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Le Banni : retour en grâce d'un genre

Rencontre avec Henscher et Tarumbana

Propos recueillis par L Gianati et L Cirade Interview 14/02/2010 à 15:34 4153 visiteurs
Le Banni a surgi avec fracas dans le paysage du Lombard qu'on n'avait plus vu proposer de tels personnages depuis des temps lointains. Retour avec les auteurs sur la naissance d'une série qui possède un beau potentiel.

Découvrir Le Banni, un album typé « médiéval-fantastique », sous la bannière du Lombard constitue une surprise, même si on se souvient aussi qu'un des grands succès de la maison met en scène un viking qui a connu des aventures extraordinaires. Votre éditeur vous a-t-il demandé de proposer un successeur à Thorgal ?

Henscher : Absolument pas. Et ça n’a pas été créé comme le successeur de Thorgal. Le Lombard est en train d’effectuer sa mue sous l’impulsion de Pôl Scorteccia, nouveau directeur. Dans cette optique, ils commencent à prendre des projets qu’on n’attendait pas chez eux, dans lesquels ils croient et qui leur plaisent. Ils ont toujours un fond extraordinaire qui fait partie des grands classiques de la bande dessinée, mais Le Lombard n’est plus seulement ça. Ils ont décidé de rentrer dans le 21e siècle et de casser leur réputation de vieille maison poussiéreuse. Mais ils le font aussi de façon intelligente et sélective. Pôl a décidé de bien accompagner les projets, entraînant une réduction aussi de leur nombre. Ils font peu mais bien. On a vraiment carte blanche pour créer alors que j’avais un peu peur de quelques situations ambigües de l’album. La nature même du personnage principal (alcoolo, misanthrope, malade, vieux…) pouvait inquiéter. Pour le coup, on n’est plus dans la BD franco-belge aseptisée.
Tarumbana : Le Lombard veut changer cette image tout en gardant un côté traditionnel.
H :Le Lombard avait prévu, dès le début, de faire une grosse promo pour Le Banni. Ils ont fait quelque chose d’assez inhabituel pour un éditeur en mettant les moyens pour des auteurs inconnus, tout simplement parce qu'ils croient au bouquin. Ils ont fait des pieds et des mains pour que l’on signe chez eux. Cela a été une vraie rencontre physique entre auteurs et éditeur.

Quelles différences faites-vous entre le médiéval-fantastique et l’heroic-fantasy sans monstres ?

H : L’heroic-fantasy, c’est pour moi des univers à la Tolkien avec des races et des créatures magiques qu’il n’y a absolument pas dans Le Banni. Il y a bien un monde imaginaire mais avec des humains « normaux », même s’ils sont plus grands que nature car ce sont des héros. On n’a pas voulu tomber dans le manichéisme en faisant quelque chose de très humain, avec tout ce que ça peut comporter de bien comme de mauvais : des choses nuancées avec des personnages aux relations complexes. C’est ça, je pense, qu’on apporte par rapport aux autres productions du même style. Il y a aussi le dessin de Tarumbana qui m’a scotché quand il m’a envoyé ses premières planches terminées. Au départ, il m’a envoyé un story-board et je me suis dit : « Mouais, pas mal. Admettons… On va quand même le laisser terminer». Mais quand il m’a envoyé la planche, je l’ai montrée autour de moi. Mes potes m’ont demandé : « D’où il sort ? Où l’as-tu trouvé ? Ne le laisse jamais partir ! ».

Votre collaboration est née à la suite d'un contact sur un forum ?

T : Oui, sur le forum de Café Salé. Ils avaient posté un pitch dans la rubrique « scénario », dans lequel viennent de temps en temps des scénaristes amateurs ou professionnels à la recherche d’un dessinateur. C’était le cas d’Henscher. Quand j’ai vu les vingt lignes du pitch, j’ai vraiment eu un coup de cœur. Je me suis vraiment dit : « Ça, je peux le faire. Ça me parle beaucoup ». Je l’ai contacté directement, j’ai consulté le dossier. Puis ça s’est fait rapidement et on a décidé de présenter ensemble le dossier aux éditeurs.

Vous avez réalisé également des illustrations pour Bragelonne…
T : Oui, mais c’était après ma rencontre avec Henscher.
H : C’était même après avoir signé…
T : Oui. C’est un travail de fantasy et de science-fiction aussi, un peu kitsch, avec des rayons laser, des vaisseaux spatiaux, ce genre de choses.
H : C’est plus facile à faire dans ce sens-là en disant : « Voilà, je suis en train de dessiner une série pour Le Lombard. Je peux faire des illustrations… ». L’inverse est plus compliqué.
T : Mais c’est vrai que ce n’est pas une coïncidence que ce soit un scénario médiéval qui m’ait attiré. J’avais déjà réalisé un projet qui était médiéval ainsi que quelques illustrations. C’est un genre avec lequel j’avais déjà des affinités.

Le thème de la déchéance est très présent dans Le poids de nos victoires.

H : Tout à fait. Le Banni est une gloire déchue. Il a obtenu la gloire, que lui a-t-elle apporté ? Le roi également… Ils étaient deux jeunes ambitieux qui voulaient conquérir le monde. Ils l’ont conquis, ils n’en ont rien fait. Trente ans plus tard, qu’ont-ils fait de leur vie ? C’est assez désenchanté en fait. Il y a une réflexion qu’on peut résumer à : « Est-ce que la gloire vaut le prix qu’on paye pour l’obtenir ? ».

Les corps ne sont pas épargnés (infections, meurtrissures, scarifications…).

H : Nous voulions un univers réaliste avec des personnages qui vieillissent et qui en subissent les conséquences. On ne voulait pas de Sean Connery fringuants ou lisses. Il fallait marquer le temps qui passe. L'origine de la peste qui affecte certains personnages va être dévoilée. C’est un monde très sombre, très sale, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la personnalité des héros, le monde et les décors. On ne voulait pas faire semblant, mais trancher dans le vif. C’est la différence de notre approche avec d’autres séries d’heroic-fantasy plus « humourisantes ». On voulait quelque chose de très centré sur les personnages. Ce sont eux qui font avancer l’histoire. Il y a deux façons d’envisager une histoire : la première, à la « Tintin », dans laquelle le personnage n’évolue pas ; la deuxième dans laquelle on s’intéresse aux personnages et à la façon dont le monde qui les entoure va les transformer.
T : On se sert du médiéval-fantastique pour exacerber les sentiments intérieurs des personnages.

C’est un peu au retour au premier degré, dans la même veine qu’Arawn (Soleil) ?
[Img2]
H : Exactement. Le risque, c’est aussi de se prendre trop au sérieux. La vie, en général, ce n’est pas du nez rouge, ce n’est pas du potache. Mais on peut aussi rire à un enterrement… Le plus dramatique peut côtoyer des choses beaucoup plus légères.
T : Les rapports entre Eric et Myrille sont souvent teintés d’humour…
H : On n’a pas la prétention de faire une tragédie grecque.

Vos références littéraires, ce sont des ouvrages comme Le Trône de fer ?

H : Exactement. Je trouvais ça super rafraîchissant. Enfin quelque chose d’humain et d’honnête qui ne prend pas les lecteurs pour des imbéciles, avec derrière un vrai fond. C’est ce genre de trucs que je voulais faire. Je voudrais faire des trucs comme Transmetropolitan, Walking Dead, faire du Warren Ellis en fait. J’ai des pitchs en réserve pour ça. Il y a des vrais personnages derrière. C’est ce qui permet au lecteur de rentrer dans l’histoire. Si on arrive à faire ça, on a gagné notre pari.

Le côté fantastique est resté pour le moment assez discret.

H : Oui, mais vous verrez, le médiéval-fantastique n’exclut, par exemple, pas le merveilleux. Nous abordons aussi le thème de la légende, pour montrer comment l’histoire est écrite voire réécrite. Le Banni vit avec sa propre légende sur les épaules et lui sait quelle est la vérité derrière cette légende. Et plus la légende est belle, moins la vérité qui se cache derrière est avouable. C’était ça l’accroche. Ce type vit un mensonge.

Dans votre album, les hommes ont un profil globalement similaire, fort mais fidèles et soumis ; en revanche, les deux personnages féminins, Elysia et Myrille, ont des personnalités diamétralement opposées.

H : Il y a une femme de pouvoir et une fille de la campagne. Comme les autres personnages, elles sont appelées à évoluer. Elles ne sont pas figées…

Beaucoup de question restent encore en suspens. Deux tomes à suivre pour y répondre, ce n’est pas un peu court ?

T : (Rires) Je fais confiance à Henscher…
H : Après trois tomes, Tarumbana aura besoin de prendre des vacances.
T : (Rires)
H : Au bout de trois années de travail, cela ne servirait personne d’enchaîner immédiatement sur un deuxième cycle, même s’il y a la matière pour le faire. Par exemple, pour présenter ce qui s’est passé réellement pendant leur jeunesse. Cette piste, elle, est prévue dès le départ. Il y a autant de choses à dire sur ce qu’il s’est passé il y a trente ans que sur ce qui arrive à partir de ce premier tome. Il y a un univers qui est en train de prendre forme, qui foisonne.
T : Je préfère voir les choses en temps utiles. On a signé pour trois tomes. Le premier a l’air d’avoir un bon accueil. Je verrai par la suite où j’en serai. Tout est possible.

Surtout si vous constatez une certaine attente de la part de vos lecteurs…

H : La pression est sur nos épaules. Dans ce premier volet, nous avons balancé pas mal d’informations. C’est un truc que je déteste au cinéma, quand les auteurs nous font du pied, et que derrière, ils ne récompensent pas les spectateurs. On ne peut pas décevoir. Ce qui est difficile, c’est de se tenir à notre plan de route en évitant de trop écouter ce qui remonte de la presse, des lecteurs… Ce n’est pas le moment d’aller à droite ou à gauche.
Je visionne beaucoup de séries américaines et suis influencé par ça. Les américains rentrent très tard dans une scène et en sortent très tôt. J’applique ça en BD. C’est parfois un peu abrupt mais j’estime que les gens sont capables de suivre. A partir du tome 2, le récit va prendre une forme très inattendue.

Vous ouvrez donc la porte à la réalisation de cycles antérieurs…

H : Le problème, c’est quand on flingue le personnage principal, comme dans le Troisième Testament par exemple. Pour ce qui nous concerne, le cycle que nous réaliserons trente ans avant, était déjà prévu. Ce n’est pas une opportunité. J’aime les auteurs qui cherchent à innover. Guarnido, par exemple, prend un vrai risque avec Sorcellerie alors qu’il aurait pu faire un spin off avec l'un ou l'autre des personnages de Blacksad. Sur le long terme, ça valorise une carrière.

L'un des écueils dans votre style de dessin, c'est les personnages trop figés, le statisme…

T : C’était une de mes préoccupations. Je savais qu’il y avait un réel danger que mes personnages restent figés. J’aime utiliser tout ce qui touche à la matière, des choses spécifiques à la peinture. Il m’a semblé qu’une des façons de pallier à ça, c’est que les ombres soient bien noires, pour bien trancher, que des couleurs comme le jaune ou le noir se retrouvent dans le même visage pour le modeler, le sculpter. Mais en faisant en sorte que ce soit net avant tout. Il y a aussi le fait de choisir des points de vue dynamiques, style caméra à la main. Le flashback ne m’a pas permis justement de jouer avec les différentes lumières, les différentes couleurs.
H : Pour bâtir cette longue scène, narrativement, c’était aussi compliqué (rires). J’ai été obligé de couper, vu le nombre limité de planches, de chercher l’ellipse… C’est pour cette raison qu’il n’y a pas la fin de la légende… qui se trouvera dans le tome 2.

Un détail : dans le dossier de presse il y a une image d’Hector avec un moignon...

T : Au départ, dans la toute première version que j’avais faite, Hector avait un moignon, car le roi lui avait coupé sa main lors du bannissement.
H : On voulait inscrire le bannissement dans sa chair, qu’il y pense tous les jours. Et quoi de mieux que les mains pour ne pas oublier ? Le roi, ainsi, était sûr que l’épée qui l’avait servi ne se retournerait jamais contre lui. L’éditeur nous a dit que ce n’était peut-être pas nécessaire d’en faire autant : « Il est vieux, alcool, malade, misanthrope, banni… et en plus il est manchot. Vous ne trouvez pas que ça fait un peu beaucoup ? ». C’est la seule concession qu’on a dû faire.
Propos recueillis par L Gianati et L Cirade

Information sur l'album

Le banni (Henscher/Tarumbana)
1. Le Poids de nos Victoires

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  • Tarumbana
  • Tarumbana
  • 01/2010 (Parution le 22/01/2010)
  • Le Lombard
  • 978-2-8036-2642-7
  • 46