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Block 109 : du sang neuf, des auteurs à bloc

Rencontre avec Vincent Brugeas et RonanToulhoat

Propos recueillis par L Gianati et L Cirade Interview 10/02/2010 à 12:21 6525 visiteurs
Avec Block 109, Vincent Brugeas et RonanToulhoat viennent de sortir un album plein de culot. N'hésitant pas à bousculer le lecteur et à embrasser différents genres dans ce copieux premier livre, ils reviennent sur la genèse du projets et répondent aux questions que suscitent sa découverte.

Depuis quelques temps, l’uchronie et les récits ayant pour toile de fond la seconde guerre mondiale sont des genres très en vogue. Block 109 surfe-t-il sur cette vague ?

Vincent Brugeas : Non, car la plupart de ces récits ont pour motivation première l’uchronie et la seconde guerre mondiale. Dans Block 109, on avait vraiment besoin d’un monde désespéré et sombre. L’uchronie est venue plus tard, introduisant simplement le récit. Même les fans d’uchronie nous ont assurés que Block 109 se démarque des autres histoires du même genre.

Pour en définir le sujet exact, pourrait-on alors parler de choc entre deux utopies ?

V.B. : C’est exactement ça. Quand on parle de seconde guerre mondiale, c’est quelque chose qui fait vendre mais parler de choc entre deux utopies est quelque chose d’assez juste.
RonanToulhoat : Il y a aussi une notion humaniste. Un questionnement également, qui peut se résumer à : « La fin justifie-t-elle les moyens ? ».
V.B : On pourrait renverser cette question en : « Si le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, le chemin du paradis ne serait-il pas pavé de mauvaises intentions ? ». En faisant le mal, peut-on créer le bien ?
L’uchronie nous sert à placer des références. La croix gammée, par exemple, possède une force d’évocation très importante, vérifiée immédiatement auprès de personnes âgées choquées de voir ça dans notre album. On place tout de suite le lecteur dans un univers dans lequel il va se poser les bonnes questions. Il ne se demande jamais : « Ce monde est-il horrible ? ». Il s’en rend compte dès le début. Reprendre des personnages historiques permet aussi d’ancrer le récit. On situe, par exemple, immédiatement la personnalité de Reinhard Heidrich, une véritable ordure.
R.T. : Je me suis appliqué à faire en sorte que les personnages ressemblent le plus possible aux photos sans pour autant en faire des véritables portraits. J'ai en effet constaté dans de nombreuses BD que la volonté de réaliser des portraits par trop réalistes conduisait à rendre ces personnages plus figés que les autres. J’ai beaucoup travaillé pour qu’ils soient dans une continuité graphique avec les autres. Il ne fallait pas non plus, qu’ils apparaissent, tant graphiquement que scénaristiquement, comme des pièces rapportées.
V.B : Faire disparaître les grands dirigeants nazis dès le départ était voulu. J’avais envie de dire : « Pas besoin d’Hitler pour parler de nazisme, il est un peu en chacun de nous. » Tout le monde peut devenir un raciste ou un SS. Reinhard Heidrich symbolise un peu ça, tout ce qu’il y a de plus noir en l’humain.

A la découverte de l’album, on a un peu l’impression de faire face à un long métrage concrétisant des travaux d’étudiants. Avez-vous réalisé le dessin et l’histoire d’un seul jet ou existait-il déjà des chapitres qui ont été assemblés par la suite ?

V.B. : A la base, je voulais écrire un roman. J’avais 18 ans quand je l’ai commencé. Forcément, je n’avais pas les mêmes idées qu’aujourd’hui mais il y avait quand même des scènes que j’avais beaucoup travaillées. J’avais une idée très précise du début de l’histoire, moins pour la deuxième partie où je souhaitais faire en fonction de la place qu’il allait me rester.
R.T. : Le prologue, avec les soldats qui se retrouvent dans la ville, puis dans le métro, a été dessiné exclusivement pour convaincre Akiléos. Il avait été réalisé 6 mois avant, mais on l’a laissé tel quel.
V.B. : On avait vraiment travaillé cette scène pour impressionner l’éditeur. Comme on n'avait pas particulièrement de problèmes de mise en pages, on s’est dit : laissons-la.

Comment ce projet de roman est-il devenu une bande dessinée ?

V.B. : Quand j’ai rencontré Ronan, j’avais 18 ans. On s’est mis de suite à faire de la BD pendant 5 ans en laissant tomber ce projet de roman. Les nouveaux projets se sont multipliés, sans succès. Puis, un jour, je suis retombé sur ce premier projet en me disant que finalement, il y avait de l’idée, quelque chose que je portais vraiment en moi. Surtout, on s’est rendu compte que l’on montait des projets en priorité pour les éditeurs plutôt que de les faire d’abord pour nous. Le désir de plaire passait avant le plaisir. J’ai donc reparlé de ce roman à Ronan en ayant incorporé l’uchronie. On a tout de suite senti que c’était le bon projet.
R.T. : Je me suis immédiatement approprié l’univers graphique.
V.B. : J’ai surtout retravaillé l’histoire de façon à la réduire pour qu’elle corresponde à une BD. Cela a été finalement très simple car j’avais perdu mes réflexes d’écriture romanesque pour faire de la bande dessinée.

La première partie est dérangeante, voire très dérangeante, puisqu’elle envisage la réussite du IIIème Reich. Vous exhibez un décorum nazi qui n’existe pas, mais dont l'exposition peut choquer si on se méprend sur vos intentions, qui plus est si on abandonne la lecture en cours de route.

V.B. : Pour justifier l’acte final de Zytek, il fallait au préalable déranger le lecteur, le secouer. Le projet était, au début, basé sur deux tomes de cent planches. Mais ça n’aurait pas marché car beaucoup auraient pris le premier album comme un hymne à la gloire du régime nazi. C’est pour ça qu’il était important que tout soit réuni en un seul et même tome. Je me suis aussi arrangé pour que le lecteur ne puisse pas arrêter sa lecture en cours de route.
R.T. : J’ai essayé de créer une ambiance faite pour asseoir le lecteur dans cette horreur. Apparemment ça marche, puisque ça dérange.
V.B. : L’idée de fin est elle aussi dérangeante. Si le lecteur n’est pas dérangé avant, elle peut arriver comme un cheveu sur la soupe.

A-t-il été facile pour deux jeunes auteurs de convaincre Akiléos de réaliser justement un gros volume de 200 pages ?
V.B. : Il n’y a eu aucune difficulté à les convaincre. Pour eux, en tant qu’auteurs, c’était à nous de décider. Eux préféraient d’ailleurs se démarquer de la production habituelle. On n’avait pas non plus de date butoir. On n’a absolument eu aucune restriction. L’éditeur m’a juste mis en garde des grosses difficultés qui nous attendaient quand je leur ai montré le projet. Mais dès que je leur donnais les planches et le découpage, ils étaient rassurés.
R.T. : Au fur et à mesure de l’avancement du projet, le retour de l’éditeur était tout le temps positif. Bien sûr, il a fallu bosser pour que j’améliore mon graphisme. Mais on n’a jamais dû changer complètement une scène.

A la lecture, on ressent un enthousiasme communicatif. Vous touchez à plusieurs thèmes en empruntant des chemins de traverse tout en ayant le souci d’une certaine unité. Vous aviez un trop-plein d’idées à évacuer ? (rires)

V.B. : Plutôt un trop-plein de références à citer, une volonté de montrer tout ce qu’on aime. Au début, 200 planches, ça nous paraissait plutôt large. Plus on avançait, plus ça devenait ric-rac.
R.T. : Il y a beaucoup de références, conscientes et inconscientes aussi. On va tout le temps au cinéma ensemble, on a donc une culture cinématographique commune. Forcément, ça rejaillit.
V.B. : Certaines références ont été retirées car ça ne pouvait pas rentrer dans le récit. Mais dès que j’avais une ouverture pour insérer quelque chose, j’y allais. Je me suis dit : « Si ça trouve, on ne fera qu’un seul album dans notre vie, alors autant y aller à fond. » Il y a aussi une émulation qui découle du travail en duo et qui conduit à des échanges tels que : « Tiens, cette référence, on ne l’a pas encore mise. C’est pour bientôt… ». Ce sont des encouragements perpétuels. Chaque scène devient un plaisir, on ne parle plus de planche mais de « Ah ! J’ai pu faire cette scène-là, ce dialogue-là… ».

Il y aussi un jeu, qui consiste à multiplier les références trompeuses. On s’attend d’abord à un récit historiquement irréprochable, puis fantastique, sans y tomber complètement. Puis à une bataille homérique contre les russes, sans qu’elle ait lieu. Puis à un complot… N’avez-vous pas eu peur à moment donné de perdre le lecteur ?

V.B. : Si. J’ai d’ailleurs aujourd’hui toujours peur de les perdre. Mais c’est le jeu que je voulais mettre en place. D’ailleurs, beaucoup de personnes me demandent le pourquoi de « 109 ». J’ai trois raisons possibles dont deux qui sont trouvées.
R.T. : Page 157…
V.B. : Allez, on va le dire… Il y a la date de naissance, le jeu de mot avec « Sans neuf ». D’autres ont volontiers imaginé de nouvelles pistes en passant à un réseau. Je voulais boucler mon histoire en montrant que le responsable involontaire de toute cette histoire-là était Zytek. Je voulais interpeler le lecteur en leur montrant que celui qui a la prétention de créer un monde meilleur est celui qui avait créé un monde horrible.
R.T. : On voulait aussi montrer que le principal instigateur de ce trompe-l’œil, en quelques sortes, était Zytek. C’est son idée fixe, son plan. Les gens ne se rendent compte de ça qu’à la deuxième partie de l’album.
V.B. : Montrer aussi qu’il n’existe pas de vérité absolue. La question que je pose à la fin de l’album, je n’y ai pas répondu et je n’y répondrai jamais. Il n’y aura jamais de suite.
R.T. : On répondrait alors à une question qu’on pose au lecteur. Ce qui est absurde.
V.B. : C’est ça. On leur poserait une question à la fin de l’album, et on y répondrait à l’album suivant… Non.
R.T. : Les éléments qu’on a mis en place, ce sont des éléments à reprendre et à exploiter dans des albums qui vont se passer avant Block 109, donc avant 1953. Montrer comment les personnages sont pris dans cet étau et comment ils réagissent. Voir aussi un peu plus la partie russe…
V.B. : Partie russe qui a d’ailleurs été complètement ignorée dans l’album.

Vous cherchez également à humaniser les personnages dans un contexte nihiliste. C’est quelque chose qui doit être savamment dosé pour éviter le « patho ». On peut trouver par exemple qu’offrir une fille à une héroïne était un peu « too much », tout comme la manière qu’a le héros d’expliquer son geste à plusieurs reprises.

V.B. : A mon sens, il ne s’explique véritablement qu’une seule fois, quand il parle avec Lisa. Mais je voulais éviter aussi qu’il y ait des contre-sens. C’était pour montrer aussi que Lisa n’a pas été convaincue tout de suite, qu’il a fallu en remettre une couche. Dans l’esprit de Zytek, il lui offre une seconde chance et, dans ce cadre, elle aura une fille. C’est pas un cadeau, c’est un devoir qu’il lui donne.
R.T. : J’ai eu d’ailleurs du mal à montrer graphiquement les émotions de Lisa dans cette scène. Je ne devais pas aller trop crescendo non plus, glisser dans la surenchère.
V.B. : Les dialogues de cette scène ont été les derniers à être faits. Je voulais justement éviter le pathos. Je voulais montrer une Lisa un peu fragile face à un Zytek très direct. S’il y a du pathos, c’est aussi pour la convaincre, en la manipulant, d’accepter son idée. Si elle refuse, nul doute qu’il la supprime dans l'instant qui suit.

Les rouflaquettes, est-ce vraiment « ss-thiquement » correct ? (rires)

V.B. : J’avais eu cette idée dans le monde fantasy que j’avais créé. Tous les personnages en possédaient. Moi aussi, d’ailleurs, à cette époque. Quand on a repris le récit, on a décidé de le laisser tel quel.
R.T. : Les rouflaquettes atténuent aussi son visage un peu émacié et lui donnent aussi un peu plus de charisme. Il est usé par le combat qu’il mène, mais aussi par la perte de sa femme et de son fils.

Le tireur d’élite avec son tatouage est un clin d’œil à un autre célèbre tatoué du 9ème Art ?

V.B. : Oui. L’assassinat du chef d'État…. C’est évidemment un clin d’œil. On s’est dit qu’on pouvait se le permettre.

La fin peut être ressentie de différentes façons. C’est un dernier appel à faire réagir le lecteur ou un dernier coup de massue pessimiste ?

V.B. : J’avais depuis longtemps cette idée de fin ouverte, je savais exactement la question que je voulais poser : jusqu’où faut-il aller pour changer le monde actuel ? Bien sûr, c’est une métaphore, on est dans l’extrême. Libre à chacun de réagir à sa façon sur cette fin. Certains parlent d’ailleurs d’happy end alors que d’autres trouvent que ça se termine mal. J’ai vu un panel de réponses extrêmement varié. C’est exactement ce que je cherchais. Depuis le début de l’album, je voulais montrer que tout ce qui allait se passer était inéluctable. Les couleurs un peu beiges donnent des ambiances crépusculaires qui rappellent la fin du monde. On arrive au dernier moment du plan de Zytek, il a tout prévu et plus rien ne peut l’arrêter. Faire rentrer Carl et Grégory dans le Block peut aussi faire douter à propos de l'issue du projet de Zytek : vont-ils s’entendre ? y aura-t-il conflit ?

Une préquelle est déjà annoncée dès le printemps prochain, L’Etoile Rouge. Akileos était-il déjà assuré du succès de Block 109 ?

V.B. : On a très vite eu l’idée de développer cet univers. Akiléos s’est immédiatement montré intéressé. On aurait dû commencer par Soleil de plomb qui sortira en septembre. C’est en rentrant de Saint-Malo que le scénario d’Étoile Rouge a été imaginé, dans la voiture.
R.T. : On avait passé à Saint-Malo un week-end exceptionnel. On avait un peu le blues dans la voiture et tout à coup Vincent m’a dit : « Étoile Rouge ».
V.B. : … et je lui ai raconté l’histoire d’un trait. Le scénario a été terminé fin janvier, le découpage est commencé.
R.T. : Et l’album devrait sortir début avril.
Propos recueillis par L Gianati et L Cirade

Information sur l'album

Block 109

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