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in des années 1990, région de Grenoble. Riquet grandit avec un papa autoritaire, macho et raciste et une maman douce et pieuse ; s’ajoutent une sœur déterminée et un frère effacé. Le père appartenant aux forces de l’ordre, tous vivent dans une caserne de gendarmerie. Dans cet univers compact, les rôles sont bien définis. L’autorité masculine y est particulièrement valorisée au nom d’un monde traditionnel devant être protégé. Commençant l’école, le garçon découvre une réalité plus nuancée et ses certitudes vacillent. Le projet autofictif de Théo Grosjean est annoncé en trois tomes.
Le petit gendarme dénonce une époque, pas si lointaine, où une société patriarcale pouvait exprimer, ouvertement et sans complexes, sa xénophobie et sa misogynie. La narration présente essentiellement la perspective du gamin, de sa naissance au début du primaire. Petit à petit, le garçon embrasse son environnement, en comprend les codes et devine ses contradictions. Le protagoniste est déchiré entre ses deux parents, qui, d’une certaine façon, s’accrochent au passé : patriarcat pour l’un, bondieuseries pour l’autre.
Bien que le projet soit touchant, il demeure difficile de ne pas faire de rapprochement avec le travail de Riad Sattouf, lequel édite d’ailleurs l’album. Récit à hauteur d’enfant, humour tendre sur fond de tragédie, tout cela a un air de déjà-vu. L’entreprise se veut sincère, mais elle souffre de la comparaison avec L’Arabe du futur. Peut-être, tout simplement, parce que la trame s’avère familière, alors que la dénonciation de la toxicité des hommes tourne en boucle depuis un bon moment.
Le dessin, somme toute sommaire, rappelle également le coup de crayon de Riad Sattouf, le trait est toutefois plus caricatural, voire burlesque. Adoptant le point de vue du héros, la perception du père donne lieu à un joli artifice formel, alors qu’il est dessiné avec une tête faite de polygones anguleux, lesquels s’effaceront pour faire place à un gaillard à l’allure tout aussi carrée.
La saturation de vert, souvent sombre, et de noir crée une atmosphère étouffante, presque claustrophobique. Elle évoque autant l’enfermement de la caserne que l’emprisonnement psychologique des acteurs. Bref, la colorisation, d’abord déstabilisante, finit par prendre tout son sens.
Un récit habile, qui transforme les souvenirs de jeunesse en une chronique universelle sur l'autorité.








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