L
orsque sa grand-mère disparaît, Astrid se voit confier la tâche d’aider son père à trier les affaires de la défunte et à en organiser le partage entre les membres de la famille. Elle prend la route de Fribourg à bord d’un van de location, consciente que les jours à venir seront éprouvants. Sa relation avec son père s’est distendue avec le temps, et elle espère profiter de cette parenthèse pour retisser des liens. Elle est pourtant loin d’imaginer l’ampleur du travail qui l’attend.
L’appartement déborde d’objets en tous genres, et les sollicitations de sa sœur et de ses oncles se multiplient, chacun revendiquant un souvenir précis. À cela s’ajoute la lenteur méthodique de Jonathan, s'arrêtant chaque fois qu'une vieillerie extirpée d'une caisse ou d'un tiroir lui évoque un souvenir. Peu à peu, Astrid découvre à quel point elle connaissait mal sa grand-mère. L’histoire familiale se dévoile par touches, au détour d’une peluche de singe ou d’une enveloppe de photos oubliées, recomposant un passé longtemps resté silencieux.
Que subsiste-t-il de notre existence lorsque nous ne sommes plus là ? Dans les grandes lignes, Astrid connaît l'histoire de Gisela. Juive, elle a dû fuir la barbarie nazie et s’est retrouvée presque par hasard en Rhodésie, isolée alors qu’une partie de sa famille gagnait le Chili. Elle y a rencontré Hans, qui deviendra son mari et avec qui elle aura trois fils. Les détails demeurent pourtant flous. Comment était la vie dans la société ségrégationniste ? Quelle fut l'enfance de son père ? Sa petite-fille n’en avait qu’une vision fragmentaire. Au fil des objets exhumés, elle reconstitue une trajectoire marquée par l’exil, même si bien des zones d’ombre persistent.
Le vase de cristal se structure en sept chapitres, chacun associé à une étape du deuil. Dans ce récit intime, Astrid Goldsmith interroge la notion d’héritage familial, façonné autant par les transmissions que par les silences. Les objets, érigés en totems mémoriels, confèrent une sensibilité particulière à l’ensemble. Les anecdotes, habilement distillées, composent un portrait nuancé d’une famille confrontée à la disparition d’un repère générationnel.
L’attachement presque excessif à un simple fume-cigarette peut sembler dérisoire, mais traduit le besoin viscéral de conserver une trace. La perte fait parfois surgir des situations absurdes, comme cette demande de récupérer un tapis rongé par les mites. Le ton de ce roman graphique se révèle d'une grande justesse. La première partie du récit semble un peu maladroite, mais à mesure que le récit avance, une mélancolie diffuse s'installe qui finit par envelopper le lecteur.








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