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Dimitri Bogrov, entre fiction et saga familiale

Entretien avec Marion Festraëts, scénariste de Dimitri Bogrov (Gallimard-Bayou)

Propos recueillis par Jérôme Briot News 15/03/2009 à 23:07 3371 visiteurs
Dans le train qui le ramène à Kiev, Dimitri Bogrov fait la connaissance de Loulia. Il est aussi brillant que dilettante ; elle, aussi belle qu’exaspérante, avec ses grandes tirades politiques. Faire l’amour ou la révolution, choix cornélien !

Pour son premier scénario, la journaliste Marion Festraëts met en scène son propre aïeul, meurtrier du premier ministre du Tsar en 1911. Beaucoup de facétie et de belles réparties dans cette saga pleine de passions débordantes, superbement servie par les peintures de Benjamin Bachelier, qui après avoir réglé ses pas sur ceux de Tanquerelle, pour reprendre Le legs de l’alchimiste, peut enfin faire exploser la pleine mesure de son talent.



Dimitri Bogrov, qui tua le premier ministre du tsar en 1911, est l'oncle de votre grand-père maternel. Comment son histoire vous a-t-elle été transmise ?
Marion Festraëts : Sans être un secret de famille, ça n'était pas un événement dont on parlait tous les jours. La première fois que cela m'est revenu aux oreilles, c'est après la diffusion d'une émission d'Apostrophes consacrée à Alexandre Soljenitsyne, sans doute en 1983, à la publication de La Roue rouge. Dans cette somme sur l'histoire de la révolution russe, Soljenitsyne consacre un long chapitre à Bogrov, ce qui a dû susciter quelques discussions dans ma famille. Pour le reste, mon grand-père (qui est né après la mort de Dimitri) parlait très peu de ses souvenirs, de la Russie, de sa jeunesse. Contrairement aux Russes blancs, qui ont longtemps vécu dans la nostalgie et entretenu soigneusement leur culture, leur langue et leurs traditions à travers l'exil, les gens de ma famille ont tourné la page.


Quelles sont les étapes qui vous ont fait passer de l'anecdote familiale, à l'envie de faire un livre ?
C'est sans doute justement ce silence, cette coupure avec nos racines, nos origines, qui m'a toujours intriguée. Le fait d'être déconnectée de ce passé-là, d'être aussi un peu en exil du fait de cette absence de transmission. J'ai cogité là-dessus assez longtemps depuis la disparition de mon grand-père, en 1996, et le silence irrévocable qui s'ensuivait. J'avais envie de partir de l'histoire de Dimitri pour écrire quelque chose, un roman, un essai, je ne savais pas encore bien quoi. Et plus je tournais autour, plus je me rendais compte que l'histoire de Dimitri n'était pas claire, pas élucidée sur le plan historique. J'ai commencé à récupérer des archives familiales, les mémoires de mon arrière grand-mère, qui avait légué des carnets au département d'histoire russe de l'université de Columbia, à New-York (après la guerre de 1939-1945, mes arrières grands-parents sont partis vivre aux Etats-Unis). Dans le même temps, puisque l'histoire de Dimitri était pleine de blancs, j'ai décidé de les remplir à ma façon. J'ai imaginé ses motivations, tout en fondant mon récit sur des éléments historiques solides. C'est seulement après avoir jeté les grandes lignes de mon scénario que j'ai commencé à faire traduire toutes les choses qu'on a conservées dans la famille sans pouvoir les lire, puisque chez moi, personne ne parle russe. Ces documents ont nourri l'arrière-plan, les personnages, les décors de mon histoire.


Selon vous, le meurtre commis par Dimitri Bogrov était plus passionnel que politique... ?
C'est curieux, tout le monde veut savoir ce qui est vrai, ce qui relève de la fiction, ce qui est arrivé ensuite aux personnages... C'est sans doute naturel, puisque mon récit s'appuie sur des faits historiques. Mais au fond, je n'ai pas très envie d'élucider tout ça, de faire l'inventaire de ce qui est authentique, de ce qui l'est moins, de ce qui pourrait l'être. Je ne vais pas me mettre à décortiquer l'histoire, ou tout fiche par terre en disant que c'est des craques. Et quand bien même, qu'est-ce que je pourrais savoir de cette histoire d'amour, du détail des conversations ou du jour où ces amoureux se sont embrassés pour la première fois? Rien du tout. Cela relève forcément de l'imaginaire. Quelle importance, de savoir jusqu'à quel point les faits sont réels ? Marjane Satrapi dit toujours qu'on s'en fout, du moment que l'histoire est bonne. Elle a raison, non ?


Les sentiments dans le livre correspondent bien à l'idée que les non-Russes se font de "l'âme slave", cette forme de romantisme excessive et autodestructrice. C'est quelque chose que vous avez au fond de vous, qui résiste au temps, malgré votre jeunesse niçoise ?
Soit j'ai l'âme russe chevillée au corps par la magie de la génétique, soit l'histoire porte en elle-même suffisamment d'éléments tragiques pour qu'on y décèle de la slavitude typique. Mais je ne me suis pas grattée la tête à la recherche d'émotions hypertrophiées qui "font russe". En tout cas, Nice n'y est pour rien, même si j'ai découvert en chemin que mes ancêtres y venaient en villégiature !



Les lecteurs de Joann Sfar ne peuvent qu'apprécier votre prose : vous partagez avec votre directeur de collection le goût des réparties cinglantes et élégantes, et même un peu du style d'écriture. Vous avez cherché à le pasticher ?
Le compliment – si c'en est bien un – est flatteur. Evidemment, je n'ai cherché à pasticher personne. Mais je ne renie rien des auteurs que j'admire et qui m'influencent certainement. Joann en fait partie. J'adore ses livres, son style, la grâce qu'il met dans ses histoires, et c'est pour toutes ces raisons que je me suis adressée à lui quand j'ai écrit Dimitri Bogrov. Mais je suis également très nourrie de Romain Gary, Jonathan Coe, Michael Chabon ou Philip Roth. En bande dessinée, je confesse un gros penchant pour les livres de Gipi, Christophe Blain, Emile Bravo, David B., Emmanuel Guibert, Lewis Trondheim, Marjane Satrapi, etc. Je suis très admirative des gens qui savent insuffler de l'humour dans le tragique, de l'élégance dans l'épique, du fantastique dans le quotidien, etc. J'aime bien les gens qu'on ne peut pas mettre dans des cases.


Quel a été le rôle exact de Joann Sfar dans la construction de ce livre ?
Il a joué, tout comme Thierry Laroche, qui est l'éditeur de la collection, un rôle très précieux de directeur littéraire. Je n'ai pas l'impression que ça soit si courant dans le monde de la bande dessinée. En tout cas c'est inestimable, d'être relu et encouragé par des gens qui ont le respect des auteurs mais n'hésitent pas à bousculer leurs certitudes quand c'est nécessaire Avec Benjamin, on a pu travailler dans cet esprit de collaboration active. Du coup, quand ils disent qu'ils aiment, on est vraiment très content, parce qu'on sait qu'ils sont très exigeants!


Comment s'est déroulée la rencontre avec Benjamin Bachelier ? Et la collaboration avec lui ?
J'avais un scénario mais pas de dessinateur, Benjamin avait des dessins mais pas de scénario, et Joann a eu l'idée de nous mettre en contact. J'ai adoré les dessins de Benjamin, qui a aimé mon histoire, et le courant est très vite passé parce qu'on était sur la même longueur d'ondes. Il a commencé à bosser sur les 30 ou 40 premières pages, puis je lui ai transmis le reste de l'histoire par paquets de 40 ou 50 pages. J'avais entièrement story-boardé mon scénario, pour avoir une idée claire de la mise en place, du rythme, de l'encombrement des cases et de l'enchaînement des planches. Benjamin m'envoyait régulièrement des paquets de pages, que je trouvais invariablement totalement magnifiques. Finalement, après les tâtonnements des toutes premières pages, où on a cherché ensemble à la fois l'esprit des lieux et le physique des personnages, Benjamin s'est complètement emparé de mon histoire. On a pu bosser à distance, lui près de Nantes, moi à Paris, en toute confiance.



D'autres livres en préparation actuellement ?
J'écris une histoire pour un autre dessinateur sur un thème historique radicalement différent. Mais je ne suis pas suffisamment avancée dans mon découpage pour en dire plus... je vais m'y remettre pendant les vacances. J'aimerais aussi proposer un autre scénario à Benjamin, mais je ne sais pas encore sur quel sujet. La suite des aventures de Loulia, peut-être?


Passer du rôle de critique à celui d'auteur, cela a-t-il changé quelque chose dans votre façon de lire, ou d'apprécier les livres ?
J'essaye de garder un regard de lectrice, de ne pas faner l'enthousiasme de gamine qui me pousse à lire des BD depuis l'enfance, de garder une espèce de fraîcheur dans ma manière d'aborder les livres. Je ne me considère pas comme une critique. Je suis journaliste, et la plupart du temps sur des sujets qui n'ont rien à voir avec la bande dessinée – et quand c'est le cas, je fais plus souvent des portraits, des enquêtes ou des interviews que des critiques. Et puis les journaux généralistes comme L'Express n'accordent pas des tonnes de pages à la bande dessinée. Et si on n'a déjà pas la place de parler de tous les livres qu'on aime, à quoi bon l'encombrer avec des livres qu'on n'aime pas! Je suis donc une espèce de critique qui ne critique pas, ou plutôt qui garde ses critiques pour soi...


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Propos recueillis par Jérôme Briot

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Dimitri Bogrov

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