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P eggy et Ernest ensemble pour une histoire d’amour, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a de quoi être surpris. L’alliance de la carpe et du (chaud) lapin est en effet l’image qui vient en premier à l’esprit. L’une pense à ouvrir son chakra pour libérer les sources de l’énergie psychique quand l’autre pense à ouvrir sa braguette pour libérer enfin vous voyez quoi. Pourtant, l’espace de quelques saisons, sans renoncer à ce qui fait leur personnalité – terme pudique pour dissimuler leur égoïsme -, ils vont se rapprocher.

Sylvain Ricard et Charles Masson ensemble pour raconter une histoire d’amour, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a de quoi être surpris. L’auteur des rugueux et sombres Banquise, Kuklos, Rêves de Milton ou Fille de rien et celui des intimistes Soupe froide et Bonne santé complices pour emprunter le ton de la comédie, ça devient pourtant vite une évidence à mesure que l’on découvre cette relation. Tout comme le fait de redécouvrir le trait de Masson allégrement paré des couleurs concoctées par Raives alors que, bêtement, on l'imaginait voué au noir et blanc. La confirmation que les a priori sont faits pour prendre des coups de pieds au train-train.

Leurs personnages paraissent incorrigibles et les tribus qu’ils représentent en prennent pour leur grade. Les mystiques tendance new-age et macro bio en mal de spiritualité tout d’abord. Toujours à l’affût de ce qui échappe à la norme populacière, quitte à se perdre dans les clichés dans lesquels sombre leur communauté. A force de ne pas vouloir emprunter les chemins de pensée archi-battus, paradoxalement, ils en arrivent à laisser le soin à d’autres de penser à leur place. Place aux psys, aux maîtres à penser justement et autres petits gourous. Convertir l’autre à ces concepts et son mode de vie devient un objectif. De l’autre, l’hédoniste acharné - pour ne pas le limiter à "queutard" - qui n’abuse pas du capital intellect qu’il doit pourtant avoir à sa disposition. La quête d’une autre dimension spirituelle, se forcer à bouffer des trucs au goût douteux, croire à l’incroyable, tout ça pour lui c’est des conneries. Faire des efforts d’accord (et ce n’est pas lui qui en fera le moins), mais les limites ne sont jamais perdues de vue et l’horizon d’Ernest n’est pas infini.

La caricature est plaisante, rythmée, les dialogues sonnent bien, la charge reste amusante plus badine qu'amère, les quelques ingrédients tarte à la crème passent sans constituer d’obstacles véritables. On sourit aussi de voir qu’un médecin et un généticien - ce que les auteurs demeurent -, même s’ils ont choisi d’évoluer (dans les deux sens du terme) sur le registre de la légèreté, ne peuvent s’empêcher d’étayer leur discours de considérations scientifiques pour démonter quelques mécanismes fumeux. De l’avantage d’opposer un cartésien, limité soit, et une éponge au credo boulimique pour introduire quelques arguments.

L’amour entre deux individus impossibles, deux egos entêtés, peut-il réellement naître, s’épanouir et durer ? Les boules vitales n’apporte pas de réponse bien évidemment puisqu’il ne présente que l’histoire de Peggy et Ernest. Il devrait plaire, notamment dans les rédactions. Quant à la misanthropie supposée ou revendiquée par les auteurs, la découverte de cet album invite à en prendre le contre-pied en annonçant qu'il prédispose à aimer leur prochain.

Par L. Cirade
Moyenne des chroniqueurs
7.0

Informations sur l'album

Les boules vitales

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