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'On a glapi sur la lune', interview en un acte

Rencontre avec Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou

BDGest (J. Briot) News 03/03/2006 à 17:23 1762 visiteurs
ACTE I - Scène 1
La scène se passe au festival d'Angoulême, fin janvier 2006, sur le stand Delcourt habillé aux couleurs de la série De Cape et de Crocs. Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou, respectivement scénariste et dessinateur de la saga, attendent un journaliste de BDGest. Lever de rideau : ce dernier fait son entrée. Il se présente, sort de sa poche un dictaphone et s'attable en compagnie des deux auteurs...

BDGest' : Avant d'entrer dans le vif du sujet : y aura-t-il oui ou non un one-shot consacré à Eusèbe ?
Alain Ayroles : Oui ! Mais seulement après qu'on aura fini l'histoire en cours. Ce qui prendra au minimum encore deux tomes. Au minimum. Plus probablement trois, parti comme c'est.
Jean-Luc Masbou : Bon vas-y, dis trois, franchement.
AA : Franchement ? Trois. On a reparlé ensemble du scénario, et certains morceaux de bravoure méritent d'être développés... ce qui repousse d'autant le dénouement. Donc la saga fera dix tomes.
(D'un regard, Alain Ayroles cherche le soutien de son collègue)
JLM : Tu as raison !

BDG : Dans cette saga, vous ne laissez jamais un personnage totalement de côté...
AA : Ce n'est pas tout à fait vrai. Dans le tome 3, on ne voyait pas Eusèbe. Les pirates ne font aucune apparition dans le tome 6. Il y a une foule de personnages secondaires dans De cape et de crocs, donc on ne peut pas toujours les suivre. On est obligés de traiter plusieurs intrigues en parallèle. Avantage, cela permet de rythmer le récit en changeant de séquences, de lieux, d'ambiances.
JLM : Tu as raison !

BDG : Vous êtes passés maîtres dans l'art des révélations interrompues. Par exemple, l'identité du maître d'armes reste mystérieuse depuis deux tomes... On va finir par la connaître ?
JLM : Ah oui. Il apparaît dès la première page du tome 8.
AA : Jouer avec du suspense, entretenir un mystère est un exercice délicat pour un auteur. Ce n'est pas évident, parce que la réponse à un mystère est toujours décevante par rapport au mystère lui-même. C'est pourquoi on s'arrange pour avoir des mystères...
JLM : ...qui restent mystérieux !
AA : Cela dit, on a les réponses. Comment Eusèbe est arrivé aux galères, on en dit un peu plus à chaque fois, sans tout dévoiler en bloc. Ca fait travailler l'imaginaire du lecteur.
JLM : Quant au maître d'armes, même si on ne l'a pas encore montré, on en a donné une définition plutôt complète...
(Ayroles coupe la parole à Masbou avant que ce dernier ne fasse des révélations inopportunes)
AA : Des mystères, on en a aussi révélés. Par exemple, le trésor des îles Tangerine qui était une machination sélénite, cela a été dévoilé. Le prochain tome sera assez riche en révélations, mais d'autres mystères apparaîtront. L'important, c'est de conserver une certaine parcimonie dans les révélations, pour que le lecteur puisse se faire un film et fantasmer les réponses. De cette façon, quand l'explication officielle arrive, le lecteur a un a priori sur les réponses... A nous de le surprendre à ce moment là, avec des éléments inattendus.

BDG : Vous aimez instiller des références à des pièces de théâtre, des tableaux... sans toutefois marquer d'arrêt pour les signaler : comprend qui peut. L'envolée d'Arman, par exemple : "A moi, Marquis, deux mots"... C'est du décalage, mais en même temps, cela peut passer totalement inaperçu !
AA : Il peut sembler normal que le renard dise cela à ce moment là. C'est logique dans le langage du XVIIe siècle, pour provoquer quelqu'un en duel. C'est le vocabulaire d'usage. En même temps, cela fait référence à une tirade du Cid de Pierre Corneille, mais ne pas connaître cette référence ne gêne pas le récit.
JLM : il y a beaucoup de choses qui peuvent passer inaperçues, surtout au niveau visuel. Il y a parfois dans les arrières plans de petits éléments qu'on glisse, qui peuvent par exemple faire référence à un gag des Monty Python, qui n'amuseront peut-être qu'un lecteur sur mille... En même temps, ce n'est pas frustrant pour les 999 autres et ça nous amuse, alors...!
BDG : Un exemple concret de référence aux Monty Python ?
JLM : Eh bien dans le tome 5, quand Mendoza est avec son bateau dans le cratère sous la lune, Mendoza s'écrit "Par la très sainte Inquisition !"... et dans la case suivante, un inquisiteur apparaît, comme dans le sketch "Nobody expects the Spanish Inquisition". Franchement, il faut le voir !
BDG : Vous prenez donc le risque que certains clins d'oeil restent complètement incompris ?
AA : Il y a quelques sites consacrés à la série, où des lecteurs relèvent des références vraiment pointues !
JLM : On a eu l'occasion de discuter avec un lecteur qui avait tout décrypté. Il avait même trouvé des références que nous n'avions pas placées... "Comment ? Ce tableau d'un disciple du fameux maître italien...? Ah non."
AA : Dans le tome 7, en plus des références, nous nous sommes amusés à des jeux littéraires avec les noms des personnages et leur façon de s'exprimer, qui se prolongent sur les pages de garde de l'album qui représentent une carte. Tout cela est très discret, on peut passer à côté sans dommage.
Le danger quand on fait des histoires pleines de clins d'oeil, c'est qu'une des clés de l'intrigue soit dans la référence. C'est la chose à ne pas faire, pour ne pas laisser des lecteurs au bord de la route. Il faut qu'on puisse lire De cape et de crocs au premier degré aussi. Il y a des enfants parmi nos lecteurs, ce qui prouve que l'histoire fonctionne aussi par ses gags visuels, ça fait plaisir.
JLM : Oh, ce ne sont pas toujours les enfants qui préfèrent s'en tenir au premier degré. Un journaliste m'a dit hier que ses enfants de 9 et 12 ans aimaient beaucoup le ton de la série... Mais lui, au contraire, trouvait qu'il y avait trop d'alexandrins...

BDG : A ce propos... Le tome 7 est l'occasion d'un nouveau duel en alexandrins, comme au début de la série...
AA : Il me faut tout de même signaler que les alexandrins du premier tome sont des vers de mirliton, qui ne sont pas faits dans les règles de l'art. Depuis, je me suis documenté sur les règles de la poétique : les alexandrins, à partir du tome 3, sont dans les règles.
BDG : Vous voulez bien développer ? Qu'est ce qui pose problème dans les vers des deux premiers livres ?
AA : Les règles de la poétique sont très strictes. Il a fallu Victor Hugo et la fameuse bataille d'Hernani pour que la contrainte de la césure à l'hémistiche soit levée. Edmond Rostand ne la respecte pas, et comme Hugo, il pratique beaucoup les enjambements. Un autre contrainte consiste à devoir faire alterner les rimes mâles et les rimes femelles (c'est-à-dire finissant par une voyelle muette). Et puis il y a des règles concernant les hiatus. Une fois qu'on a résolu ces problèmes purement techniques, si on fait des vers, c'est pour s'exprimer de façon poétique. En dehors du sens donné à la phrase, il faut donc parvenir à glisser quelques images poétiques de valeur, et respecter une certaine prosodie, c'est-à-dire se soucier de la musicalité du vers. Ce qui n'est pas toujours facile.

BDG : Vous parlez de poésie classique, mais Armand remporte son duel poétique par un vers qui pourrait être celui d'un rappeur...
AA : Ce n'est pas gratuit, il y a des passerelles évidentes. Le principe de joutes verbales existe aussi bien chez Cyrano de Bergerac (l'auteur) comme dans la pièce de Rostand. Le plaisir du jeu sur le mot qu'il y a dans les chansons de rap, est exactement le même que celui de ces auteurs. J'ai lu une interview croisée entre un écrivain et Joey Starr, où l'écrivain expliquait que les seules chansons françaises de nos jours qui emploient l'imparfait du subjonctif, se trouvent dans le rap. Dans le rap, il y a une gouaille, une truculence... très proche de cet esprit du XVIIe siècle.

BDG : Au début du tome 7, on trouve un portrait de Guy Delorme, qui vous a inspiré le personnage de Mendoza. Y a-t-il d'autres exemples de personnages inspirés par des acteurs ?
JLM : Le bellâtre. Quand on a composé ce personnage, on l'avait défini comme un genre de Vincent Perrez dans La reine Margot. Et Cénile, son père, a un jeu à la De Funès, sans lui ressembler physiquement.

BDG : Une de vos spécialités est de faire déborder l'histoire sur les pages de garde...
AA : 46 pages par album, cela ne nous suffit jamais. Techniquement, on pourrait augmenter la pagination à 54 pages, mais cela nuirait à la fréquence de sortie des albums, ainsi qu'au rythme : chaque histoire est un acte qui est censé représenter la même durée. Les pages de garde ne sont pas en quadrichromie, on ne peut donc pas faire de "vraie" planche. On joue donc à fond la carte du minimalisme, en reprenant un principe qui existe dans les cartoons de Tex Avery, et que Uderzo et Goscinny avaient exploité dans La grande traversée. Cela consiste à ne faire apparaître que des yeux et des bulles, soit parce que la scène se passe dans le noir, soit parce qu'elle se passe dans le brouillard ou les nuages. Je crois qu'il y a un effet de persistance rétinienne chez le lecteur, qui a vu les personnages et peut donc continuer de les imaginer même s'il ne les voit plus dans le blanc (ou le noir) de la case.
Nous aimons ces jeux sur le support. De cape et de crocs en contient beaucoup : des répétitions de cadrage, des jeux de symétries axiales. Ce n'est pas l'OuBaPo, mais on s'amuse bien à jouer avec les codes.
BDG : Symétrie axiale... un exemple ?
JLM : Quand ils arrivent sur la lune, au début du tome 6. Il y a une planche où le champ gravitationnel change. Eusèbe sert de pivot central au vaisseau, qui semble tourner autour de lui. En haut à gauche, le vaisseau semble monter vers la lune ; dans la case en bas à droite, il tombe vers la lune.

BDG : Pouvez-vous parler de la pièce de théâtre adaptée de votre univers ?
AA : Il y a eu non pas une mais deux pièces de théâtre. Pour la sortie du tome 4, j'avais écrit une pièce en vers, qui a été montée à Versailles dans un théâtre d'époque. Plus récemment, une troupe bretonne a adapté les deux premiers tomes de la série. Ils ont créé une pièce avec force effets spéciaux, avec des décors impressionnants, une scène de flamenco, des scènes d'escrime, un jeu de commedia dell'Arte... qui nous a beaucoup plu.
Une chose amusante, c'est la mise en abîme que cela implique. Cette série est une bande dessinée qui met en scène le théâtre, et qui de temps en temps met en scène le théâtre dans le théâtre. Voir une pièce de théâtre issue d'une bande dessinée qui elle-même se réfère au théâtre... C'est vertigineux !
JLM : Oui, tu as raison !

BDG : Je vais poser la dernière question en ouga-bouga. J'espère que mon accent est bon... Ouga-bouga ?
AA : Ah, je laisse Jean-Luc répondre...
JLM : Ouga-bouga !


(Le reste de la conversation continue en ouga-bouga)
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