Après le désastreux " Cri du Moloch" et une fin de diptyque décevante pour "La Vallée des Immortels" (scénaristiquement parlant), Blake et Mortimer reviennent aux fondamentaux avec ce nouveau titre.
Jean Van Hamme est de retour, et quel retour ! Il signe là un de ses meilleurs scenarii (avec "L'Etrange Rendez-Vous" ) . Nous retrouvons un décor familier, celui du "Secret de l'Espadon" (la pyramide de Makran, la ville de Turbat ) et des personnages déjà croisés dans cette même histoire
(le Benzendjas, Mohammed Wali)
, sur une intrigue riche en rebondissements.
Le scénariste ne fait pas que nous offrir une aventure passionnante, mais apporte une touche plus sensible en nous présentant un Blake et Mortimer plus tourmentés qu'à l'accoutumée. D'autres points dénotent par rapport aux autres albums de la série :
Van Hamme tourne en dérision la supposée amitié poussée de nos deux héros (dans la scène au Centaur Club)
, offre à Mrs Morisson un rôle inhabituel pour un album de "Blake et Mortimer", et on flingue à tout va dans cette aventure
(les meurtres même les plus gratuits sont nombreux)
. Un regret, tout de même,
le recours aux postiches finit-il peut-être par lasser au fil des aventures, mais passons...
Au niveau dessin, Teun Berserik et Peter Van Dongen sont les dignes héritiers d'Edgar P. Jacobs. J'ai pu apprécier la lecture dans l'édition bibliophile (tirage limitée à 10 000 exemplaires) qui offre aux lecteurs de magnifiques hors textes sur double page (en particulier un dessin de l'Espadon passant près d'une épave, faisant songer au "Trésor de Rackam le Rouge"). J'ai lu dans un article la répartition des pages entre les deux dessinateurs, mais j'avoue ne pas avoir fait la différence. Par contre, j'ai trouvé à deux reprises un dessin un peu plus faible (notamment sur les visages de Blake et d'Olrik ) .
Cet album ne peut que réconcilier les amateurs de Blake et Mortimer, canal historique (dont je fais partie) , et les nouveaux lecteurs de nos deux héros, qui ont été parfois malmenés par les repreneurs de la série.
"Il y a des temps où l'on ne doit dépenser le mépris qu'avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux" Chateaubriand