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Les Nuits Ecorchées, de Régis Penet

Alexandra. S. Choux (et un soupçon de Jérôme Briot) News 02/07/2008 à 01:20 4500 visiteurs
La fortune, disait-on déjà dans l'antiquité, sourit aux audacieux. Tant mieux pour Régis Penet, qui avec sa nouvelle série Les nuits écorchées, ne manque effectivement pas d'audace. Non seulement le dessinateur de Marie des loups se lance en tant qu'«auteur complet» (signant à la fois le dessin et le scénario), mais il inaugure aussi le catalogue d'un nouvel éditeur (qui, il est vrai, n'est pas à proprement parler un inconnu), Daniel Maghen. Le galeriste parisien, après s'être plusieurs fois essayé à l'édition (et avec quel succès !) en publiant des Art books (Virages de Laurent Vicomte, Entractes d'André Juillard ou Echo de Cosey, pour n'en citer que trois), devient en effet éditeur de bande dessinée à part entière.

Le premier tome de la saga de Penet, intitulé Progénitures, démarre par un hommage cultivé, avec un côté soigné, glamour, porté par un style pointilleux... La seconde partie, pas en reste, se lance dans une veine de pur thriller, où le lecteur tâche de déméler le pourquoi du comment. Pourquoi, comment : des questions parmi d'autres, que nous avons souhaité poser à l'auteur !




Il y a de fortes inspirations classiques dans cet album : Les Chants de Maldoror, le mythe de Prométhée, Frankenstein, l’enfant sauvage
Régis Penet : En dehors de la première scène, écrite il y a très longtemps, après la lecture des chants de Maldoror, mes influences sont en effet le mythe de Prométhée et Frankenstein. C’est au fur et à mesure de l’histoire, que je me suis rendu compte que j’avais les deux pieds dedans !
En ce qui concerne le mythe de l’enfant sauvage, d'autres lecteurs m’en ont parlé mais il n’y a pas de lien hormis peut-être graphiquement, le look de la créature. Je dois reconnaître que Gotlib était une de mes premières références en BD. Et justement, Gotlib avait croqué un enfant sauvage d'après le film de Truffaut. C'est donc peut-être une réminiscence, mais complètement inconsciente.

Pouvez-vous me parler de vos influences picturales ou cinématographiques ?
Rosinski est l’auteur de BD qui m’a le plus influencé. J’ignore s’il m’en reste quelque chose, mais les premières planches de bd que j’ai réalisées ado, c’était avec les albums de Thorgal ouverts sur les genoux. Je ne peux pas citer tous les auteurs dessinateurs qui m'ont influencé, mais en général se sont des auteurs réalistes qui ont un style fort. J'ai aussi une prédilection pour certains peintres figuratifs, en particulier Klimt et Vermeer. J'aime les artistes qui s’attaquent à la figure humaine et qui, sans en faire trop, la transfigurent. Des dessinateurs aussi variés que Bess, Lepage ou Manara sont à mon avis également dans cette démarche.
En ce qui concerne le cinéma, mes deux maîtres sont Kubrick et Malick. Kubrick, pour ses compositions frontales, et Malick, pour son mode narratif et son utilisation de tout ce que le cinéma peut apporter : l’image, la voix off, la musique… Ce que j’essaie aussi de retenir chez lui, c’est l’absence chronologique.


Est-ce que Mia est le pendant féminin de Maldoror ?
Non. C’est vrai que les Chants de Maldoror vont être présents tout au long du dyptique, et que la première scène a directement été inspirée du deuxième chant. Mais je vais vous expliquer comment l'intégration des chants en voix off a été construite.
En tant que dessinateur je n’avais pas de problème à montrer mes dessins. En revanche, en tant que scénariste, j’avais énormément de pudeur, comme un blocage à écrire. Autant, la narration ou le découpage ne me posaient aucun problème, autant j’avais l’impression en écrivant mes premiers dialogues que les gens penseraient «c’est Régis Penet qui parle». Ca me gênait beaucoup. L'idée d’une voix off a fait son chemin car je ne me sentais pas d’écrire quelque chose de trop personnel. Je me suis lâchement planqué derrière cette voix. Puis, pendant l’élaboration de cette première planche, il est apparu que cela pouvait être l’héroïne qui parlait. Au départ, elle ne devait pas forcément être une intellectuelle, une contemplative. Mais finalement pourquoi pas, ces traits se sont ajouté à sa personnalité.

Pourtant on retrouve les thèmes de Lautréamont: aspirations interdites, recherche d’une identité, attrait du mal et le satanisme...
Oui, l’ombre de Lautréamont plane sur les deux tomes. Mia est comme ça, à savoir une contemplative qui a parfois du mal à agir, qui est cultivée, littéraire. Elle a le goût de l’interdit mais pas du gothique. Il y a en effet une progression vers le tragique. De Maldoror, je retiens la vision trouble du corps. La créature de l’album est avant tout instinctive, elle n’a pas de notion de bien ou de mal. Contrairement à Maldoror qui a son étiquette inversée et qui tend à aller vers le mal et qui a jouissance à faire le mal. Les chants de Maldoror sont moins essentiels pour mon histoire que le mythe de Prométhée ou Frankenstein.

Comment avez vous élaboré ce récit ?
En partie grâce à Erik L’Homme, le romancier, que je remercie dans l’album d’ailleurs. Il y a environ 15 ans, nous avions l’idée de faire ensemble un album d’heroic fantasy qui commencerait par un naufrage et un massacre impliquant une créature. J’avais dessiné les premières planches, puis j’avais complètement laissé tombé. Voulant écrire ma propre histoire, je suis parti de ce point de départ, en faisant des choix. Naufrage et créature : oui, créature et fantastique : non. J’avais envie de quelque chose de plus contemporain. Je suis en fait parti de cette première scène pour bâtir mon histoire. Quoiqu’il en soit, je voulais quelque chose qui soit en rapport avec le corps. Dans sa signification, dans sa morale, cette première scène a engendré tout le reste en fait. Le scénario s’est élaboré au fil des pages. Au début, il ne faisait que 2 pages, et Daniel Maghen a beaucoup de mérite de m'avoir fait confiance, car ce n’était pas forcément rassurant pour un éditeur. Ceci dit il y avait tous les éléments. Je savais où je voulais aller, pas forcément comment. Je ne l’ai su qu’à la fin du tome 2.


Comment envisage-t-on un personnage comme Lothar Wong ?
Il me fallait un personnage au pouvoir immense, mon Prométhée en quelque sorte, qui puisse faire ce qu’il fait en toute impunité. Avec une stature. Sa légitimité est partie d’une réflexion que je m’étais faite en regardant La guerre du feu : les bons sont ceux qui ont des rudiments de civilisation et qui savent faire le feu eux-mêmes ; les méchants sont ceux qui se contentent de cueillir et de chasser. Dans ce film, les bons sont ceux qui ne se contentent pas de ce que la nature leur donne.
Wong se justifie en expliquant que le cultivateur est le premier violeur de la terre, l’homme qui frotte deux silex pour faire du feu est le premier homme à risquer de faire un incendie d’origine accidentelle, d’origine humaine en fait. C’est le 3ème aspect important de ce premier opus après la première scène et le corps.
Ce qui fait de nous des être humains, contribue d'une certaine façon à nous rendre inhumains.

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme...
Tout à fait. A quel moment met-on une frontière entre celui qui protège la nature et celui qui cherche à la transformer pour se nourrir ? Doit-on faire une distinction entre l’utilisation et la transformation ? L’homme essaie également de changer sa propre nature, en se soignant par exemple. Peut-on s’arrêter à temps ? C’est une question qui m’effraie un peu. En tant qu’être humains on peut se demander d’où vient cette morale. C’est un peu Prométhée qui se cache là et qui se fait Dieu. Où doit on s’arrêter ? Devient-on inhumain à force de vouloir être trop humain ? L’homme livré à lui-même devient–il inhumain ou justement est-ce en étant livré à lui-même qu’il est devenu humain ?
C’est ce paradoxe qui m’intéressait mais de loin parce que je savais que je n’allais pas faire quelque chose de militant. Je n’ai pas de réponse. Mais le discours de Lothar Wong qui dit que finalement, il n’a fait que suivre le sillon du premier cultivateur, c’est en effet ce genre de réflexion que je peux me faire. Et ça fait un méchant intéressant.

Y aura t-il une suite à ces Nuits écorchées ?
Cette histoire est un diptyque, mais destiné à devenir une série. Le 3ème est déjà écrit. A partir de ce 3ème, chaque album sera une histoire complète. Si la série ne trouvait pas son public, ce que bien entendu je ne souhaite absolument pas, le troisième album pourrait donner un épilogue au diptyque. Le personnage de Mia reviendra à chaque fois mais il s’agira d’une histoire plus intime dans laquelle j’aborderai le thème de la paternité, moins polar et à certain égards plus proche du mélodrame. Sinon l’intérêt de cette série sera qu’il y aura un thème abordé par album, j’aimerai que ces thèmes soient exploitables moralement et graphiquement. Pour le 4ème tome, je n’ai pas encore l’histoire mais j’ai déjà la thème.
Sinon j’ai envie de mener ce projet « nuits écorchées » en deux cycles mais ça c’est dans l’hypothèse où cela marche suffisamment. Donc un premier cycle de 4 ou 5 tomes puis une pause en faisant un one shot mais tout en couleurs directes, ce qui me prendrait plus de temps (les nuits écorchées me prennent 8 à 9 mois tout compris) et repartir ensuite sur un deuxième cycle des nuits écorchées de 4 ou 5 tomes chacun aussi. Je sais que j’ai du matériel pour faire encore quelques albums...



Si vous deviez faire découvrir la bande dessinée à un ami, laquelle lui offririez-vous ?
Sans conteste le 3ème tome des Compagnons du crépuscule de Bourgeon. Enfin, je commencerai quand même par lui offrir le 1er tome parce qu’il risquerait d’être un peu perdu !
Pour moi ça fait partie de la bibliothèque idéale, c’est une BD qui fait aimer la BD. C’est à la fois très élitiste et très grand public. C’est un travail extraordinaire, j’admire cette richesse de documentation qui n’entrave jamais le fait de nous faire rêver et de nous emmener dans son monde à lui. Bourgeon n’invente rien, il recrée tout. Parvenir à faire rêver avec une telle précision historique, c’est exceptionnel. Ce sont les héroïnes les mieux réussies de la bd. Pour la qualité de conteur, il rejoint largement Pratt, le seul, selon moi, à qui il puisse être comparé. J’hésite d'ailleurs entre cet album et Corto Maltese en Sibérie, pour les mêmes raisons.


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» Chronique "Les nuits écorchées, T1 : Progénitures"


Propos recueillis par
Alexandra. S. Choux (et un soupçon de Jérôme Briot)