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Nous ne serons jamais des héros de F&G Salsedo et O. Jouvray

peut-être bien que si...

Alexandra. S. Choux Interview 04/06/2010 à 06:12 2520 visiteurs
Chômeur patenté, sans réel horizon, Mick glande sur son canapé en attendant que la vie devienne exaltante. Le seul événement qui vient briser la monotonie de sa vie est le décès de sa grand-mère. Une occasion non désirée de renouer le contact avec son père, un homme devenu extrêmement acariâtre depuis l'accident qui, 25 ans plus tôt, l'a laissé grabataire et veuf. Aussi, Mick est-il un peu surpris lorsque son géniteur lui propose de le payer pour l'accompagner autour du monde, sur les chemins de la nostalgie, des souvenirs et des rêves déçus.


Depuis Oedipe, la relation père-fils a fait couler beaucoup d'encre. Ce fut une décision collégiale cette histoire ?

O. Jouvray: Pour raconter toute l'histoire, l'idée est venue à partir de la lecture de Moby Dick dont j'ai fais l'adaptation pour les édition Soleil (En cours de réalisation par le dessinateur Pierre Alary pour la collection Noctambule). En étudiant l'histoire de ce livre, j'ai découvert qu'il était le livre de chevet des beatniks dans les années 50 (Moby Dick a pourtant été écrit 100 ans plus tôt). Je me suis mis à lire le livre "sur la route" de Jack Kerouac pour comprendre quel pouvait être le lien entre Melville et Kerouac et j'ai découvert que le personnage d'Ishmaël dans Moby Dick décidait de s'engager dans la pêche au cachalot pour les mêmes raison que Kerouac était parti sur la route... Partir à l'aventure ou mourir d'ennui. Aller voir ailleurs pour se trouver. Affronter de grands dangers pour redonner à la mort son coté terrifiant et ainsi, redécouvrir tout le plaisir d'être vivant. Comme j'ai eu la chance de voyager pas mal, j'ai eu envie de mettre à profit ces voyages pour écrire une histoire. Si j'ai décidé de parler ensuite de la relation père-fils et du conflit des générations, c'est probablement parce que j'ai l'impression que la génération de mes parents avait beaucoup plus l'envie de partir à la découverte du monde que la mienne et j'ai voulu comprendre pourquoi. Quant à imaginer une relation conflictuelle, c'était une véritable exploration puisque j'ai la chance d'avoir de très bons rapports avec mon père.

G. Salsedo : Même s’il est vrai que l’on trouve un peu de chacun de nous 3 au travers de clins d’œil plus ou moins importants dans l’album Cette histoire est clairement l’initiative d’Olivier, il en parlera donc mieux que moi.

F. Salsedo : Ça faisait déjà un moment que l’on voulait travailler ensemble sans toutefois trouver vraiment ce qui nous réunirait. C’est donc tout naturellement qu’Olivier, lorsqu’il s’est plongé dans ses réflexions sur Kerouac, le voyage initiatique et ses souvenirs de voyages, m’a proposé d’illustrer ce projet qui voyait ses balbutiements à l’époque. L’idée m’a tout de suite emballé et l’aventure a commencé !

Selon vous, que cherche un fils chez son père? et inversement ?

O. Jouvray: Dans un couple, par rapport aux enfants, chacun doit trouver son rôle. Il faut être capable à la fois de sécuriser l'enfant mais aussi de le pousser hors de la maison pour qu'il aille à la découverte du monde extérieur. Ça passe par l'expérience, l'éducation, le conflit aussi. Généralement, le jeune garçon attend de son père qu'il l'aide à grandir, à s'endurcir, à devenir un homme. Mais la mère peut aussi tenir ce rôle, la mienne l'a tenu pour moi, et dans les couples homosexuels, chacun prend le rôle qui lui convient en fonction de son tempérament. Il n'y a plus de modèle type.

G. Salsedo : Un fils peut attendre beaucoup de choses de son père, il est important pour se construire d’avoir une bonne éducation, de l’amour, du dialogue, mais aussi des conflits dans cette relation.
Un père a aussi tendance a être un modèle d’une certaine manière pour son fils et ce dernier se doit de l’accompagner, de l’aider à se construire, se renforcer mais aussi le forcer à se débrouiller et penser par lui même. Une certaine distance et une indépendance doit donc aussi exister dans les rapports père/fils. Il est aussi très agréable de savoir que dans certaines situations il y aura une personne sur qui l’on peut compter.

F. Salsedo : J’imagine que cela dépend des périodes de la vie. On cherche peut être à un moment un modèle, à un autre des limites peut être un responsable de nos malheurs… on peut chercher de la reconnaissance, de la tolérance, de l’encouragement… Quant à ce qu’attend un père de son fils, je vous le dirai quand j’aurai un fils.

La pudeur entre Mike et son père ne fait-elle pas barrage à la communication ?

O. Jouvray: Bien sûr que si, même si beaucoup de choses peuvent passer par le non dit, le langage des mots, des gestes, des contacts physiques est indispensable. Et communiquer, ça s'apprend toute la vie. En devenant adulte, on croit savoir se faire comprendre et puis on a des gosses et on a l'impression de parler le klingon quand on essaye de leur expliquer un truc !

G. Salsedo : A mon sens oui et non, oui il y a cette retenu entre eux jusqu’à la fin de l’album et pourtant la communication semble s’améliorer au fur et à mesure de l’histoire et beaucoup de choses passent dans les expressions du visage et la gestuelle. Cette pudeur est je trouve assez représentative de ce que l’on retrouve dans beaucoup de foyers et pourtant on arrive souvent parfaitement à se comprendre sans se dire clairement les choses mais en trouvant des moyens détournés pour les montrer.

F. Salsedo : Je dirais que c’est là tout le sel de l’histoire ! C’est la complexité de leurs rapports qui est la charpente de notre récit. On les amène petit à petit à se comprendre et à faire tomber les barrières. Au fur et à mesure que l’histoire se déroule, la pudeur s’évapore. Mais comme le dit Greg, parfois les mots peuvent aussi être superflus et malgré la pudeur, au delà des mots, on peut se comprendre par un regard, un geste…

Quelles ont été vos influences ?

O. Jouvray: A part les influences littéraires citées plus haut, mes principales sources d'inspiration sont venues de mes voyages et des rencontres que j'ai pu faire. de replonger dans mes souvenirs m'a donné beaucoup de matière pour travailler.

G. Salsedo : Mes influences sont très diverses, mais étonnamment je m’inspire très eu de mes confrères coloristes BD. Attention je ne dis pas que leur travail n’est pas intéressant bien au contraire, j’admire la qualité du travail de beaucoup d’entre eux ! Seulement je veux faire ma propre mise en couleurs sans que celle ci ne soit influencée par tel ou tel coloriste. De plus je suis également infographiste et fortement intéressé par tout ce qui touche au multimédia et au graphisme, je trouve donc beaucoup de choses intéressantes dans des supports comme le cinéma, la photographie, l’animation, le jeu vidéo et même le webdesign.
Il faut aussi reconnaître que selon les lieux et les ambiances, je ne connaissais pas tout loin de la, j’ai donc beaucoup recherché de photos de tous les lieux visités, visionner beaucoup de films et documentaires etc…

F. Salsedo : En tant que dessinateur, je me nourris de tout ce que je vois. J’alimente mon graphisme des films, bandes dessinées, tableaux, photos, spectacles etc. que je vois. J’évite cependant le plus possible de puiser dans d’autres bandes dessinées directement. Quand je regarde le travail d’autres auteurs comme par exemple celui de Stéphane Levallois pour ses lavis, je prend le temps de digérer l’influence pour m’en détacher et faire mes lavis (pour cet exemple précisément) à ma manière. J’essaye aussi d’exercer mon œil et mon trait en croquant d’après nature le plus souvent possible. Tout est source d’inspiration. Je suis aussi parti de toutes les photos d’Olivier, de celle qu’on a prise entre nous pour les attitudes des personnages ainsi que de toutes celles que j’ai pu rassembler durant mes recherches sur internet pour créer l’univers graphique de ce livre. J’ai essayé de l’encrer le plus possible dans le réel tout en gardant un maximum l’expressivité de nos personnages

Vous pouvez nous parler de ce titre fort et sibyllin en même temps ?

O. Jouvray: C'est une réflexion qui trotte dans ma tête depuis un moment... La figure du héros est omniprésente dans notre culture au travers de la littérature, des films, des bandes dessinées etc. C'est notre modèle de comportement, notre mythologie depuis longtemps. Or notre génération qui ne connait pas la guerre, qui ne connait pas la révolution, comment peut-elle se comporter de manière héroïque ? Mes grands-parents et arrière grands-parents sont morts à la guerre ou ont survécu à la guerre selon les circonstances. Toutes les générations avant eux ont connu des conflits et ça leur donnait une identité sociale, héros mort au combat ou héros qui a survécu à la guerre avec médailles, dépôt de gerbe etc. Nos parents n'ont pas fait la guerre mais ils ont fait mai 68 et ont changé le monde avec leurs idées rigolotes et leur patchouli. Mais nous... Que nous reste-t-il ? Quand j'étais ado, on nous appelait la génération X, la génération sacrifiée, celle qui commencerait sa carrière par une longue file d'attente à la caisse d'assurance chômage. En conséquence, j'ai eu parfois l'impression de faire partie d'une génération de blasés désabusés, formés en majorité dans des écoles de commerce plutôt que dans des écoles d'art. D'où l'idée de ce titre. Nous devons probablement faire le deuil de l'idée de devenir des héros de manière collective et devenir des héros chacun à son niveau, chez soi, à son travail, dans ses loisirs, repartir à la découverte des autres, reprendre la route et aller courir après des cachalots. Dit comme ça c'est un peu neuneu alors j'ai préféré faire une BD !

G. Salsedo : Pour moi « Nous ne serons jamais des héros » est un titre révélateur d’une époque, d’une génération à mon sens. Le rapport à l’héroïsme est d’ailleurs une question que je me suis moi même posée comme beaucoup de gens de ma génération j’imagine. On est exposé à la notion d’héroïsme en permanence dans notre société, que ce soit par les différents médias ou par l’histoire. Et l’on se rend compte que nos vies ne nous permettent pas d’être des héros de la même manière qu’ont pu l’être les générations précédentes qui ont vécut des grands conflits ou autre. Nous devons donc nous démarquer d’une autre manière et faire notre place différemment.

F. Salsedo : Pas mieux ! mais le titre est expliqué dans le livre.

La couleur structure et cisèle cette histoire, comment avez vous envisagé l’ambiance de cet album ?

G. Salsedo : Au départ je n’avais rien de précis en tête, je n’avais lu qu’un synopsis quand j’ai commencé à bosser sur l’album, je ne savais pas trop ou j’allais mais je faisais confiance à Olivier pour nous faire une histoire intéressante vu qu’on avait déjà beaucoup parlé du projet tous les trois. Mon premier objectif a donc d’abord été de faire des couleurs techniquement abouties quitte à y passer pas mal de temps et ainsi de mettre en valeur le dessin de Fred que j’adore.
Puis j’ai fait une longue pause de plusieurs mois pendant lesquels Olivier a quasiment terminé le scénario et Fred beaucoup avancé sur les planches.
A partir de la tout a changé puisque j’ai pu lire le scenario presque entièrement et celui ci m’a beaucoup touché, j’ai vu aussi que Fred donnait énormément techniquement, j’ai donc voulu moi aussi m’impliquer plus sur le projet et ai commencé à penser chaque scène de l’album pour lui donner encore plus de vie et de sens.
On peut dire que j’ai voulu faire honneur au travail de mes acolytes en donnant mon maximum.
Je voulais que le lecteur ne sorte jamais de l’histoire grâce a des ambiances fortes et justes mais sans en faire trop, en gardant un niveau de détail important mais une vraie harmonie dans les teintes qui donnent une impression de simplicité, de réalisme tout en étant très travaillé.
Les ambiances, la mise en valeur des personnages et de quelques situations bien précises mais aussi donner l’impression au lecteur de faire le voyage avec les personnages ont été mes principaux défis pour la mise en couleur de cet album.

Ce sont des couleurs directes ?

G. Salsedo : Non, sauf sur les pages 33 et 34 que j’ai faites à l’aquarelle, le reste de l’album est entièrement fait à l’informatique. J’ai énormément bossé sur ce support depuis que j’ai commencé la BD et je me sens à l’aise avec, et la j’avais vraiment envie d’essayer de mettre en œuvre tout ce que je connaissais en matière de couleur informatique pour réaliser quelque chose de réussi et que les gens se demandent si ces couleurs ne sont pas faites main. J’ai donc éviter au maximum tous les filtres et autres dégradés voyants et j’ai plutôt développer mes propres outils.

Est ce que vous vous considérez comme un conteur moderne ?

O. Jouvray: Pas conteur non, parce que pour moi, c'est très lié à une tradition orale. J'essaie plutôt d'être un raconteur d'histoires et c'est déjà pas mal.
Et pas moderne non plus, parce que je ne sais pas ce que ce mot signifie réellement et parce que je me sens proche de tous ceux qui l'ont fait avant moi et de tous ceux qui le feront après.

Si vous deviez faire découvrir la bande dessinée à un ami, laquelle lui offririez-vous ? Pourquoi ?

O. Jouvray: Je n'ai pas de bande dessinée absolue qui pourrait être offerte à n'importe qui sans distinction. J'aime beaucoup offrir des albums en essayant d'adapter le titre choisi à la personne qui va le recevoir. A quelqu'un qui a la fibre syndicaliste, j'offrirait l'album d'Efix et Levaray (Putain d'usine chez Petit à petit), à quelqu'un de littéraire qui aurait bien besoin d'apprendre que la BD peut aborder tous les sujets, j'offrirais le bouquins d'Alfred et Olivier K (Pourquoi j'ai tué Pierre chez Delcourt), à un couple d'amis très écolos j'ai offert le livre de Pédrosa (Autobio), à des quinquas un peu ex-soixante-huitards, j'ai donné à lire la BD de Zep (Happy Sex chez Glenat), à un esprit scientifique, j'offrirais le pavé de Jens Harder (Alpha directions chez Acte sud) et pour un réfractaire qui ne peut pas lire plus d'un strip à la fois et qui n'accepte la BD que pour se détendre aux toilettes, je lui proposerais bien les bouquins de Poupon (Le fond du bocal chez Drugstore)... Je m'arrête là parce que je pourrais faire des listes interminables.

G. Salsedo : C’est une question difficile parce que pour moi la réponse serait différente en fonction de la personne, et je ne vois aucun titre qui est une référence absolue et universelle.
J’offrirais par exemple « Quartier Lointain» de Taniguchi à un/une amie qui aurait une vision restreinte de la BD et qui apprécie ce genre de thème mais ne s’y serais jamais intéressé sur ce support. En revanche j’offrirais un album beaucoup plus léger à quelqu’un qui est hermétique à la narration BD.
Cela dépend donc de la personne, comme tous les cadeaux on essaye de cibler en fonction de la personnalité de chacun.

F. Salsedo : Pour quelqu’un qui n’a jamais lu ou qui lit très rarement de la bande dessinée, je préconiserais quelque chose avec une narration très fluide et très simple et un dessin très lisible. J’éviterais donc les Toppi et autres Carlos Nine que j’affectionne pourtant tellement. Je pense que par exemple le retour à la terre de Larcenet peut être un bon début et pourrait convenir à des personnes très différentes.


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Alexandra. S. Choux