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[Quai des Bulles] Sang rouge pour roman noir

Interview de Jean-Christophe Chauzy

BDGest' (N. Stavisky) / Photo Casterman News 01/11/2005 à 23:02 2200 visiteurs
La niche du roman noir en bande dessinée est peu utilisée. Pour une fois, voici un album en plein dans le sujet, entre drogue, désespoir et vengeance.
Retour sur cet album trop peu connu avec le dessinateur Jean-Christophe Chauzy.


BDGest' : D'où est venu Rouge est ma couleur ?

Jean-Christophe Chauzy : Typiquement, Rouge est ma couleur vient d'un contexte assez compliqué. J'ai une carrière qui a débuté comme scénariste dessinateur, puis j'ai eu envie de me confronter aux univers d'autres auteurs. Mon envie est de continuer à travailler sur plusieurs fronts, en produisant mes propres livres, et des histoires en collaboration avec d'autres. Dans ce cadre-là, je travaille depuis quelques temps avec Thierry Jonquet que j'avais contacté après avoir lu ses nouvelles, ce qui m'a ouvert un univers dont les tonalités et les thèmes sont assez différents. Puis mon éditrice m'a proposé de rencontrer Marc Villard, dont j'avais lu quelques ouvrages, parce qu'il était intéressé par la BD et que mon dessin lui plaisait. J'ai tout de suite accroché à son style, et l'intuition de mon éditrice s'est révélée juste puisque dès le début elle avait mis Rouge est ma couleur à part. Ca nous paraissait être le bon cadre, la bonne longueur, la transposition sur un album de 54 pages était facile et l'histoire était dense, tendue, émouvante. C'était l'occasion pour moi de travailler sur mon premier vrai polar, puisqu'avec Jonquet on fait plutôt du récit noir...

BDG : On sent une maîtrise de la narration impressionnante.

JCC : Effectivement, mais pas uniquement de la narration. Même si ça se sent moins en BD parce qu'il y a peu de récitatifs, Marc Villard est un homme qui a le sens du mot juste, de la formule la plus sèche pour conclure une partie ou une séquence, et travailler avec lui est vraiment un privilège. Et puis bosser dans le cadre d'un récit sans compromis, sans illusion sur l'espérance de vie d'une junkie, c'est le type d'histoires qui me plaît, qui me tient à coeur. On est toujours en dessous de la violence de la réalité. Nous avons produit un récit noir, sans concessions, qui se termine mal dans cette espèce de rédemption de la fille par rapport à son père... Mais ça ne tourne pas plus mal qu'une tragédie grecque, en fait, qui peut être un modèle par rapport à la structure, à l'objectif, au destin des personnages déterminé par les premiers choix qu'ils font... C'est assez souvent le cas dans les nouvelles de Jonquet aussi. La vie de ma mère c'était déjà un enfant dont toute la vie est déterminée par son lieu de naissance. Mais cette fin dure est l'un des éléments qui font la beauté de l'histoire. On aurait fait une happy end, on aurait nié un peu la structure de progression du livre. L'idée c'est que ça se termine brutalement, d'autant plus qu'opn a tout fait dans les pages précédentes pour s'attacher aux héros.

BDG : Comment se passe le travail avec un romancier ?

JCC : Il faut dire qu'aucun ne travaille de la même manière. Villard comme Jonquet sont des gens qui ont travaillé pour la télévision, et donc qui sont habitués à transposer ses scénarios et ses histoires sur une structure de narration imagée. Jonquet m'a donné des scénarios découpés à la case près alors que Villard a travaillé par vignettes. Je me suis retrouvé avec une suite de 380 vignettes dialoguées, qu'il m'a fallu répartir dans les 54 planches que j'avais à ma disposition, ce qui m'a donné l'occasion de retravailler le rythme du livre, et donc de participer d'une certaine manière au scénario.

BDG : le travail des couleurs est assez particulier. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

JCC : Pour ma part, j'ai un dessin réaliste, même si je me permets toutes sortes de distorsions sur les visages ou les corps, j'allongé, j'étire... Le degré de réalisme est suffisant, je peux donc dire autre chose avec la couleur. Sur les parties intermédiaires comme un décor, il m'arrive de rester relativement fidèle à la réalité, mais sur le reste la couleur se veut expressive, ou alors signalétique : elle signale les changements de séquence, et la nature même de la couleur dépent de l'ambiance que j'ai envie de donner dans la page, du degré de douceur, d'agressivité ou de contemplation que je dois mettre en forme. La couleur doit participer au récit, elle n'est pas là comme un simple coloriage parce que la couleur se vend mieux que le noir et blanc, mais elle joue un rôle moteur. Je travaille beaucoup sur l'accident, sur l'imprévu... sur ce qui se passe lorsque la tâche d'eau a séché par exemple.

BDG : Avez-vous des projets en cours actuellement ?

JCC : Je travaille en ce moment sur un livre avec Thierry Jonquet, cette fois-ci sur un scénario original. Ce sera cette fois-ci une comédie burlesque : pas de morts, noir mais pas trop... Je ne sais pas encore bien comment faire, ce n'est pas facile. Voilà pour mon actualité de travailleur acharné. Parallèlement on réédite Parano qui est épuisé depuis quelques temps... et ça me donne envie d'en faire d'autres. je travaille sur des planches supplémentaires pour la réédition, et j'aimerais refaire un album dans cette veine-là, en tant que scénariste et dessinateur. Et puis entre le Jonquet et mes nouvelles aventures il y aura sans doute un nouveau Marc Villard, on est en train de réfléchir à ce qu'on peut faire.
J'ai l'impression de faire partie d'une petite niche dans la bande dessinée française, niche que je partage avec très peu d'auteurs, et pour le reste je me sens très éloigné de la production BD actuelle. J'ai l'impression que l'écrasante majorité des auteurs font un autre métier que le mien, en faisant des livres que je peux avoir du plaisir à lire, mais qui sont aux antipodes de ce que j'ai envie de faire.
BDGest' (N. Stavisky) / Photo Casterman