphone sonne malencontreusement etc. Le pire reste l’utilisation de vélo qui couine pour fuir sans faire de bruit. Ces facilités d'écriture ( regrettables surtout que pas moins de deux scénaristes ont réécrit le script) ne m'ont pas dérangé plus que cela. Tout juste puis je reprocher que le genre cinéma apocalyptique n'étant pas avare en films, je n'ai pas assisté au meilleur de tous. J'avais par exemple trouvé La route de John Hillcoat bien plus sombre et angoissant donc marquant. Sans faire injure à Max Brooks l'auteur de World war Z, peut être est ce parce que le matériau d'origine de Cormac Mac Carthy était supérieur. Je présume car je n'en ai lu qu'un des deux. Cependant ces faiblesses sont compensées par cette idée brillante pour se camoufler des zombies.
Le final avec la voix off tant conspué m'a aussi bien plu. Il permet d'écourter le film sans user des sempiternelles scènes à rallonge concluant généralement les films hollywoodiens. On peut voir dans ce final un appel plausible à une suite. En le voyant, je n'ai pu m'empêcher de songer à la voix off terminant le Conan de John Milius: " Mais ceci est une autre histoire ...."
Vraiment une bonne série B. 4.5/6
"Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi".