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Docteur Clarke et Mister Président

Sortie du Tome 2 de Mister Président et du Tome 14 de Mélusine

(BDGest') C. Steffan News 27/04/2006 à 10:44 1310 visiteurs
Dans une époque où le "rêve américain" est généralement considéré comme la panacée pour la vieillote décadence européenne, le dessinateur / scénariste Clarke prend le contre-pied des idées reçues et les fait valdinguer jusque dans le Bureau Ovale.

Critique acerbe et parfois cruelle de l'hégémonie diplomatique et culturelle des Etats-Unies, Mister Président nous est revenu au mois de mars, pour un second tome sous de nouveaux cieux : attention, "Il" débarque jusque chez nous !

Interview d'un auteur diversifié n'appartenant à aucun genre :

BDGest' : On sent une certaine différence entre le premier tome de Mister Président et ce nouvel album. L'absurde est moins présent et le personnage lui-même est moins comique. Dans Mister President vous le représentiez comme le type même du anti-héros, qui disait et faisait des gaffes à répétition. Là il subit, mais il n'est pas à l'initiative de ce qui se passe. Le Président est acteur mais pas premier rôle.

Clarke : Je ne sais pas... en fait j'aimerai le transformer petit à petit. Le problème, c'est que c'est à cheval entre le dessin de presse - parce que cela en est - et la bande dessinée. La BD ne permettant pas la même rapidité d'exécution, je suis obligé de structurer l'actualité vécue pour l'amener à la bande dessinée. Donc si j'ai de l'actualité, je me sers des gros titres, pas plus - ce n'est pas une critique pointue - et je suis obligé de faire de la BD autour. J'ai envie qu'on lise ces albums dans 20 ans et qu'on ne se demande pas de quoi ça parle.

BDG : D'où les fiches signalétiques très présentes dans le second ?

Clarke : Bien sûr, les fiches signalétiques sont très importantes parce qu'il y a aura des gens qui ne sauront même plus de quoi on parle. Il faut que ça soit grosso modo intemporel, et c'est aussi ce qui m'a amené à changer le personnage petit à petit : il faut que ce soit un innocent naïf qui, par son innocence, peut être hyper dangereux vu qu'il a les pleins pouvoir. On arrive à quelque chose d'assez inquiétant quand même, c'est ce que je veux dégager.
Effectivement, il est probable que ça le rende un peu moins acteur de ses idées...

BDG : ...moins absurde aussi

Clarke : Probablement, oui. Mais en même temps, une BD qui doit durer sur le long terme ne peut pas fonctionner sur l'absurde, elle doit avoir sa cohérence à elle.
L'absurde, ça marche au ponctuel ; ou alors on fait des tas de sketches qui partent dans tous les sens mais qui n'ont aucun rapport entre eux. Il y a l'absurde pour l'absurde, parce que ça devient le mot d'ordre.

BDG : Ce n'était pas le thème du premier ?

Clarke : Non.
Je crois simplement que le premier était trop ancré dans le dessin de presse, et donc le personnage manquait un peu de consistance.
Je suis déjà à la moitié du 3 et ça devient de plus en plus BD, tout en restant collé à une forme d'actualité. Mais c'est un exercice très difficile dont je ne m'étais pas rendu compte au premier. Je rentrais dans du dessin de presse en BD, ce qui est ahurissant. Ca n'a pas de sens de faire du dessin de presse avec huit mois de décalage avec l'évènement. Je suis obligé de jouer sur la mémoire des gens qui doivent continuer à en rire, ce qui doit rendre l'évènement aussi intemporel que la BD dans laquelle il apparaît. C'est un peu un travail de bluff (rires).

BDG : Est-ce que votre traitement des dialogues est différent entre le premier et le second album ? Les dialogues du précédent étaient plus proches de vos autre albums (comme P38), avec des répliques qui étaient délirantes par elles-mêmes.

Clarke : Elles restent drôles dans le deuxième album. Je suis quelqu'un qui attache tellement d'importance aux dialogues.
C'est clair que c'est proche de ce que je faisais chez Fluide, encore que P38 est peut-être l'album que j'aime le moins. C'est presque un travail de commande, c'est J.C. Delpierre (rédacteur en chef de Fluide Glacial à l'époque, ndlr) qui m'a dit "tiens, tu ferais pas des nanas ?... parce que tu les fais bien". J'avais rien à faire, alors... "des nanas... qu'est ce que je peux faire ? "Drôle de dames", plof !".
Mais je ne suis pas très doué pour faire de l'humour avec de l'action. C'est périlleux comme exercice car ce sont des trucs qui ne se marient pas très bien, surtout si on veut que ça soit à un certain degré. L'action demande en général un humour au premier degré ; ça fonctionne mais ce n'est pas ce que j'aime.

BDG : Même sur les éléments parodiques comme transformer les Télétubbies en bêtes sexuelles ?

Clarke : Oui mais ça devient des trucs que j'ai été obligé d'inclure pour aimer ça. En même temps ce n'est jamais absurde : je trouve ça bizarre, décalé, grotesque, tout ce qu'on veut mais pas absurde. L'absurde c'est quelque chose qui ne s'explique pas. Chez moi, ça s'explique ! (rires) Elle a une logique interne, quelle qu'elle soit : plus on veut qu'une série ait une cohérence, plus elle doit avoir une logique interne. Donc les Télétubbies, si on lit les pages et qu'on fait abstraction de quelques détails de la vie courante (rires), ça reste parfaitement cohérent et logique.
C'est un truc auquel je tiens beaucoup - et Midam aussi, Durant les travaux, c'est du décalé mais à aucun ça n'est de l'absurde dans le sens Monthy Pyton du terme.

BDG : Selon vous, les deux albums de Mister Président sont au même niveau de décalage ?

Clarke : Pour moi ils sont au même niveau.
Je crois qu'en fait dans le premier, le personnage était dans son environnement. C'était un type
qui a un sens moral qui n'est pas le nôtre. C'est ce que j'adore faire : et c'est ce que j'ai fait aussi dans Cosa Nostra : ce sont des types qui ont un sens moral tellement ahurissant qu'on ne le comprend pas, d'où le moteur de gags. Et Mister Président vit dans un pays qui lui-même etc, etc, etc. donc le tome 1 baigne dans la même soupe.
Le problème du tome 2, c'est qu'il arrive dans des pays, en Europe notamment, et dans des systèmes moraux que nous comprenons. Je me fous de la France, mais avec des clichés : ce n'est pas la France, ce n'est pas Chirac... du coup l'environnement devient presque plus important que le personnage. Et je ne pense pas que ça soit le cas dans la narration, c'est une question de perception.

BDG : Dans le premier tome, le Président représentait les Etats-Unis alors que dans le deux il se représenterait lui-même ?

Clarke : Dans le 1 je décris un monde de fous. Dans le 2 je montre un dingue qui vient chez nous, c'est très différent.
C'est d'ailleurs pour ça que j'ai été obligé de forcer la caricature, sur Chirac notamment, parce que je ne peux pas amener mon personnage s'il n'a pas un autre dingue en face de lui. Ca me semblait être logique, sinon il n'y a plus de moteur de gags. Il est moins responsable, il a des visites guidées, il est pris en charge... ça devenait plus difficile de le rendre maître de la situation. Il faut un autre fondu pour qu'à deux ça pète un peu les plombs.

BDG : Le premier tome est beaucoup basé sur un duo (voire un trio) de personnages représentant le pouvoir décisionnaire du gouvernement américain. Outre le Président, il y a son conseiller beaucoup moins présent dans ce nouvel album.

Clarke : Il est dans une histoire. "Le crépuscule des Belges" que j'ai fait dans Fluide mais que j'ai méchamment raté au niveau dessin ; je n'aimais pas du tout alors que je considère que c'est un des meilleurs scénarii que j'ai écrit. J'en suis tellement fier qu'il fallait que je le redessine.
Ce qu'il faut, ce sont des gens qui soient autour de lui, mais qui même s'ils fonctionnent sur les mêmes systèmes moraux ne sont pas des fous dangereux. Il savent que ce type est à la tête du pays et qu'il faut lui fourguer du prozac, le mettre au lit, le border, qu'il y a des moyens pour garder ce fou dangereux un peu canalisé. C'est encore une fois un moteur de gags : si on veut montrer qu'un type est fou, il faut qu'il soit entouré de gens normaux.

BDG : C'est quand même le fameux Secrétaire d'Etat qui contrôle le système, qui le gère et le dirige...

Clarke : Oui et non. Il n'a pas de pouvoir. Donc quand Mister Président a une idée à la con comme "largons nos obèses en Laponie", l'autre il n'a rien à dire. Il ne peut pas dire "non"... il se contente de prier.
Et pourquoi ? Pour que ça soit drôle ! S'il dit "non", c'est plus drôle. Il est normal mais il n'a pas forcément le contrôle de la situation, il se contente de commenter. Il dit "vous êtes dingue !". Quand l'autre a une idée, il dit qu'il a peut-être un rendez-vous dans la pièce à côté pour ne pas être là. Il est obligé de subir, c'est un peu un commentateur comme nous. En fait, il n'est pas loin d'être le lecteur.

BDG : Mister Président est donc une série prévue pour durer ?

Clarke : Oui... assez curieusement d'ailleurs. Je n'ai jamais osé me lancer dans une série, les albums chez Fluide, je les ai fait pour apprendre le scénario - que je n'avais jamais fait avant - ce qui était bien car ils m'ont foutu la paix. Ils m'ont dit "tu construits ton truc, tu fais ce que tu as à faire", si j'avais essayé ça chez Dupuis je n'y serais jamais arrivé car ils étaient très directifs à l'époque (il y a des gens qui ont besoin de ça, ce n'est pas un problème en soit) il fallait donc que je change d'air, que j'aille voir ailleurs. Et je trouve que les albums que je fais chez Fluide sont de plus en plus réussis, ce qui est déjà pas mal. Mister Président c'est le seul moment où je me dis que je vais essayer une série, c'est peut-être le truc qui convenait le moins, en fait, mais autant essayer (rires). J'aurai très bien pu faire une série avec n'importe lequel des autres, Château Montrachet ça tenait très bien la route, mais Mister Président c'est un truc de fous.

BDG : Vous parliez de Dupuis, avec Mélusine qui est votre série la plus importante, celle qui vous a fait connaître. Quelle est votre implication dans ces albums ? Etes-vous dessinateur au service de votre scénariste, ou aussi un demandeur / trouveur d'idées ?

Clarke : Au départ c'est venu d'une envie que j'avais de dessiner des monstres, un peu genre "cinéma d'horreur des années 50" dont je suis très friand. Je suis donc arrivé chez Dupuis avec un vague projet de gags qu'il fallait affiner. Ils m'ont donc proposé Gilson comme scénariste qui est venu avec l'idée d'une jeune sorcière, et il a rendu tout un peu plus attractif.
Mais je reste, quoi qu'il arrive, dessinateur ; car je prends un pied d'enfer à faire ça, c'est un sujet que j'aime faire. Je continue sur ses scénarios sur lesquels je n'intervient pas, à pousser le dessin vers quelque chose d'esthétique.
On a vraiment une scission assez nette, si j'ai des envies on en parle mais je ne vois pas pourquoi je me mêlerais de ça. En plus ce n'est pas du tout mon type d'humour ; ce n'est pas que je n'aime pas le faire, c'est plus enfantin, plus simple, et c'est efficace. Je crois que si j'essayais de me mêler de ses scénarios je n'y arriverais pas, je pèterais ses gags et ça ne marcherait pas.
(BDGest') C. Steffan