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Toute la bande dessinée

Marc-Antoine Mathieu déplie la BD

Julius Corentin Acquefacques

A. Perroud Webzine 04/03/2013 à 00:00 12187 visiteurs
Premières cases et révélation

Après un premier album, Paris-Mâcon, publié dans la célèbre collection « X » de Futuropolis en 1987, Marc-Antoine Mathieu entre vraiment dans le paysage du Neuvième Art en 1990 avec L'origine, premier tome des aventures de Julius Corentin Acquefacques. Celui-ci est immédiatement remarqué par la critique et reçoit dans la foulée l'Alph-Art Coup de Cœur à Angoulême en 1991. Cinq autres volumes aussi énigmatiques suivront, ainsi qu'une douzaine de one-shots, tous marqués par la volonté de l'auteur d'explorer les possibilités de la bande dessinée. Ce chemin peu couru et sinueux, voire anguleux et méticuleux pour ce qui concerne l'intéressé, n'est pas nécessairement celui qui garantit des ventes faramineuses. Chaque nouveauté de Marc-Antoine Mathieu fait pourtant l’événement, à l'instar d'auteurs tels qu'Andreas ou De Crécy.

De son propre aveu plus graphiste que dessinateur, Marc-Antoine Mathieu n'a eu de cesse, durant sa carrière, de repousser les limites de la bande dessinée et d'aller guigner ce qui se passe dans l'épaisseur de la feuille de papier. Également scénographe au sein de l'agence Lucie-Lom, il a notamment participé à la conception des expositions Les musées imaginaires pour le festival d'Angoulême et Abracadabulles dans le cadre de BDboum à Blois. Fort de cette expertise dans le traitement de l'espace, il ne cesse d'insuffler du « volume », un peu de troisième dimension, à tous ses ouvrages.

Évidemment, il n'est pas le premier artiste à avoir « testé » les limites de la narration en images. Il y a plus d'un siècle, Windsor McCay utilisait déjà Morphée pour entraîner Little Némo dans des péripéties graphiques extraordinaires. Gustave Verbeek, un pionnier contemporain de McCay, proposait quant à lui des histoires dont les cases lisibles dans tous les sens obligeaient le lecteur à retourner son illustré pour lire la fin du récit. Plus près de nous, Fred, l'illustre créateur de Philémon, n'a cessé de perdre ses héros dans des planches labyrinthiques où la poésie prend le pas sur la logique.


Le système « Mathieu »

Si la volonté de raconter reste la même, la démarche de Mathieu est néanmoins plus déterminée, plus voulue. Le créateur de La voiture symétrique se situe à mi-chemin entre l'approche purement intellectuelle des recherches de l'OuBaPo (à l'instar de l'Oulipo, L'Ouvroir de bande dessinée potentielle - OuBaPo - est un regroupement d'auteurs autour de la création de BD sous contrainte artistique volontaire) et celle des conteurs traditionnels. La contrainte n'est pas la raison d'être de l'histoire, mais son principal moteur. En fait, il est possible de concevoir les travaux de Mathieu comme une volonté ludique et narrative d'agrandir le champ d'action de la BD en brisant ses frontières dimensionnelles et temporelles.

Si le côté formel de la narration est un des fils rouges de l’œuvre de Mathieu, sa bibliographie démontre bien que l'auteur ne se limite pas à des jeux graphiques. L'identité de l'individu ou l'aliénation face à la société sont des sujets souvent abordés dans son œuvre. Dans La Mutation (L'Association, 1997), Monsieur Albert, adjoint au contrôleur en chef, disparaît aussi bien des organigrammes que physiquement quand sa mémoire commence à flancher, tandis que les protagonistes du Cœur des ombres (L'Association, 1998) se voient régénérés quand, à l'aube, ils retrouvent leurs ombres perdues la veille dans les dédales de la cité. Dans Mémoire Morte (Delcourt, 2000), Firmin Houffe, un énième fonctionnaire, décidément une profession très utilisée par Mathieu, remonte aux racines de sa ville pour comprendre pourquoi des murs apparaissent, empêchant ainsi toute communication entre les citoyens.

Totalement conceptuel pour le coup, le très curieux 3 secondes (Delcourt, 2011) avait quelque peu désarçonné critiques et lecteurs. Primitivement conçu comme une application informatique (toujours consultable ici), 3 secondes « suit » le cheminent d'un rayon lumineux pendant ce court laps de temps. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, il se passe beaucoup de choses pendant ces quelques instants ! Cette création unique, associant virtuel et monde physique, annonce à sa manière une hypothétique direction dans l'évolution du médium BD.


Le laboratoire Julius Corentin Acquefacques

Pièce maîtresse de la bibliographie de Mathieu, Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves est le parfait exemple de ces expériences graphico-narratives. Plantées dans un univers alternatif sous la coupe d'une administration pleine des peurs kafkaïesques (essayez de lire Acquefacques à l'envers) et de la folie de Terry Gilliam, les mésaventures de Julius, le rêveur éveillé, entraînent le lecteur dans des poursuites aux limites du possible. L'auteur s'amuse – la série n'est pas dénuée d'un humour absurde, souvent corrosif, toujours en résonance avec cet étrange monde monochromatique – à plier, tordre et retourner les règles de son art. Pour autant, ces détournements ne sont pas synonymes de destruction. Bien au contraire, la lisibilité et une logique propre à chaque album semblent même constituer une règle à laquelle l'auteur n'a jamais dérogé. Dans ses « délires », le scénariste n'oublie jamais de raconter une histoire, même si les voies qu'il emprunte surprennent et peuvent parfois perdre le lecteur.

Dans L'origine, des pages s'invitent dans d'autres par anticipation. Par exemple, à la page 43, Julius reçoit par courrier la planche 42. Ainsi, l'auteur brise la sacro-sainte chronologie définie par la nature de l'objet-livre lui-même. Un peu plus tard, la devenue célèbre anti-case – en fait une fenêtre découpée dans la planche - fait son apparition : celle-ci projette le lecteur vers l'avant pour mieux le ramener ensuite en arrière, comme par magie. La narration se retrouve dédoublée physiquement, tandis que le temps perd passablement de sa linéarité.

Dans Le Processus, l'auteur va encore plus loin en projetant son héros, via une spirale digne du ruban de Möbius, dans la "vraie" réalité, à travers des scènes photographiées. Tel L'épaisseur du miroir, album quasi-palindromique possédant deux débuts, mais aucune fin, la liste des inventions de Mathieu est ainsi sans limite.

Presque dix ans après sa précédente aventure, le plus rêveur des fonctionnaires du ministère de l'humour sort de sa torpeur. En effet, Le Décalage, sixième tome de Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves arrive sur les étals ! Alors que La 2.333e dimension faisait fi des lois de la perspective, Le Décalage s'attaque à la quatrième dimension. Une multitude de trouvailles incongrues (l'éditeur annonce la couleur en précisant que l'album comporte des anomalies qui sont parfaitement volontaires) permet à l'auteur de décortiquer la notion de l'écoulement du temps. Le récit, à la fois philosophique et scientifique, emmène, une nouvelle fois, le lecteur dans des territoires inexplorés de la bande dessinée.

Artiste unique dans son genre, Marc-Antoine Mathieu pose un regard unique sur la bande dessinée. Ces albums habillés d'un N&B sobre et élégant se révèlent rapidement indispensables pour tous les bédéphiles curieux de leur passe-temps favori.




Retrouvez la preview du nouveau Julius Corentin Acquefacques
et l'interview de Marc-Antoine Mathieu dans le coup de projecteur consacré à



A. Perroud

Information sur l'album

Julius Corentin Acquefacques
6. Le décalage

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