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ès lors que cinquante pour cent des mariages finissent en divorce, la famille recomposée est devenue une figure commune. Enfants d’un premier lit (d’un côté et/ou de l’autre), petit.e.s dernier.ère.s fruits de la nouvelle union, la géométrie et la taille de ces fratries apportent son lot de nouveaux défis à des parents, certes amoureux, mais également porteurs des traumas passés et rapidement dépassés par les obligations et les responsabilités. Évidemment, la société étant ce qu’elle est, la majorité de cette charge mentale survitaminée retombe souvent sur les épaules de Madame. La belle-mère ou marâtre, personnage à qui la culture populaire et la littérature n’ont jamais fait de cadeau.
Passée l’image d’Épinal, la société présente un portrait très différent et édifiant des quelques cinq cent mille marâtres que compte l’Hexagone : espoirs déçus, efforts inutiles, défaites et souffrances jamais reconnues. «Notre société manifeste une absence d’intérêt, un aveuglement total, sur ce phénomène confiné dans le silence gêné des sujets tabous, parce que, le plus souvent, sa réalité dérange.»
Étant elle-même concernée, Solenn Bardet (Rouge Himba) a décidé d’en savoir plus et a organisé un cercle de discussion rassemblant des belles-mères aux parcours variés. Avec l’aide de Marion Chancerel pour les dessins, elle propose un album composé de sept témoignages contrastés, accompagnés de mises en contexte pertinentes dans Chères Marâtres – Quand les belles-mères se confient.
Les cas et les configurations sont divers, les enjeux multiples et exigent, afin que tout se passe bien, une remise en question continuelle (être une maman sans l’être légalement ou moralement) et une science de l’organisation suprême (se retrouver à la tête d’une famille nombreuse, plus ou moins une semaine sur deux). Il faut aussi apprendre à gérer des ex- parfois hostiles et peu enclines à collaborer. Sans oublier, entre deux corvées ou tentatives de médiation, de prendre soin de soi-même et de donner une chance à cette nouvelle histoire d’amour. Et, juste avant de se coucher, s'occuper d'une maladie infantile ou d'une crise d’adolescence, sans négliger de régler deux ou trois petits détails administratifs, etc. Bref, si tout le monde joue le jeu (vous y compris, Monsieur), ça peut être une réussite, mais il ne faut pas grand-chose pour que le théâtre des opérations se transforme en chaos. Ce n’est pas pour rien que le taux de divorce monte à soixante-dix pour cent pour les remariages.
BD documentaire levant le voile sur une réalité largement occultée, Chères Marâtres – Quand les belles-mères se confient est une lecture passionnante et particulièrement habitée. Elle démontre surtout l’importance de passer outre les premières impressions et de se méfier des stéréotypes sociaux avant de porter des jugements. Dialogue, écoute, compréhension et recherche du compromis, entre partenaires et avec les différents acteurs de la vie quotidienne sont les clefs et devraient toujours primer.








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