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Toute la bande dessinée

Une carrière placée sous le signe de l'Amitié

Entretien avec Pascal Bresson

Propos recueillis par L. Cirade et L. Gianati Interview 22/11/2010 à 13:50 2762 visiteurs
À côté de certaines carrières, fulgurantes, d’autres mettent au contraire du temps à se dessiner. À 40 ans, Pascal Bresson sort, presque simultanément, trois ouvrages aux éditions Glénat. L’homme est resté fidèle à sa passion originale, la bande dessinée, mais aussi à ses amis, qui aujourd’hui le lui rendent bien en l’accompagnant, chacun à sa manière, dans son nouveau métier de scénariste.

Trois albums qui sortent presque simultanément chez Glénat (Ushuaïa T1, l’Affaire Dominici, l’Affaire Seznec T1). Votre carrière d’auteur de bande dessinée est-elle définitivement lancée ?

Pascal Bresson : Cela fait vingt ans que je fais ce métier. J’ai commencé chez Casterman pour le journal (A SUIVRE) dans les années 1988-1989. À la base, je suis dessinateur et j’ai été papa très jeune, à l’âge de 18 ans. Il a donc fallu subvenir très vite aux besoins financiers et la bande dessinée, à l’époque, ne m’aidait pas énormément. Je me suis donc consacré pendant très longtemps à l’illustration jeunesse, j’ai fait beaucoup de livres pour enfants. Depuis maintenant cinq ans, j’ai le vrai désir de revenir dans le métier d’auteur. Il s’avère que j’ai perdu pas mal de pratique au niveau dessin, la bande dessinée étant avant tout un exercice quotidien, alors que l’illustration est moins difficile. J’avais des choses à dire, à raconter, et surtout des connaissances comme Nicolas Hulot ou René Follet qui est un vieil ami. J’avais aussi la passion des affaires criminelles. J’ai donc proposé mes services de scénariste aux éditions Glénat, que je ne connaissais pas. On est rentré en contact, ça leur a plu. Et voilà trois albums qui sortent.

Quel a été votre premier projet présenté aux éditions Glénat ?

PB : C’était l’Affaire Seznec. Chez Glénat, ils ont une collection « Investigations ». J’avais déjà illustré un album aux éditions Ouest-France sur l’Affaire Seznec (Guillaume Seznec, une vie retrouvée), étant ami avec le petit-fils, Denis Seznec. Comme je connaissais très bien cette histoire, j’ai eu envie de la raconter en bande dessinée car elle contient tous les ingrédients du polar. Nous sommes partis sur trois tomes, le dessinateur étant Guy Michel.

Vous n’avez donc pas souhaité reprendre l’exercice du dessin ?

PB : Non. Pendant plus de quinze ans, je n’ai fait que des illustrations pour enfant, avec des codes pour jeunesse. Le dessin pour la bande dessinée est trop long, trop fastidieux. J’ai perdu la patience. Ce n’est pas comme de remonter sur un vélo, c’est tout un travail. Si j’avais pu le faire, j’aurais mis beaucoup plus de temps. Arrivé à 40 ans, je souhaitais prendre une direction et m’installer quelque part, dans un domaine particulier. J’étais déjà installé dans l’illustration mais j’avais envie de revenir à mes premiers amours. Je ne dis pas que le métier de scénariste est pour ceux qui n’ont plus de talent. J’avais simplement des choses à dire, avec des envies et je connaissais aussi mon métier, ainsi que des amis avec qui je travaille.

Pour l’Affaire Seznec, avez-vous repris les bases de votre album précédent ?

PB : Non, j’ai fait table rase. Chez Ouest-France, c’est un ouvrage qui comporte soixante chapitres avec soixante illustrations. J’étais donc très serré. En bande dessinée, j’avais beaucoup plus le temps pour commencer au tout début de l’histoire. On va vraiment arriver jusqu’à la fin, au moment où Guillaume Seznec se fasse renverser. J’avais surtout envie de raconter de petites anecdotes, de m’étaler sur le bagne, un thème très riche, qui va faire l’objet d’un album et demi. Seznec a essayé de s’évader deux fois, et j’y incorpore aussi d’autres anecdotes sur les bagnards car écrire uniquement sur l’Affaire Seznec aurait pu paraître ennuyeux.

Travailler avec des amis (Nicolas Hulot, Guy Michel, René Follet), est-ce quelque chose d’important pour vous ?

PB : Absolument. J’ai commencé dans le métier de très bonne heure, à l’âge de 12-13 ans. Le premier auteur que j’ai rencontré est Tibet à l’âge de 11 ans. Il est l’un de mes deux pères dans le métier, l’autre étant René Follet. J’ai rencontré ce dernier à 14 ans, lorsque j’habitais Reims. J’étais fan de son travail en tant qu’illustrateur. On s’est vraiment pris d’amitié l’un pour l’autre, et l’on a aujourd'hui des relations père-fils. Je connais Nicolas Hulot depuis une quinzaine d’années. J’avais illustré pour lui des ouvrages écolo. Guy Michel est aussi un ami de longue date, depuis une dizaine d’années. Je connais également Curd Ridel, le dessinateur d’Ushuaïa, depuis 20 ans. Une collaboration, ça peut être quelques fois difficile. J’ai la chance de bien m’entendre avec ces gens-là. En plus du travail, c’est donc un vrai plaisir. Il y a des échanges, des partages, des bons moments de rigolade… Là où je suis le plus reconnaissant, c’est vis-à-vis de René Follet, qui est pour moi le plus grand. Il avait arrêté la bande dessinée depuis trois ans. Il est revenu pour l’Affaire Dominici. Il m’a dit : « Ma carrière est derrière moi. La tienne est devant toi. Si je peux te lancer, je n’hésite pas ». Je sentais très bien René Follet pour cette histoire, qui est rurale, provient de la terre, celle des paysans. René est formidable dans ce domaine. Il m’a dit « Je connais cette histoire par cœur, je l’ai vécue quand j’étais jeune. Du fait que ce soit toi qui l’écrive, je veux bien y participer ». René a souhaité dessiner au lavis, comme certaines des illustrations de Bob Morane qu’il avait réalisées juste avant. Il a souhaité travailler dans la continuité, pour ne pas perdre la main.

N’est-il pas trop difficile de travailler avec un père spirituel ?

PB : Si, c’est très difficile car René est quelqu’un de très exigeant avec les autres, et avec lui-même surtout. Au départ, ça n’a pas été simple, René ayant plus de cinquante ans de métier. Il a donc sa propre façon de travailler. Il y a eu pas mal de confrontations. Il a fait les cinq premières pages de l’album à son idée, et on a dû ensuite avoir une explication pour les rechanger. À partir de la sixième, il m’a fait une totale confiance. Cela a donné cet album que je ne regrette absolument pas. Raoul Cauvin a dit : « J’ai travaillé avec René Follet sur 10 pages, mais j’ai eu l’impression de travailler autant que si j’en avais fait 46 ».

Qu’est-ce qui vous passionne dans ces enquêtes policières ?

PB : Les affaires Seznec et Dominici sont les deux plus grandes enquêtes criminelles de notre patrimoine. On aurait pu faire Landru, mais ça a déjà été fait maintes et maintes fois. Il y a un côté mystérieux, on ne sait pas qui est le coupable, il y a des non-dits, des rumeurs. Il y a aussi une ambiance particulière, un contexte particulier du milieu rural. Ça rejoint un peu les films dans lesquels jouait Gabin. Moi, ça me plaît. Et la façon dont René l’a traité, on a vraiment l’impression qu’il était sur place. Quand je suis arrivé en Bretagne, j’ai aussi un peu vécu cette histoire de citadin qui débarque en milieu rural.

Avez-vous votre propre idée sur le déroulement des faits de ces deux affaires ?

PB : Oui. C’est ma mère qui m’a inculqué cette passion sur ces grandes affaires criminelles. Elle était abonnée à « Détective ». Ainsi, dès l’adolescence, j’ai eu la connaissance de ces deux affaires et m’en suis fait une idée précise. Pour moi, Seznec était innocent alors que dans l’Affaire Dominici, ils étaient coupables. Quand on reprend tous les écrits qui ont été faits, notamment ceux de Sébeille, c’est une évidence. Ce qui a peut-être fait du tort à l’histoire des Dominici, c’est le film de Gabin. Il incarnait tellement bien Dominici, et il était une telle figure du cinéma français, qu’on a peut-être un peu occulté cette histoire. En me replongeant dans l’affaire, après avoir épluché huit analyses différentes, la version que je présente dans l’album est, pour moi, celle qui paraît la plus proche de la vérité. Gaston Dominici connaissait beaucoup trop de détails pour qu’il soit innocent. Et puis, on dit souvent que le criminel revient toujours sur les lieux du crime, et qu'il s’intéresse de près à l’enquête. Concernant Seznec, j’ai eu la chance de travailler avec le petit-fils, Denis, qui connaît parfaitement l’affaire. Je n’ai pas voulu non plus être influencé. J’ai voulu me faire ma propre idée, ce qui est très important. Ce qui est incroyable dans l’Affaire Seznec, c’est qu’il n’y a pas de cadavre. On peut donc imaginer que le disparu, qui devait énormément d’argent à sa famille, a pu partir en Amérique du Sud, par exemple. Hypothèse qui a été un temps évoquée.

L’Affaire Dominici, c’est aussi l’affrontement entre le monde urbain et rural, incarné par Sébeille et Gaston Dominici…

PB : Oui. C’est formidable d’ailleurs. Ils s’appréciaient, et en même temps, se détestaient. C’était un peu le jeu du chat et de la souris. Gaston jouait beaucoup de l’impulsivité de Sébeille et le faisait beaucoup tourner en rond. Il ne faut pas oublier que Sébeille était un bon policier qui avait déjà enquêté sur de grosses affaires. Dès le départ, quand il est arrivé sur les lieux, il savait au bout d’une heure que les coupables, c’était les Dominici. D’après les constatations, les choses qu’il avait vues, il y avait des choses qui ne trompaient pas. En plus, il devait partir en vacances, donc il fallait que ça aille vite. Il était loin de s’imaginer que cette affaire allait connaître ce côté médiatique.

La scène d’amour entre le vieux Dominici et la jeune anglaise est tout de même difficile à imaginer…

PB : Il n’y a jamais eu de relations sexuelles. Gaston était un peu paillard, un peu rustique, comme tous les gens de la campagne, et il en a joué. Il a voulu aussi emmerder un peu Sébeille. Il est allé raconter un peu tout et n’importe quoi et ça s’est retourné contre lui. Il se peut, par contre, qu’il y ait eu de la part des fils un côté voyeur. Zézé et Gustave ont relaté, lors d’un procès-verbal, qu’ils étaient allés voir la mère anglaise se déshabiller.

Le projet Ushuaïa était-il une commande ?

PB : Non. Nicolas Hulot est un passionné de bande dessinée (Ric Hochet, Guy Lefranc, Gil Jourdan…) Il habite la région de Saint Malo, près de chez moi. Je suis un fan de Nicolas Hulot et du Commandant Cousteau et j’ai eu la chance de rencontrer ces deux personnages alors qu’eux ne s’entendaient pas du tout. J’avais déjà découvert Nicolas Hulot dans « Les visiteurs du mercredi » et c’était un peu mon grand frère. Après notre rencontre, on est très vite devenu amis. Il y a 6-7 ans, je lui ai proposé d’écrire ses aventures en bande dessinée. À l’époque, il n’était pas très chaud car il n’avait pas envie qu’on le voit de partout, dans tous les media. Il y a trois ans, j’ai remis le couvert et il m’a dit « Banco ! » mais m’a aussi précisé « Si on doit faire une bd, c’est Ushuaïa, c'est-à-dire 50% moi et 50% l’équipe ». J’ai donc rencontré tous les membres de l’équipe, dont certains habitent aussi à Saint Malo. Reste à savoir maintenant si l’album va marcher, car on a signé non seulement avec Glénat mais aussi avec TF1. Nicolas me fait entièrement confiance sur ce projet. Tout ce que j’ai raconté dans le premier tome s’est vraiment passé, ce sont de vraies anecdotes. Les gens de l’équipe ont un profond respect pour Nicolas mais je n’ai pas voulu en faire non plus le seul personnage présent dans l’album. J’ai essayé de faire ressortir la personnalité de chaque membre de l’équipe. Pour la petite histoire, le chien Tabasco, présent dans l’histoire, est vraiment mon chien. Comme Curd Ridel est très taquin, si je lui avais dit que c’était le mien, il ne l’aurait pas fait. Je lui ai donc dit que c’était celui de Nicolas Hulot pour être certain qu’il le dessine. Et effectivement, il est présent de partout, presque à chaque page !

Comment Nicolas Hulot est-il intervenu au niveau du scénario ?

PB : J’ai dû écrire plusieurs histoires. Puis j’ai fait rencontrer Nicolas Hulot et les gens de Glénat. On s’est mis d’accord sur le sujet. Ensuite, j’ai travaillé avec Nicolas qui m’a raconté les tournages, comment tout ça se déroulait. J’allais le voir tous les jeudis pendant 2-3 heures. Je lui expliquais ma vision des choses, qu’il approuvait ou pas. Il m’a donné le téléphone de tous ses collaborateurs. J’ai ainsi pu rencontrer les biologistes, les plongeurs… J’ai pu broder une histoire avec une grande partie authentique mais également un peu de fiction avec des scènes d’action pour dynamiser tout ça. J’ai insisté sur le côté Scoubidou, Tintin, Club des Cinq… tout cet univers qui m’a bercé. Dans le tome 2, il y aura encore un peu plus d’action. Nicolas a été très content du résultat, d’autant qu’il a trois enfants et qu’ils peuvent donc lire l’album. Nicolas, on l’aime ou on ne l’aime pas, mais l’amitié pour lui est quelque chose de très important.

Vous êtes également ami avec Mohamed Aouamri. Avez-vous un projet avec lui ?

PB : (Sourire) Eh bien oui ! Il m’a demandé de lui écrire un one shot, un roman graphique dans lequel le dessin serait beaucoup plus impulsif, moins chiadé que ce qu’il fait d’habitude. Ce sera une histoire animalière avec une histoire de fin du monde.

Le pied désormais remis à l’étrier, n’avez-vous pas envie de réaliser un album en solo ?

PB : Non, pas spécialement. Ce serait probablement dans un style de dessin proche du roman graphique mais ça serait trop long. Je n’ai plus la patience. J’avais un dessin proche de la ligne claire. Je crois que je n’ai tout simplement plus le niveau. Quand j’ai commencé, il y a vingt ans, on était plus indulgent. Aujourd’hui, il faut être tout de suite très bon. Je n’ai pas envie de passer cinq ans sur un album alors que je peux écrire trois scenarii en trois ans.

D’autres projets ?

PB : Oui. Sur Ushuaïa notamment. Le tome 2, qui s’intitule La Peur blanche, est fini. Dans cet album, l’équipe d’Ushuaïa et Nicolas Hulot se rendent sur la banquise, découvrent la civilisation inuite et se retrouvent confrontés aux tueurs d’ours. La sortie est prévue pour le mois d’avril 2011. On va commencer le tome 3 qui se déroule en Amazonie. Concernant l’Affaire Seznec, le premier tome sort en janvier et on est en train de travailler sur le deuxième qui devrait sortir en octobre 2011.
Propos recueillis par L. Cirade et L. Gianati