- Construire un feu
- Chabouté, Christophe
- Chabouté, Christophe
- Chabouté, Christophe
- Vents d'ouest
- 09/2007
- 978-2-7493-0350-5
- 62
- 15494 fois
Pour parler de Construire un feu, il doit y avoir au moins autant d'angle que de façons. Et la diversité de ce qu'on peut trouver dans les interventions sur la toile peut parfaitement s'illustrer à cette occasion.
La première un peu béate à force d'enthousiasme, ce qui ne remet pas en cause sa sincérité, et qui doit donner à peu près ça :
« En Amérique du Nord, quand il fait -60° C (- 76° F comme ils disent là-bas), je peux vous assurer qu'il fait vraiment pas chaud. C'est ce qu'un chercheur d'or accompagné de son chien apprendra à ses dépens.
J'avais déjà eu l'occasion de voir que Chabouté dessinait bien les sorcières (Sorcières chez Le téméraire), la lune (Pleine lune chez VO) et même le purgatoire (Le purgatoire chez VO aussi) mais je dois dire que j'ai été surpris qu'il dessine aussi bien les trappeurs et les chiens (les sous-bois on savait y en a toujours ou presque avec lui). Franchement, on s'y croirait et on se surprendrait presque à se souffler dans les doigts avant de tourner une page. Sacrée histoire quand même. A la fin, on est presque triste (pour le chien au moins) mais c'est tellement bien écrit. Il faut dire que quand on reçoit l'aide de Jack London pour le scénario, ça ne peut pas donner une mauvaise histoire.
Je ne saurais trop vous conseiller de lire - après l'avoir acheté - Construire un feu. Pour ma part, j'attends la suite avec impatience. (!) »
Ne souriez pas (enfin chacun fait ce qu’il veut), vous pourriez la croiser lors d’une de vos balades sur le net.
Et puis il y en a une autre, pas meilleure d’ailleurs. Celle qui a du mal à trouver ses mots.
Par crainte de tomber dans la paraphrase de ce court texte sur lequel est construit l’album, qui a été, avec bonheur, pour l’occasion transformé en voix off.
Pour ne pas trop en dire, pour ne rien dévoiler. Réflexe un peu stupide au fond puisque l’issue, dès les premières pages, ne fait guère de doute. Ce qui confirme le talent de Christophe Chabouté pour conter des histoires où l’économie des mots est de rigueur, pour imposer un rythme de lecture, pour créer une ambiance.
Embarras aussi pour ne ressortir tous les clichés d’usage sur Mère Nature, la faiblesse de l’être humain, la lucidité et l’instinct de l’animal.
Difficulté insoluble pour rendre compte de la force, de la beauté de ce dessin, de ses couleurs pour livrer cet univers noyé dans la blancheur où seul le noir et le brun semblent avoir droit de cité.
Gauche pudeur enfin au moment de révéler tout le plaisir lié aux retrouvailles avec un auteur, Jack London, synonyme de souvenirs d’enfance, d’évasion. Avec James Oliver Curwood et quelques autres, il a bercé les rêves de nombreux gamins s'imaginant eux aussi qu’ils affronteraient un jour le Grand Nord, une fois devenus des hommes ou, plus immédiatement, au cours d’une prochaine récréation.
Comme le précédent, cet autre avis conclut que Construire un feu est un album admirable.
Et sur bdgest, comme on n'est pas chien(-loup), on vous en offre même une troisième :
Par J. Briot

Quelle surprise que cet auteur, dont on connaît la maîtrise voire la prédilection pour le noir, se lance dans l’adaptation d’une œuvre dominée par une telle lumière ! Dans ce Klondike aux températures extrêmes, neige, glace et ciel polaire font jouer des blancs ou gris aussi aveuglants que mordants. Tout le spectre des couleurs en est affecté, et même les flammes sont blêmes, décalées vers le blanc. Cette volte-face chromatique de Chabouté n’est qu’une illusion : ce récit est l’un de ses plus sombres.
Pourtant il y a comme un acte manqué dans Construire un feu. Ce n’est pas que le dessinateur ait ménagé sa peine. Graphiquement, répétons-le, c’est magnifique. Mais après l’épatant Henri Désiré Landru, ce nouveau livre semble tout de même, eh bien, manquer d'audace. Comme si, sur ce coup là, Chabouté n’était pas allé au bout de sa démarche artistique.
Tout au long de l'histoire, on sent la tentation de l’auteur de faire une adaptation totalement muette de la nouvelle de Jack London. Pas moins de vingt planches ne contiennent aucun texte ; ce sont les plus fortes du livre. Construire un feu raconte une solitude. Hormis dans la préface, nécessaire pour poser le contexte, il fallait laisser s'imposer un silence assourdissant. L’utilisation de récitatifs distanciés qui s’adressent au personnage en le tutoyant (« Tu es à Henderson Creek, à seize kilomètres de la fourche. Tu peux y arriver avant midi ») ne fait qu’atténuer la tension dramatique. Sans le recours à cette voix-off, souvent redondante avec le contenu narratif des images, le récit aurait été à la fois plus subtil et plus intense. Au lecteur averti d’essayer d’en faire abstraction pour deviner, derrière les textes inutiles, le chef d’œuvre que ce livre aurait pu être.
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