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La butte compte pas pour des Prugne

Entretien avec Patrick et Thibault Prugne

Propos recueillis par L. Gianati Interview 20/11/2014 à 09:30 9536 visiteurs

Délaissant, pour un temps seulement, les grands espaces des forêts nord-américaines pour un quartier bien plus intime de Paris, Patrick Prugne expose jusqu'au 20 décembre 2014, au Musée de Montmartre, quelques planches et croquis de son nouvel album, Poulbots. C'est dans Les Jardins Renoir surplombant les célèbres vignes que l'auteur revient sur ce projet un peu particulier qui inaugure la collection BD des éditions Margot, créées par son fil Thibault en 2011.


Poulbots est la première bande dessinée présentée par les éditions Margot. L’album a-t-il été spécialement écrit pour l’occasion ?

Patrick Prugne : Non. Il nous est arrivé de discuter avec Thibault (Thibault Prugne, fils de Patrick Prugne et éditeur, NDLR) de la possibilité de faire un album pour les éditions Margot. Mais à l’époque, j’avais déjà quelques projets pour les éditions Maghen. Quand j’ai terminé Pawnee, j’ai souhaité faire une parenthèse. Je voulais faire quelque chose d’un peu différent. De fil en aiguille, j’ai repensé à Poulbots et j’ai trouvé que ce projet pouvait très bien convenir aux éditions Margot.

Quitter les grands espaces américains pour quelque chose de plus intime…

P.P. : C’est ça. Je voulais aussi éviter de m’ennuyer en faisant tout à fait autre chose. C’était le troisième album que je faisais sur les indiens et c’était le bon moment de faire autre chose, de changer d’air.

Vous avez déclaré : « Si je n’avais pas été dessinateur, j’aurais été dessinateur ou peintre... » Consacrer un album à un peintre comme Francisque Poulbot, c’est quelque chose qui vous tenait à cœur ?

P.P. : Oui, d’autant que Poulbot est dessinateur et peintre. Mais il est surtout connu pour ses dessins puisqu’il travaillait pour des journaux, des gazettes et des revues d’époque. Mais ce qui a le plus joué pour me lancer dans Poulbots, c’est le personnage mais aussi le lieu. Poulbot a vraiment combattu la misère des petits gamins de la rue. Il a monté un dispensaire gratuit, il y avait des arbres de Noël pour les plus déshérités… C’était un peu le Saint-Nicolas du coin.

Vous connaissiez ce quartier de Montmartre avant de réaliser l’album ?

P.P. : Je le connaissais un peu comme un touriste. Je ne suis pas non plus parisien mais j’aime beaucoup ce quartier.

À part Francisque Poulbot, quelle est la part d’authenticité dans l’histoire ?

P.P. : En général j’aime beaucoup mettre de la fiction dans quelque chose de complètement réel. Et cet album n’échappe pas à la règle. En premier lieu, il y a Montmartre. Quatre-vingt dix pour cents des rues dessinées ont vraiment existé en 1905, j’ai travaillé dessus d’après des vieilles photos. Les personnage comme Poulbot et Dorgelès ont vraiment existé, tout comme, bien entendu, Jules Renard et Aristide Briand. Bibi-La-Purée est une haute figure de Montmartre de l’époque qui apparaît même en photo dans le supplément de l’album. La butte de Montmartre et le maquis ont aussi existé. Le fait que les pauvres gens aient été expulsés du maquis a aussi existé. Autour de tout ça, j’ai bâti une histoire avec des gamins.

Mettre une petite histoire dans la grande, c’est aussi évoquer la Grande Guerre en fin d’album…

P.P. : Oui. On s’attache à des gamins dans leur lutte pour sauver une mare à grenouilles ou le maquis, ce qui parait dérisoire. D’un seul coup, on revient brusquement dans la réalité. Le petit côté "fraîcheur" auquel on s’est habitué fait face, une dizaine d’années après, aux conséquences de la guerre. C’est simplement la vie…

Des gamins très solidaires dans la pauvreté alors que Jean est au contraire terriblement seul…

P.P. : Le groupe des quatre gamins et le petit bourgeois ont plein de choses à s’apporter mutuellement. Ils sont très candides. Même si au départ, Jean est kidnappé, on s’aperçoit très vite qu’il est finalement très bien avec eux. Il est beaucoup mieux que dans son appartement avenue de Clichy. Je voulais aussi montrer cette lutte, un combat qui s’apparente à celui de David contre Goliath, entre des gosses qui essaient de préserver leur mare à grenouilles et le gros promoteur qui veut faire venir des grues et des pelleteuses.

Après le kidnapping, le père de Jean craint d’ailleurs beaucoup plus les remontrances de son épouse que le devenir de son fils…

P.P. : Oui. D’ailleurs, le gamin dit à ses ravisseurs que son père ne leur donnera jamais de rançon car il ne s’intéresse pas à lui. C’est autre chose qui le préoccupe, tous ce qui peut lui redorer le blason et le faire briller sur la scène parisienne. C’est une caricature…

On découvre le prénom de Jean très tard dans l’histoire…

P.P. : Oui, c’est vrai… En plus, les autres enfants l’appellent « le bourge » ou « l’aristo »… À la fin, ils l’appellent Jean.

Les notes d’humour viennent alléger la gravité du sujet…

P.P. : Les gamins étaient vraiment comme ça, même dans la misère. Il sont parfois ingénus, parfois malins ou espiègles. Ce n’est pas parce qu’on est pauvres qu’on est forcément abattu ou triste.  

Un travail important a été réalisé sur les dialogues pour coller au mieux au langage des rues parisiennes du début du XX^^e siècle…

P.P. : J’ai fait des recherches et j’en ai laissé beaucoup de côté car il fallait quand même que ça soit lisible. Parler en argot constamment, avec cette gouaille des rues des gamins de l’époque, aurait été trop difficile à comprendre. Pratiquement tous les mots du vocabulaire courant sont changés dans ce langage. Il faut donc que ça ait l'air d’être vraiment dans le ton mais que le lecteur puisse aussi lire l’album.

Un buste de Poulbot orne le jardin du Musée de Montmartre. Ce lieu est vraiment l’endroit idéal pour l’exposition consacrée à l’album…

P.P. : Il y a une dizaine d’années, j’ai acheté au Musée de Montmartre mon premier livre consacré à Pouliot sans savoir que j’allais un jour en faire quelque chose. Longtemps, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire autour de ce personnage, dans l’idée mais aussi graphiquement. Je suis aujourd’hui ravi d’exposer dans ce musée la dizaine de planches proposées en face des originaux de Francisque Poulbot. Si on m’avait dit ça il y a dix ans quand j’ai visité ce musée, je ne l’aurais pas cru. Ce musée abrite des choses extraordinaires. Il y a par exemple l’ancien atelier de Suzanne Valadon ou la balançoire peinte par Renoir qui a d’ailleurs habité ici. Quand j’ai effectué ma demande de réservation, ils venaient juste de refaire le musée.

Quelles sont les différences avec d’autres types d’exposition que vous avez pu faire à la Galerie Maghen par exemple ?

P.P. : Ce n’est pas du tout la même chose. Chez Daniel Maghen, c’est une exposition-galerie, une exposition d’originaux. Les oeuvres y sont toujours très bien mises en valeur. Pour Poulbots, on est dans un musée chargé d’histoire. L’approche est différente.

Poulbots est le début d’une série d’albums édités chez Margot ?

P.P. : Le prochain album que je fais en est à ses balbutiements. Il sera édité chez Maghen. L’histoire se passe en 1788 avec le naufrage de La Pérouse avec La Boussole et L’Astrolabe au large de Vanikoro. Je vais partir de ce naufrage et raconter le destin des naufragés dans un gros one shot. Je me suis documenté sur beaucoup de choses. Je sais notamment qu’un des bateaux a coulé à pic, l’autre où il y a eu beaucoup plus de naufragés… Je me suis également renseigné sur les insulaires, les malaysiens, les polynésiens, les cannibales… La majeure partie des rescapés étaient des bretons qui ont voulu reconstruire un bateau…

L’envie de créer une série pour pouvoir faire vivre ses personnages sur une durée plus longue ne vous est jamais venue à l’esprit ?

P.P. : J’aimerais bien, mais j’ai peur de m’ennuyer et d’ennuyer également les lecteurs. Moi-même lecteur, j’aime bien lire les histoires complètes en un volume. J’achète beaucoup de séries où j’attends d’avoir quelque chose de fini avant d’attaquer la lecture. Je verrai avec Daniel Maghen si le nouveau projet évoqué tient en un tome ou s’il faut que j’en fasse deux.

Et travailler sur un sujet contemporain ?

P.P. : J’avoue que j’aime beaucoup ce qui est historique. Je ne me vois pas faire quelque chose de plus récent que 1910. (sourire) Travailler sur un album est très long et je n’ai pas envie de faire quelque chose qui ne m’intéresse pas. Dessiner des Clio ou des Twingo, ça ne me tente absolument pas. Par exemple, si je devais transposer Poulbots dans un univers contemporain, j’aurais les rues pleines de voitures… Il y a des tacots dans l’album mais ça reste des vieilles voitures. Je n’ai pas envie de m’ennuyer. Il faut que je me lève le matin en ayant le plaisir d’attaquer une nouvelle planche.

Exposition "Poulbots" de Patrick Prugne
Du 24 octobre au 20 décembre 2014
Musée de Montmartre - Salle Demarne
12, rue Cortot
75018 PARIS

L'auteur sera présent au Musée le samedi 22 novembre 2014 pour une rencontre-dédicace de 15h à 18h.


                                             



Quelles sont les origines des éditions Margot ?

Thibault Prugne : On voulait au départ faire un atelier à Clermont-Ferrand avec des illustrateurs. Nous avons eu l’idée de réaliser un petit livre, tiré à une centaine d’exemplaires, avec quelques dessins pour nous aider à financer ce lieu de travail. De quatre au départ, on a ensuite demandé à d’autres dessinateurs de venir nous aider dans la réalisation de cet album autour du thème de Brassens. Beaucoup de noms sont venus, des connaissances de mon père : Hippolyte, Grun…, puis Benjamin Lacombe, Emmanuel Lepage… Ce projet a pris une certaine ampleur et on a réfléchi sur la façon de diffuser le bouquin de façon un peu plus large. Bruno Lassalle, directeur de la DIFF, en a entendu parler par la Galerie Maghen. Il nous a contactés, proposé de nous diffuser et de trouver un distributeur. C’est comme ça que tout a commencé.

Comment avez-vous choisi par la suite votre ligne éditoriale ?


T.P. : Au départ, on voulait continuer cette collection sur les chanteurs. L'idée de travailler avec des dessinateurs différents, sous forme de collectif, nous attirait. Notre budget étant très limité, on ne pouvait donc pas faire tous les livres qu’on voulait. Après deux collectifs (Brel et Brassens, NDLR), on s’est tournés vers le secteur jeunesse, un domaine dans lequel je suis illustrateur. On a voulu faire alors un vrai boulot d’éditeur en dénichant quelques auteurs et en les suivant. On souhaitait aussi évoluer vers des grands formats, faire des beaux livres et laisser une grande place à l’illustration. On a finalement abandonné le côté collectif car on ne pouvait pas assumer les deux financièrement parlant. J’essaie seulement de faire ce que j’aurais aimé qu’on me propose pour mes propres bouquins en tant qu’auteur. Avec Poulbots notre collection BD est lancée.

Démarrer cette collection avec un album de son père, c’est un peu particulier…

T.P. : On avait depuis longtemps l’idée de se lancer dans cette collection. Puis, ce premier album s’est fait un peu par hasard, en fonction de ses projets. Avec ce livre, un peu plus attendu qu’avec un autre illustrateur, cette collection s'ouvre de la meilleure façon. C’est aussi un moyen d’attirer un peu plus l’attention des libraires. On a discuté avec mon père du scénario, on a fait quelques retouches. On a ensuite discuté ensemble de l’objet, du choix du papier, de la couverture…

La collection BD est-elle bâtie sur un thème particulier ?

T.P. : Non, mais il y a seulement peu de chance que l’on fasse des choses comme de la science-fiction… Pour la bande dessinée comme pour le livre Jeunesse, je pense que l’on va toujours chercher à avoir des choses plutôt poétiques, à avoir de la couleur directe. L’aspect visuel sera très important. On travaille actuellement sur un projet BD d’Étienne Friess, réalisé à l’aquarelle qui devrait sortir dans environ un an. L’histoire est celle de son grand-père italien, enfermé trois mois dans un poulailler pour déserter pendant la guerre de 39-45, et qui écrivait chaque jour une lettre à sa copine de l’époque pour tenir le coup. Étienne travaille actuellement sur ce projet en ayant repris toutes ses lettres et en romançant un peu, en évitant de tomber dans le côté glauque pour, au contraire, en conserver le côté poétique. La pagination sera un peu plus importante, environ soixante-dix pages, plus une trentaine de pages pour le carnet de croquis.

D’autres projets ?


T.P. : Oui, un projet de Benjamin Lacombe et de Sébastien Pérez qui sort le 5 décembre et qui s’appelle Facéties de chat. Ça peut être lu par des enfants mais ça reste quand même du Lacombe : de l’humour noir qui sera plutôt destiné à un public un peu plus âgé.




Propos recueillis par L. Gianati

Bibliographie sélective

Poulbots

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Pawnee

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Frenchman

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Canoë Bay

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