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Les contours du carré blanc

Entretien avec Brüno

Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade Interview 24/04/2014 à 10:48 18147 visiteurs

La sortie de Pornopia a laissé peu de lecteurs indifférents. Il y a les offusqués, peu nombreux c'est vrai, agressés par les images crues livrées sans concession. Puis les déçus, habitués aux travaux de l'auteur dans des registres beaucoup plus classiques et qui ne voient dans ce gros album qu'un recueil d'illustrations sans queue - quoique... - ni tête. Il y a enfin les autres, qui se délectent, quelque soit le genre, du style graphique tout en épure du dessinateur de Tyler Cross. Rencontré lors du dernier festival d'Angoulême, Brüno est revenu sur ces deux titres qui ont secoué, pour des raisons fort différentes, le microcosme bédéphile durant ces derniers mois.

Tyler Cross élu meilleur album de l’année par les lecteurs de BDGest dans le cadre des BDGest’Art, c’est une belle récompense !

Brüno : Oui, tout se passe à merveille depuis la sortie de l’album, aussi bien de la part du public que des critiques.

Un deuxième tome est d’ailleurs prévu…

B. : Oui, je travaille actuellement dessus. Fabien (Nury, NDLR) a entièrement écrit le scénario. Ce sera encore un quatre-vingt-dix pages grand format et il sortira probablement à l’automne 2015 même si l’éditeur aurait préféré qu’il sorte plus tôt. Le récit va se dérouler dans le pénitencier d’Angola en Lousiane. Il y aura de tous petits liens qui vont faire comprendre que ça se passe chronologiquement après le premier tome mais l’idée c’est vraiment de pouvoir lire les albums de façon indépendante.  On avait prévu dès le début de faire au moins trois tomes, trois histoires indépendantes. La typologie des personnages se prête assez à ce genre d’exercices, on voulait qu’ils puissent affronter des univers complètement différents. Autant dans le premier tome, on posait des bases en reprenant des archétypes assez classiques empruntés au western, on va être dans le deuxième dans du film de prison. Il sera, comme dans le un, chapitré en trois parties, Tyler Cross disparaissant également du récit dans la partie centrale, ceci permettant de s’intéresser au point de vue d’autres personnages. Si je fais bien mon boulot, le tome deux sera meilleur que le un.

Le décor de bagne du deuxième tome laisse-t-il la place à des personnages féminins ?

B. : Oui, il y en aura. Il faut juste penser qu’elles sont peut-être à l’extérieur du bagne. Elles peuvent être des mères ou des copines de prisonniers. Angola étant un énorme pénitencier, il y avait aussi des quartiers féminins. De la même façon que le tome un dans lequel l’action ne se déroulait pas tout le temps dans le village de Black Rock, le bagne ne va pas prendre les quatre-vingt-dix pages.

Les femmes n’avaient d’ailleurs pas le meilleur rôle dans le premier tome de Tyler Cross, contrairement à ceux présents dans Lorna et dans Pornopia

B. : Vous êtes méchant ! À part Tyler Cross, les autres personnages masculins sont aussi malmenés. Effectivement, la scène de la douche dorée est particulièrement marquante. D’ailleurs, Stella a finalement un happy end contrairement à tous les personnages masculins. Elle a pris sa revanche et se retrouve avec un bon paquet de pognon.


D’où vous est venue l’idée de Pornopia ?

B. : J’ai un rapport assez candide avec mon travail. Quand on m’amène une histoire qui me plait, je ne me pose jamais la question de savoir si je vais pouvoir la dessiner, si ça me convient… Je marche beaucoup à l’instinct. Le sexe m’a toujours passionné et ça faisait longtemps que je voulais faire un livre d’illustrations sur la question. Je trouve que le sexe est quelque chose d’ultra-graphique. Glénat a immédiatement été emballé par le projet. Je voulais surtout éviter le catalogue de dessins érotiques « fond de tiroir », comme c’est le cas pour de grands illustrateurs, même pour les spécialistes du genre comme Manara. Je voulais aussi éviter le recueil de pinups qui pose plus ou moins dénudées sur des rochers ou je ne sais quoi. Je souhaitais des ébats qui partent un peu dans tous les sens en termes de pratique, en évitant de me cantonner dans le fantasme masculin. À ce sujet, je voudrais notamment réagir à un article lu dans Zoo. Le rédacteur de l’article disait ne pas savoir par quel bout prendre le livre, il s’est surtout cru obligé d’y trouver un message. Pornopia est juste un livre d’illustrations, sans narration. Je suis persuadé que si j’avais fait le même livre sur l’une de mes autres grandes passions qu’est le jazz, je n’aurais jamais eu ce genre de remarque. Ce que je trouve passionnant dans la sexualité, c’est que ça intéresse tout le monde. Cela représente, à mon sens, cinquante pour cent d’une vie de couple réussie. Mais c’est quelque chose dont on ne parle jamais ou très mal. C’est aussi quelque chose où l’on est livré à nous-mêmes, il n’y a pas ou très peu d’éducation à ce sujet : c’est en faisant qu’on apprend. Il n’y a pas d’échelle de valeur ni de règles précises pour une sexualité réussie. C’est ce que je reproche aux médias qui traitent ces sujets, ils vont facilement dans l’extrême.

Dans ces illustrations, les hommes et les femmes semblent sur un pied d’égalité…


B. : Ce n’est pas conscient. J’ai juste pris des images que je trouvais intéressantes graphiquement à mettre en scène. Encore une fois, je voulais absolument éviter d’étaler les fantasmes purement masculins. Mes références ont plutôt été le cinéma pornographique d’aujourd’hui, même si je l’apprécie moins que celui d’hier, avec un fil narratif très ténu.

Peut-être pour toucher un plus large public…


B. : Je sais pertinemment que ce bouquin n’est pas de la bande dessinée. Je vais perdre beaucoup de gens qui me suivent habituellement : ceux qui ne sont pas intéressés par les illustrations ou ceux qui ne seront tout simplement pas intéressés par le sujet. Je me suis avant tout fait plaisir.

Les éditions Glénat ont-elles immédiatement accepté ce projet ? Vous ont-elles fixé certaines limites ?

B. : Il n’y a eu aucune censure. J’avais déjà intégré un peu de sexualité dans Lorna, pour d’autres raisons. Je me suis dit qu’avec mon dessin, très synthétique, on pouvait vraiment montrer l’aspect graphique des choses et éviter certaines formes de vulgarité. Si la couverture de Lorna ou les illustrations de Pornopia avaient été réalisées par un dessinateur réaliste, on aurait basculé dans tout autre chose. Je n’ai également pratiquement pas montré de secrétions, sauf sur une image, ce qui rend finalement le tout assez froid.

Comment avez-vous choisi l’ordre des illustrations ?

B. : J’ai dû dessiner cent quatre-vingt dessins. J’ai ensuite fait un tri. J’ai ensuite réfléchi à des vis-à-vis, vu que les images sont présentées en double page dans le livre. J’ai recherché des images qui se répondaient bien, des jeux de symétrie, des jeux purement formels avec les masses de couleur… Je voulais des liens, mais variés. J’ai l’impression que le livre est assez peu excitant, dans le sens où mon style graphique est assez épuré et qu’il n’y a pas de réelle narration. Ce qui est excitant, c’est quand on raconte quelque chose. Quand on lit Le Déclic de Manara, c’est l’histoire de la fille qui est excitante.

D’où vient le titre Pornopia ?

B. : Outre l’explication donnée en quatrième de couverture, j’ai découvert ce mot dans un dictionnaire de slang, dans lequel il y avait quantités de mots dérivés de « porno ». J’y ai trouvé « pornopia » qui m’a séduit, un titre bien ramassé qui fonctionnait bien.

L’album a été prépublié sur un blog pendant les mois de janvier et février. N’avez-vous pas craint que certains lecteurs se contentent ainsi de la version numérique ?


B. : Le livre est avant tout pensé comme un livre-objet. Je pense que si les images diffusées sur le blog parlent vraiment aux lecteurs, ils seront contents d’aller ensuite acheter le livre.




Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade

Bibliographie sélective

Pornopia

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  • Brüno
  • Brüno
  • 02/2014 (Parution le 05/02/2014)
  • Glénat
  • 978-2-7234-9857-9
  • 160

Lorna (Brüno)
Lorna, Heaven is here

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Tyler Cross
1. Tyler Cross

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