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Lax remonte en selle

Entretien avec l'auteur de Pain d'Alouette

Propos recueillis par L. Gianati Interview 23/12/2009 à 10:31 2087 visiteurs
Après le succès public de l’Aigle sans Orteils, paru chez la prestigieuse collection Aire Libre des éditions Dupuis en 2005, Lax remonte en selle pour un nouvel album traitant lui aussi de la « petite reine ». Reine, c’est également le prénom de la fille d’Amédée qui lui légua, avant de tomber au combat pendant la Grande Guerre, son Pain d’Alouette.

A quel moment avez-vous imaginé l’histoire de Pain d’Alouette ? Dès l’écriture de L’Aigle sans orteils ?
Non. Quand j’ai réalisé L’Aigle, je ne pensais pas à une suite, sinon je n’aurais sans doute pas « fait disparaître » Amédée dans les tranchées de 14/18. C’est bien après la sortie de L’Aigle, alors que je vaquais à d’autres albums, loin du milieu du cyclisme, que l’idée a fait son chemin… Ce genre d’univers me manquant, sans doute… Et puis peut-être avais-je le sentiment de n’en avoir pas fait le tour. Dès que j’ai commencé à réfléchir à Pain d’Alouette (dont le titre de travail était « petite reine »), l’idée de base était de poursuivre avec l’enfant d’Amédée. Travailler sur le thème de l’héritage que laisse un père, le poids d’une dette, telle qu’une œuvre inachevée m’intéressait, et plus encore s’il s’agit d’une fille héritant d’un « patrimoine » absolument masculin comme c’est le cas ici. Reine, la fille d’Amédée ne pouvant évidemment pas assumer pleinement cette dette, je lui propose de la partager, d’une certaine manière, avec un garçon qui est un peu plus âgé, et qui se trouve avec le même poids sur les épaules : il rêve d’offrir à son oncle frustré, LA victoire qu’il n’a pas pu obtenir. Je développerai tout cela dans la deuxième époque de mon récit.

Pensez-vous que Pain d'Alouette aurait pu exister sans le succès public et critique de l'Aigle sans orteils ?
Oui absolument, car je n’ai jamais orienté ma production en fonction de cela. J’ai TOUJOURS fait uniquement ce que j’avais envie de faire, assumant les risques des sujets casse-gueule, refusant de collaborer à des projets prometteurs, ou repoussant des propositions de scénaristes ayant un très large public. Cela dit, l’accueil fait à L’Aigle fut un encouragement supplémentaire.

L'Aigle sans Orteils et Pain d'Alouette sont publiés par des éditeurs différents. Y a-t-il une raison particulière à cela ?
La seule raison à ce changement d’éditeur vient du rachat de Dupuis par le groupe Média Participation et les bouleversements qui en ont découlé : je souhaitais continuer de travailler avec Claude Gendrot qui fut mon éditeur pendant 18 ans à Marcinelle et qui, viré de son poste de directeur éditorial par les nouveaux patrons de Dupuis, avait très vite et tout naturellement rebondi chez Futuropolis. Qui plus est, en rejoignant cet éditeur prestigieux, je retrouvais une partie de ma famille « Aire libre »: Evelyne Colas , Sébastien Gnaedig , Didier Gonord. Des interlocuteurs très compétents avec qui je savais pouvoir collaborer efficacement. C’est notamment à eux et à Claude qu’on doit le niveau qualitatif, tant sur le plan du fond que de la forme, des livres édités par Futuropolis.

Pain d’Alouette possède une dimension sociale beaucoup plus importante que dans l’Aigle sans orteils, notamment avec la description des conditions de travail des mineurs dans le Nord. Une façon de retrouver le thème de la classe ouvrière, présent de façon récurrente dans vos albums ?
Je n’en suis pas certain, je dirais plutôt qu’à travers le monde des mineurs, on est solidement ancrés dans le milieu ouvrier. Un milieu particulièrement dur dans un environnement hostile, où l’engagement personnel, les notions d’entraide ou les rivalités sont exacerbées. Dans l’Aigle, du fait de son implantation dans une région qui n’est pas industrielle, on n’a pas la même donne sociale. Amédée est un prolo qui n’a pas à se coltiner la lutte des classes, il exerce pour ainsi dire une profession libérale. Je me sens proche de lui dans ce sens là ; il a cette liberté, que je connais bien, de travailler comme bon lui semble. Mais en même temps, je me sens tout aussi proche des mineurs qui tirent leur subsistance d’un travail manuel ; c’est uniquement ce que produit ma main qui me nourrit. Je suis un manuel, un artisan appliqué condamné à bien faire si je veux continuer, tout comme le mineur qui se doit d’être concentré sur sa tâche pour faire du bon boulot, mais aussi pour rester en vie.

Les valeurs véhiculées par les courses cyclistes, comme le Paris-Roubaix, étaient donc idéales pour établir un parallèle avec la vie difficile des gueules noires ?
Les gueules noires, voilà des mots rudes, qui d’emblée n’évoquent pas la tendresse, les mineurs sont constamment dans le danger, dans la résistance, dans l’endurance, et aussi dans la performance quand il s’agit d’arracher le précieux minerai, souvent difficilement accessible. Au fond des puits, il est vital de s’entraider, le corps et l’esprit tout entier au service de la conservation de soi-même, mais aussi au service de l’équipe. Il s’agit non seulement de porter un mouvement collectif mais aussi de ne pas être un fardeau pour les autres. On retrouve exactement les mêmes ingrédients sur les pavés inhospitaliers de Paris-Roubaix. L’obsession première de chacun étant d’aller au bout, de finir le boulot / la course. La seule différence est la notion de compétition qui pousse une minorité, une élite, à rêver de couper la ligne d’arrivée avant tout le monde. Que ce soit au fond de la fosse ou sur les drèves du pays minier, les hommes sont dans un milieu hostile, dans les deux cas, il y a selon les moments, le froid, l’humidité, la poussière, la chaleur, le corps qui souffre, la tête qui peut flancher, l’accident qui guette, les rivalités… Le mineur et le coureur, qui sont parfois la même personne, livrent le même genre de bataille, avec la loterie du hasard qui plane…

Une dimension politique est également présente avec la montée du pacifisme d’après-guerre, incarnée par Camille qui a des faux airs de Jean Jaurès…
Mais je ne peux pas faire l’économie du politique dans une histoire qui se déroule au sein du bassin minier! Depuis le Germinal de Zola, on sait ce que sont les rapports de force entre le patronat et les mineurs. Le syndicalisme, les revendications ouvrières, les mouvements de grèves, les affrontements… Bref, la lutte des classes fait partie du paysage social et de l’atmosphère de cette période d’ entre deux guerres. Camille qui est un astronome, un type qui a eu toute sa vie la tête dans les étoiles, à se délecter de la paix céleste, ne peut qu’être un pacifiste. Ce que je n’avais pas prévu au départ de ce récit c’est de me servir du contexte électoral de 1924 ,avec le cartel des gauches, ce qui me permet, une fois de plus, de montrer combien le contexte politique qui nous entoure peut avoir des conséquences directes sur nos vies. Si Camille n’est pas l’ami d’un député de gauche, son dossier de demande d’adoption peut être définitivement enterré. Je ne crois pas qu’il y ait un seul de mes albums où la dimension politique soit totalement absente.

Quelles ont-été vos sources de documentation ?
Elles sont multiples. En ce qui concerne le vélo, je dispose d’un fonds important de bouquins sur la grande histoire du cyclisme, et de journaux anciens (Miroir des sports, Miroir sprint, L’Auto …). Et puis il y a Internet, qui est une source presque trop intarissable. En ce qui concerne la mine, c’est à peu près la même chose. En outre, j’ai fait quelques repérages et quelques rencontres dans le Nord de la France.

Le trait semble plus épais que dans l’Aigle sans orteils. Une envie de modifier votre approche graphique ?
Ce n’est pas la même technique. A chaque fois que je mets un album en chantier je me pose la question de faire le meilleur choix possible pour adapter la forme au fond. A ce questionnement s’ajoute le désir, l’excitation d’une façon de faire différente, qui contribue à me motiver. Pour Pain d'Alouette, j’avais besoin d’une certaine rugosité dans le rendu, je voulais que ça bave, que ça coule, que ce soit maculé de poussière pour bien rendre le climat et la souffrance. J’ai donc opté pour un trait à la plume (usée) qui se mélange intimement à l’encre et à l’aquarelle du fait qu’il est tracé avec des encres de couleurs différentes, dans la tonalité de la planche/scène, et diluables à l’eau. Il y a une micro diffusion du trait, et donc une sorte d’instabilité, presque de perte de contrôle, quand je mets les couleurs en place au pinceau ou au doigt. Ce trait qui vient ainsi salir les à-plat ou les modelés de couleur, parfois d’une manière hasardeuse, va dans le sens recherché. Et pour renforcer l’aspect poussière ou boue, je reviens au graphite, au pastel sec ou gras selon les cas. C’est un peu une cuisine au feeling.

Pain d’Alouette est prévu en deux tomes. Avez-vous en tête d’autres récits réalisés autour du cyclisme ?
Pour l’instant non. Je ne vais pas passer mon temps à dessiner des types sur des bicyclettes ! Après Pain d'Alouette, je vais passer à autre chose, remiser le vélo au garage, sans savoir si je le reprendrai et quand…

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le cyclisme et sur le Tour de France en particulier ?
Dubitatif.
Propos recueillis par L. Gianati

Information sur l'album

Pain d'alouette
1. Première époque

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Note: 4.1/5 (84 votes)

  • Lax
  • Lax
  • 11/2009
  • Futuropolis
  • 978-2-7548-0306-9
  • 66