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oyaume d’Oyo (Bénin actuel), 1639. Shango, le fils de roi, est capturé par une tribu ennemie et vendu comme esclave à des marchands portugais. Enchaîné, il se retrouve à fond de cale en compagnie de nombreuses autres victimes de ce qui va s’appeler la Traite des Noirs. Après une effrayante et éprouvante traversée de l’Atlantique, le voilà en Mer des Caraïbes, où les corsaires des différentes Nations mènent une course sans pitié. Profitant du chaos d’un abordage, le jeune homme se libère et entraîne avec lui ses codétenus. Après un combat acharné, il arrive à prendre le contrôle de l’un des navires engagés dans l’affrontement. Libéré de ses chaînes, il va devenir capitaine et pirate. Un pirate noir !
Aventure sur fond historique, Shango – Pirate noir des Caraïbes s’avère être un album au classicisme exacerbé, rempli de fracas et doté d’une distribution aussi stéréotypée que caricaturale. Pourtant, sur le papier, le programme s’avérait prometteur. Très bien documentés, Arnaud Delalande et Marc de Banville retracent les débuts de la Traite avec moult détails bienvenus : les luttes inter-ethniques en Afrique, le rôle des puissances européennes, les mécanismes de l’esclavage et l’existence, oubliée de tous sauf de quelques historiens, d’une piraterie noire. Malheureusement, si ce rappel salvateur fonctionne bien, le pan purement fictionnel du récit se révèle presque immédiatement simpliste et forcé. Succession de scènes plus ou moins raccordées, Deus ex machina improbable, la narration donne l’impression de se retrouver devant une Belle histoire de l’Oncle Paul saveur année 50 ou un film hollywoodien en costumes de la même époque, la violence graphique en plus. En résumé, un univers sans nuance, sentant bon le carton pâte et peuplé d’acteurs surjouant constamment leur partition.
Fougueux et généreux, Guy Michel illustre ces péripéties avec énergie et dans la limite de ses capacités. Celles-ci sont certaines quand il s’agit de dépeindre les scènes maritimes, les vaisseaux et les paysages en général. Par contre, dès qu’il faut animer les protagonistes et encore plus dans les moments d’action, une certaine gêne et de nombreuses imprécisions se font remarquer. Il en ressort une impression mi-figue mi-raisin, comme si l’ampleur du projet avait quelque peu paralysé le dessinateur. En effet, le carnet de croquis proposé en bonus montre, qu’avant l’encrage et la mise en couleur, un trait assuré et bien en place. Dommage.
Exploitation maladroite d’une singularité historique méconnue, Shango – Pirate noir des Caraïbes souffre d’un scénario linéaire, sans surprise et d’une mise en images inégale au fil des pages. Ces flibustiers du passé auraient mérité mieux.








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