de Mr Degryse » 30/06/2013 19:21
Man of Steel (Zack Snyder, 2013):
Sentiments contrastés au lendemain de la vision du film. D'un côté à la sortie du film, j'étais plutôt content. Enfin un film ou livre sur Superman qui ne me déplait pas. Ce superhéros m'a toujours ennuyé et cela malgré mes multiples tentatives de lecture de comics ou il apparait. De même, les précédentes adaptions ciné provoquent chez moi un ennui poli. Alors quand je sors de celui ci en ayant passé un bon moment, je ne peux pas faire ma fine bouche. Ils ont réussi à gommer ce côté boyscout qui m ’insupportait dans les Superman. De plus, on assiste à un blockbuster non chichiteux. Le film envoie du lourd et dans le genre film vide cerveau de plaisir coupable face à des destructions de masse, il va être difficile d'aller plus loin. Le final dans la ville est énorme limite pachydermique mais provoque la banane si on a mis son cerveau en mode off sur l'aspect invraisemblable du truc. Mais merde à la fin, on est là pour cela. Du moins moi.
De même, le film est un pot pourri de diverses influences qui sont presque toutes passées dans la culture basique de masse. Le film puise dans la littérature, les comics, les mangas et d'autres longs métrages pour en faire une mixture facilement digeste. Là ou Tarantino se réfère à des films que personnes (ou peu) ont vus à part lui, Snyder n'hésite pas à s'inspirer d’œuvres nettement plus connues et accessibles à tous. La première partie sur Kripton est un hommage réussi dans tous ses aspects kitchs au space opéra que le regretté Jack Vance aurait pu écrire. Cet aspect prémâché du film si il provoque un plaisir immédiat du fait d'être en terrains connus est aussi la grande limite du film.
En effet, d'un autre côté dès qu'on réfléchit posément au film ( ici nuitamment pour moi), le jeu des comparaisons né des multiples influences du film nuit fortement aux films. Quand on pense aux budgets du film, aux précédents blockbusters existants et même à des petits films ( Chronicle), on est en droit d'en vouloir plus et mieux. Quand je pense à d'autres blockbusters ou d'autres films, il y a toujours des scènes ayant fortement imprimé ma rétine qui reviennent à l'esprit. Dans Avengers, il y a la scène finale dans la ville. Celle dans Man of Steel est plus énorme plus longue mais m'a moins plu. Tout simplement car elle est moins diversifiée. Dans Avengers, on a un film d'équipes et cela permet une plus grande variété d'actions dans ce final. Dans Man of Steel, cela se réduit à je te tape, tu voles loin, tu te fracasses dans un immeuble qui se brise. Et cela répétait ad nauséum.
Dans Iron Man 3, la scène de destruction de la villa Stark me revient en tête dès que je pense au film. Dans X-Men 2, on a a la brillante scène du début avec diablo. Dans Incassable, il y a la scène du réveil à l'hôpital, etc.
Pour Man of Steel, je suis à moins de 12 heures de la vision du film et déjà le souvenir du film s'estompe sans que rien ne reste durablement.
Je n'ai jamais été adepte de Zack Snyder en tant que réalisateur. Tout juste retiens je l'armée des morts qui ne m'avait pas déplu en salle à l'époque mais que je n'ai pas revu depuis. J'ai abandonné Sucker Punch au bout de 40 minutes. Je trouve 300 visuellement horrible et narrativement lourdingue. Je n'aime pas Watchmen mais j'aime trop le comics de départ pour être objectif. Donc à mes yeux, Man of Steel est un progrès dans la carrière du réalisateur. C'est loin d'être exemplaire pourtant. Il y a déjà un ressenti subjectif. Le film n'arrête jamais durant 2 heures 20. Il ne se pose jamais. Malgré ce rythme éreintant, j'ai parfois trouvé le temps long sans pouvoir mettre le doigt précisément d’où vient ce sentiment. Étonnement, je trouve les rares scènes calmes avec plus de cachets que les scènes d'action. Snyder m' a surpris favorablement dans son style visuel lors des flashbacks. Par contre, les combats sont souvent illisibles. Cela secoue dans tous les sens. On ne voit souvent plus qui fait quoi. Cette manière de filmer donne un peu mal à la tête et je n'ose penser à ce que cela donne en 3d.
Non là ou le bas blesse beaucoup dans le film, c'est dans la direction d'acteurs et peut être même en amont le casting. D'un point de vue stature et picturalement , Henry Cavill est Superman. Quand il ne parle pas, cela passe bien. Mais dès qu'il ouvre la bouche ou que la scène nécessite d'autre capacité de jeu que celle du physique, il n' y a vraiment plus personne.
Costner en 4 scènes et même pas 10 minutes à tout casser dans le film écrase en jeu l'ensemble du casting. Il est d'ailleurs insultant qu'on en offre si peu à cet acteur. Russel Crowe fait du Russel mais le fait bien. J'ai l'impression de voir toujours la même interprétation de film en film. Amy Adams n' a pas grand chose chose à se reprocher. Son personnage est incroyablement mal écrit. Il ne sert tellement à rien que les scénaristes ont dû utiliser un obscur Deus machina pour justifier sa présence plus longue dans le combat final. Michel Shannon campe un bon méchant mais surjoue à mort. J'ai malheureusement vu le film en vf. Cela doit mieux passer en VO.
Et puis il y a le scénario qui ne tient absolument pas les promesses de la bande annonce. On nous promettait une refonte totale du personnage, de s'intéresser plus à l'individu qu'était Superman avant de devenir le mythe. De ce point de vue là, le film est un échec. Ce n'est pas le début et les quelques flashbacks qui vont donner du background et de l'épaisseur au personnage. Le parallèle entre l'histoire de Superman et du Christ n'est pas du meilleur goût. Comme Jésus, Clark a toujours eu comme mission d'être un prophète protecteur pour les terriens si ils sont bons et destructeurs si ils deviennent mauvais. C'est son Papa Dieu qui l' a programmé ainsi. Heureusement son Papa terrien et humain l'a cadenassé et entravé dans sa jeunesse malgré des coups d'éclats ( comme Joseph avec Jésus au temple, etc). Et puis il se révèle à 33 ans au monde dans toute sa splendeur divine. Le côté divin de Papa kriptonien est renforcé par l'aspect je parle aux gens malgré ma mort. J'avais tout prévu etc. Mwouiaf.
Enfin surtout le film échoue totalement à émouvoir. Les décès n'attristent pas. L'histoire d'amour parait tomber du ciel et fait très forcée. Le final énorme est désamorcé par l'incapacité du cinéma ricain à montrer des morts. Parce que oui les Kriptoniens sont quasi invincibles sur terre mais les humains doivent se faire décimer par cette bataille dans la ville. Et pas un mort visible. De même, il faudrait que les américains se remettent du 11 septembre. Ce fut un drame monstrueux et justement essayer de copier cet événement tragique dans tous les blockbusters avec ces destructions de masse de villes et d'immeubles sert peut être de catharsis mais le problème est que les images réelles du 11 septembre sont dans la tête de tous les gens et malheureusement beaucoup plus fortes que tous les ersatz hollywoodiens.
En conclusion un film divertissant mais qui s'émiette dès qu'on y réfléchit un peu. 2.5 à 3/6
"Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi".