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Un Coeur à prendre

Entretien avec Séverine Gauthier et Jérémie Almanza

Propos recueillis par L. Gianati Interview 05/04/2013 à 11:47 9221 visiteurs
Après Aristide broie du Noir (Éditions Delcourt, 2008), Séverine Gauthier et Jérémie Almanza se sont de nouveau réunis pour réaliser un très joli album. Empreint d'une douce poésie, dans tous les sens du terme puisque les textes sont composés en alexandrins, Cœur de Pierre possède un charme qui opère immédiatement. Destiné aux plus jeunes mais apprécié également par les adultes, voilà sûrement le gage d'une belle réussite.

Séverine, vous dites sur votre blog que l’album a « accumulé un joli retard ». Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour sa réalisation ?

Séverine Gauthier : Ah, ah ! Oui, c’est vrai qu’on aurait dû finir l’album bien plus tôt !

Jérémie Almanza : *se cache dans un coin et essaie de se faire oublier *

Comment s’est déroulée l’écriture de Cœur de Pierre ? Avez-vous commencé par écrire un scénario puis composé les alexandrins ?

S.G. : C’est vrai que je travaille un peu différemment sur un album comme Cœur de Pierre que sur mes autres scénarios. Comme vous le dites, je procède en deux temps : d’abord un synopsis global de l’histoire suivi d’un découpage classique, planche par planche et case par case ; ensuite la composition du texte qui accompagne la BD muette. Je sépare les deux étapes d’écriture parce que la composition du texte en alexandrins et le travail sur le rythme me prennent énormément de temps. Ça permet à Jérémie de commencer à travailler sur le découpage écrit que je lui envoie alors que je suis encore en train de composer le texte.

On retrouve dans Cœur De Pierre l’un des thèmes récurrents présents chez Roald Dahl, l’enfance malheureuse…

S.G. : L’enfance malheureuse est vraiment un thème récurrent de la littérature jeunesse en général. Depuis toujours, les auteurs ne sont pas tendres avec leurs petits héros ! Roald Dahl reste un de mes auteurs favoris, j’aime autant ses romans pour enfants que ses livres pour adultes. Je suis particulièrement admirative de sa poésie pour enfants, pleine d’esprit et d’humour.

En découvrant la dernière case, c’est notre cœur de lecteur qui est brisé. On attend presque une suite ! (sourire)

S.G. : Désolée pour votre cœur ! Je crois avoir brisé le mien en écrivant l’histoire de ce petit garçon. (sourire) Je voulais en terminant cette histoire laisser la place à l’interprétation. Chacun peut la ressentir à sa façon. Mais il n’y aura pas de suite !

Pensez-vous que tous les thèmes peuvent être abordés avec les enfants ?

S.G. : Je pense oui. Et je pense qu’on peut le faire de beaucoup de façons différentes. C’est ce qui se passe d’ailleurs avec l’incroyable diversité, aussi bien thématique, que visuelle, des ouvrages qui s’adressent aux enfants.

Quel est selon vous le livre pour enfants idéal ? Celui qui peut être lu à la fois par les plus jeunes et par les adultes ? Celui qui les fait rêver ? Celui qui éveille leur curiosité et leur permet de répondre à une interrogation ?

S.G. : C’est vraiment difficile de définir le livre pour enfants idéal. Il sera sans doute différent pour chaque enfant. En ce qui me concerne, les livres que j’ai lus étant enfant et que je considère comme un « idéal » sont ceux que j’ai gardés, que je relis encore régulièrement aujourd’hui. Dans mon cas, ce sont les livres qui m’ont procuré mes premières vraies émotions de lecture, ceux qui m’ont fait rire ou rêver, comme Le bon gros géant de Roald Dahl. Ceux qui me sont le plus cher sont ceux qui m’ont émue aux larmes étant enfant, comme Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos. Je pleure encore à chaque fois que je le relis. Pour moi, la littérature, pour enfants ou non, est liée à l’émotion.

Même si les thèmes sont très différents, il existe plusieurs similitudes entre Cœur de Pierre et Aristide broie du Noir. Quelles expériences avez-vous tirées de votre première collaboration ?

S.G. : Il y a forcément des similitudes puisque nous avons choisi d’adopter pour Cœur de Pierre le même format et le même mode de narration que pour Aristide broie du Noir. Jérémie et moi avions vraiment envie de retravailler ensemble après Aristide broie du Noir. Ça a vraiment été une très belle rencontre, humainement et artistiquement. Nos univers et nos sensibilités sont très proches et nous espérons bien continuer à collaborer ! La réalisation d’Aristide broie du Noir avait été beaucoup plus difficile. C’était le premier album de Jérémie et la composition des planches et la narration nous ont demandé beaucoup de travail et d’ajustements. C’était beaucoup plus fluide, plus naturel sur Cœur de Pierre.

J.A. : Oui les choses se sont passées plus naturellement sur cet album. Et, de mon côté, j’ai un peu pris sur moi pour fluidifier la narration : cela a notamment consisté à ne pas surcharger les planches de détails à gauche à droite, de parfois oser épurer même si cela est contre ma nature profonde… C’était un combat de tous les instants ! Mais pour qui a envie de regarder, il y a quand même pas mal de petits détails par ci par là. (sourire)

Jérémie, vous dites avoir été plus influencé par De Crécy que par Tim Burton pour Aristide broie du Noir. Qu’en est-il pour Cœur de Pierre ?

J.A. : L’influence burtonienne, même si ce n’est pas l’influence principale sera toujours là en filigrane. Pour ce qui est de Cœur de Pierre, l’influence n’a pas été un auteur particulier mais une multitude que je ne saurais citer (Cela dit, j’ai donné quelques petits indices lorsqu’on regarde les livres que lisent les personnages). En dehors de l’influence d’auteurs particuliers, ce qui m’a le plus aidé, c’est de penser le bouquin comme une petite pièce de théâtre. Si le début fait appel à une multitude de décors, à partir de la planche 11, l’environnement se fait plus épuré, plus simple et symbolique. Les protagonistes passent ou repassent souvent aux mêmes endroits, que j’imaginais tout à fait être des petits bouts d’un unique immense décor de théâtre. Du coup, cela m’a donné un vrai sentiment de réalité, et de consistance des décors, que j’espère avoir su retranscrire.

Quelle technique avez-vous utilisé pour les couleurs ?

J.A. : Je reste fidèle à ma bonne vieille technique que j’essaie à chaque livre de peaufiner : dessins au crayon, petite touche d’aquarelle, puis travail de couleurs et d’ambiances avec Photoshop. Dans Cœur de Pierre, par rapport aux précédents albums, l’accent a été mis sur le travail au crayon sur lequel je m’amuse le plus.

Entre ces deux albums, vous avez réalisé trois tomes de Eco, scénarisé par Guillaume Bianco. Cette collaboration vous a-t-elle permis de franchir un nouveau cap ?

J.A. : Le troisième tome de Eco est prévu en juin, je suis actuellement en train de bosser d’arrache-pied dessus. Ce boulot m’a permis de tester d’autres types de narration, de tester d’autres techniques de dessins (même si au final, le rendu diffère peu), de bosser avec d’autres auteurs aussi avec d’autres exigences que Séverine. C’est aussi un travail d’illustration plus que de bande dessinée (même si l’idée est de trouver une narration hybride), et j’ai appris sur le tas que ce n’était pas du tout la même chose ! Lorsque j’ai commencé sur Aristide, je voulais absolument surcharger tous les dessins, dessiner plein de trucs, qui parfois me dépassaient car je finissais par travailler sur des feuilles gigantesques alors que mon bureau était minuscule ! Avec Eco, j’ai appris qu’un dessin détaillé avait plus de forces s'il était précédé de dessins plus simples, plus épurés. Une sorte de leçon sur le contraste, que j’ai tenté d’appliquer à Cœur de Pierre.

Jérémie, vous parliez il y a quelques temps d’un projet pour la collection Métamorphoses des éditions Soleil. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

J.A. : Il est prévu que j’adapte en dessin Pinocchio, sur la base du texte original de Carlo Collodi. Le travail est gargantuesque car on ne compte plus le nombre d’adaptations de Pinocchio, que ça soit en dessin animé, livres illustrés, bandes dessinées : aussi il va falloir l’adapter de manière particulièrement originale. C’est d’autant plus difficile qu’un des artistes ayant travaillé sur le Pinocchio de Walt Disney, Gustaf Tenggren, est une de mes influences principales en terme de dessin : il va donc falloir s’affranchir de cet auteur particulièrement génial.

Il était question également d’un projet avec Tony Sandoval…

J.A. : Oui, un projet toujours en gestation mais qui j’espère prendra vite forme !

N’avez-vous pas des envies de bandes dessinées réalistes ?

J.A. : Pour ma part, je n’ai pas trop envie de bande dessinée réaliste mais j’ai envie de changer d’univers. J’ai été soudainement pris par l’envie de faire une bande dessinée avec des hippopotames, de manière complètement inexplicable…

Séverine, vous travaillez au sein de l’Atelier 510 TTC. Comment cette structure fonctionne-t-elle ? Chacun travaille-t-il dans son coin ou existe-t-il une véritable émulation entre tous les auteurs ?

S.G. : L’atelier est une association, un groupement d’auteurs, scénaristes, dessinateurs et coloristes, qui souhaitent avoir un lieu de travail et sortir un peu de chez eux ! Nous sommes six actuellement : les dessinateurs Benoît Blary, Bengal et Thomas Labourot ; les coloristes Christian Lerolle et Luc Perdriset, et moi. Nous travaillons dans un grand espace ouvert où chacun a aménagé et personnalisé son petit espace personnel. Nous finançons notre local en faisant des travaux de commande en commun et en animant des ateliers BD pour les enfants en partenariat avec la mairie de Reims. Chacun travaille sur ses albums mais nous échangeons constamment sur les projets sur lesquels nous travaillons et nous nous intéressons les uns aux autres. Il y a une véritable émulation dans la mesure où on découvre l’univers d’auteurs qui ne nous ressemblent pas forcément, et parfois on s’entend tellement bien qu’on monte des projets ensemble… (sourire)

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur Virginia qui doit paraître prochainement aux éditions Casterman ?

S.G. : Justement, je partage Virginia avec le dessinateur Benoît Blary qui travaille à côté de moi à l’atelier. C'est une histoire en trois albums. Le premier tome, Morphée, paraîtra au mois de mai prochain. Cette histoire est née de notre passion commune pour le 19ème siècle aux Etats-Unis et la période de la Guerre de Sécession. Virginia raconte le parcours d’un homme torturé, déserteur de l’armée sudiste et dépendant à la morphine. Ce n’est pas une BD historique mais vraiment le parcours d’un homme qui va devoir affronter un passé qu’il fuit et les fantômes de son présent. Je ne sais pas si c’est très clair mais je ne veux pas trop en dire ! (sourire)

Avez-vous d’autres projets "adultes" ?

S.G. : Oui, quelques-uns. Mais rien de vraiment concret pour le moment.

Les quatre fillettes présentées sur votre blog dessinées par Bengal, Thomas Labourot, Clément Lefèvre et Paul Drouin ont-elles toutes trouvé un éditeur ? Avec des bouilles pareilles, ça ne devrait pas être si difficile ! (sourire)

S.G. : C’est très gentil mais détrompez-vous ! C’est toujours difficile de convaincre les éditeurs. Je peux vous dire que la petite Épiphanie dessinée par Clément Lefèvre (sur l'image, la troisième à partir de la gauche, NDLR) a trouvé son éditeur. Le projet s’appelle, L’épouvantable peur d’Épiphanie Frayeur et sera publié aux éditions Soleil dans la collection Métamorphose. Sur les trois autres projets, deux sont tombés à l’eau faute d’éditeur intéressé. Le dernier est en cours de relecture chez plusieurs éditeurs actuellement. On croise les doigts ! (sourire)


Lire la preview : http://www.bdgest.com/preview-1261-BD-coeur-de-pierre...
Propos recueillis par L. Gianati

Information sur l'album

Cœur de Pierre

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