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Ellis Cutting : l'homme sans passé ni avenir

Rencontre avec Thomas Vieille

Propos recueillis par F. Mayaud & T. Pinet Interview 18/02/2011 à 13:37 3880 visiteurs
"Maniant un humour tout en finesse et en imbrication, cette histoire inventée de toutes pièces témoigne d’une maîtrise singulière des mécanismes de la narration. Un bel avenir !" Ainsi, se concluait la critique BDGest d'Ellis Cutting, premier album signé Thomas Vieille. Rencontre au présent à propos de son personnage sans passé ni avenir, avec un avant-goût de ses projets.

Comment vous êtes-vous lancé sur cet album ?
C’était un des projets de diplôme aux Arts Décoratifs à Strasbourg. En tout cas, l’ambiance, le décor, l’époque et trois quarts des personnages étaient présents dans le projet de diplôme, mais le scénario était beaucoup plus important et c’était trop ambitieux, comme toujours lorsque l’on se lance dans un premier projet. En sortant de l’école j’ai envoyé mon book, dans lequel il y avait quelques planches de BD, à pas mal d’endroits. Chez Gallimard, la directrice artistique l'avait montré à Thierry Laroche, l’éditeur BD de la maison. Cela lui a plu, il m’a appelé, m’a demandé si j’avais un scénario. Comme je savais que le scénario de ces quelques planches n’était pas crédible, suffisant en tant qu’album, je lui ai dit que j’étais en train de le réécrire. Ce qui n’était pas complètement vrai, mais je l’ai donc réécrit. Cela m’a pris un peu de temps, j’ai rencontré Thierry Laroche, j’ai fait quelques planches et c’était parti ! C’est en fait un vieux projet, il s'est passé 3 ans entre l’idée de départ et la fin. C’est très lent, mais bon, c’était le premier.

Que vous a apporté l’éditeur dans le cadre du travail sur cet album ?

Il y a eu très peu d’interventions de l’éditeur. Mais à chaque fois, c’était très juste finalement. C’était très agréable, il m’a laissé tranquille. Il m’avait demandé de faire tout le crayonné avant de me lancer dans le travail définitif, et donc il y a eu deux ou trois points de mise en scène à modifier. Mais on n’a jamais trop discuté du fond. De toute façon, le scénario que j’avais écrit était assez précis, il n’y avait pas les dialogues, mais tout y était déjà.

En effet, le scénario est assez complet, chaque porte ouverte est fermée. Comment avez-vous travaillé pour vous assurer que cela fonctionne ?

J’ai travaillé avec Julia Wauters (Vents dominants) entre autre. C’était un moment où on écrivait à trois, au sein du collectif Troglodyte. Chacun avait son projet, on en parlait et du coup on a travaillé tous les trois ensemble mais, au final, il y a trois scénarios très différents. Le mien, c’est effectivement quelque chose de très ficelé, ce qui a ses avantages et ses inconvénients. Finalement, pour la suite, j’ai envie de laisser des portes ouvertes, laisser du non-dit, ou des choses un peu plus abstraites. Mais, là, c’était aussi le principe : je voulais vraiment m’amuser sur des mécanismes de narration, le destin, tous ces trucs-là. L’idée était vraiment de surprendre un peu à la lecture et de faire en sorte que les choses ne se passent pas forcément comme on les imagine. Et de faire quelque chose de structurellement très cohérent. Ensuite, cela a cet avantage d’être confortable pour le lecteur mais cela a l’inconvénient, à mon sens et je ne devrais pas dire ce genre de chose, de ne pas laisser assez de place pour l’imagination et l’intelligence. Finalement, je ferme un peu trop les portes, peut-être.

Dans votre album, il y a énormément de comique de situation, comment avez-vous géré cela ?

Ces situations, elles sont essentiellement dans les scènes du chercheur d’or. C’est un peu sous-entendu mais le bouquin parle notamment de cinéma. Il y avait deux choses que je voulais faire : d’abord la scène des Pinkerton, l’idée c’était de faire du cinémascope, un peu du John Ford, ce côté grand western, et puis de faire du burlesque, un genre de cinéma muet avec le personnage du chercheur d’or. Ce comique de situation venait de cette envie d’avoir ce petit côté Charlie Chaplin. Je suis incapable de faire de la BD d’humour, c’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à faire et effectivement le résultat est un peu cynique, un peu pince-sans-rire. Cela me fait marrer à chaque fois que les situations se "négativent" même si ce n’est jamais trop grave. Ce chercheur d’or qui s’en prend plein la gueule, c’est un peu un plaisir de le détruire, même si il ne mérite pas ça.

L’ambiance est assez lourde, est-ce que ces passages plus humoristiques ne permettent pas de rajouter une touche de légèreté au récit ?

Certainement. Par contre, ce n’est pas fait consciemment. Je ne me suis pas dit : "Oh, là, là, mon récit est trop dark, il faut que je rajoute un peu de joie de vivre". En gros, c’est un peu un cliché de dire cela, mais ce sont un peu les personnages qui commandent ce qui se passe. Tous les personnages ont des références, qui me sont propres, soit issues de romans ou de films. Le chercheur d’or, c’est le seul personnage que j’ai créé de toute pièce. Et pour que sa déchéance soit dure, il fallait qu’il soit assez innocent. Il a toujours un petit côté enjoué même s’il en prend plein la gueule. Je ne le ferais pas, mais j’avais prévu un genre de suite, une rédemption pour ce personnage-là, mais en prévoyant de le faire aller encore plus loin. Que cela soit encore plus terrible pour lui, que cela soit horrible et, qu’à la fin, cela se termine par un soulagement. J’avais envie que le lecteur souffre avec lui et qu’il soit apaisé au final. Un peu comme dans le film Jeremiah Johnson avec Robert Redford quasiment mourant et qui part sur un cheval ; il n’arrête pas de se faire tabasser la gueule par les indiens. Juste à la fin, il voit le premier indien qu’il a rencontré, ils se reconnaissent et ils se font un signe, et là, c’est un soulagement terrible. J’avais envie de faire un truc comme cela, ne pas le laisser indéfiniment en souffrance. Mais bon, cela ne se fait pas, ce n’est pas grave.

Comment avez-vous appris à construire un scénario ?

J’ai lu beaucoup de BD. J’étais un fan. Aujourd'hui, j’en lis un peu moins. Et j’en lis même de plus en plus qui vont dans des narrations très propres à la bande dessinée. Je considère avoir fait un scénario très cinématographique mais ce qui m’intéresse dans la bande dessinée désormais, ce sont plus les histoires épiques. Du coup, mes inspirations sont plus dans la littérature et dans le cinéma, en tout cas pour ce travail. Comme Deadwood par exemple pour l’ambiance et Ellis Cutting était, à la base, très inspiré par le personnage du barman. Mes maîtres dans l’univers du scénario ? Cela serait dur à dire. Dans le contemporain, il y a Chris Ware que j’adore, les grands américains, Sébastien Lumineau. Blutch, qui fait partie des gens incroyables. C’est très éclectique en fait. J’ai eu un prof de scénario aux Arts Déco, dont la spécialité est l’histoire du cinéma, ainsi qu’une professeure d’anglais, romancière iranienne, qui sont des « script-doctor ». On leur raconte une histoire et ils cernent ce qu’il faut changer pour que le récit tourne correctement.

Dans la bande dessinée, quels sont vos projets ?

J’ai mis du temps à m’y remettre mais en ce moment, je scénarise trois projets différents. Le premier projet, dont j’aimerais qu’il soit dessiné par un ami, se passe quelques années après Ellis Cutting, sans être dans le même univers. Toujours situé en Amérique, en 1911, il parle de la création de la ville de Manhattan, mais ce n’est pas du tout fini. Par ailleurs, je suis en train d’écrire un scénario de science-fiction, enfin plus de l’anticipation. Il sera assez proche d'Ellis, mais en essayant de modifier un peu ma narration et d’aller dans des choses un peu plus étrange et moins "tout expliqué". Mon personnage principal sera un écrivain un peu raté et j’ai envie d’avoir une réflexion sur la mise en abime, ce qui se fait assez peu. Pour le troisième scénario, j’ai un éditeur qui vient de se créer, 2024, qui a sorti un seul livre pour le moment Les derniers dinosaures. A l'origine de cette maison, il y a des amis issus du collectif Troglodyte. Pour eux, je fais un livre qui n’aura rien à voir visuellement avec mon premier album, en poussant un peu les limites de la narration. Cela se passera à Chicago dans les années 20. Voilà, je suis sur ces trois idées, c’est bien de les avoir mais il faudrait que cela avance. J’aimerais proposer mes deux premiers projets à Gallimard. L'album S-F, je souhaiterais le faire en 2 tomes, pour pouvoir développer. Cent pages, c’est un peu court.

Pour Les dernier jours d'Ellis Cutting, le format est adapté à l’histoire, avec beaucoup de mystère. Les développements sur ce qui se passe avant ou après ne sont pas nécessaires.

Oui, c’est vrai. Effectivement, il est ce qu’il est et c’est comme cela. De nombreux lecteurs m’ont dit que quand on finit l’album, on a envie de savoir ce qui se passe avant, après, on veut en savoir plus, ce qu’il va arriver aux personnages. Mais ce sont des trucs que je sais, moi, et cela suffit. Cela reste en suspens et c’est très bien. J’ai beaucoup aimé le fait que l’on ne sache rien de ce personnage. Et, même moi, je ne sais pas trop qui il est. Du coup, cela fait du chercheur d’or le personnage principal qui amène la scène finale et c’est bien.
Propos recueillis par F. Mayaud & T. Pinet

Information sur l'album

Les derniers Jours d'Ellis Cutting

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