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« Je ne suis pas un prophète mais un inventeur »

Entretien avec Jaume Pallardó

Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade Interview 29/03/2022 à 12:10 2423 visiteurs

Une population confinée, des combinaisons pour éviter la contamination, des groupuscules complotistes qui réfutent l'existence du virus et les directives du gouvernement... C'est certain, Jaume Pallardó s'est inspiré grandement de la pandémie qui s'est abattu sur le monde il y a maintenant un peu plus de deux ans. Sauf que l'auteur espagnol a terminé l'écriture de son ouvrage en 2017. Mais alors ? D'où lui est venue cette idée de scénario ? Aurait-il des dons de divination ou possède-t-il tout simplement des qualités exceptionnelles d'analyste du monde qui nous entoure ? Réponses dans un français - presque - parfait.  

L’édition espagnole est-elle très différente de celle que nous avons entre les mains ? 

Jaume Pallardó : L'éditeur espagnol n'est pas un spécialiste de bandes dessinées et il y a eu un côté assez expérimental pour eux.  De plus, en Espagne, c’est du noir, du blanc et du gris. Philippe (Marcel, éditeur de La Cafetière, NDLR) m'a proposé d'y mettre de la couleur. On a exploré différentes possibilités, et on a choisi d'y inclure du rose.

Comment avez-vous choisi les pages où vous avez incorporé du rose ?

J. P. : L'idée principale était de conserver le gris pour les espaces intérieurs, là où le virus ne circule pas, et d'incorporer du rose à l'extérieur. Finalement, ce n'est pas aussi simple que ça et l'idée d'un certain esthétisme a prédominé. J'ai eu un peu peur de mélanger le gris et le rose au sein d'une même image mais le résultat m'a convenu. 

En début de lecture, on cherche une logique pour cette utilisation du rose mais on se laisse ensuite porter par l'esthétisme et par l'histoire...

J. P. : C'était un risque. Pour moi, la bande dessinée n’est pas pensée au départ avec de la couleur. J’avais pensé faire tout en rose ou tout en gris. Travailler avec Philippe m'a permis de prendre du recul de faire quelque chose dont je suis satisfait. 

[ATTENTION SPOILER]

Entre la version espagnole et celle-ci, avez-vous complété ou adapté votre histoire ?

J. P. : À la fin de la version française, il y a une troisième couleur : le bleu. Le fait de tuer le personnage principal est très dur et j'ai voulu marquer cette scène, un peu métaphysique ou transcendantale, avec de la couleur.  Je trouve que cette fin est bien meilleure. 

Le bleu est plutôt annonciateur d’espoir…

J. P. : Je crois que lorsqu’on est confrontée à sa propre mort, on voit sans doute sa vie d’une façon complètement différente. Je réfléchis beaucoup à la mort et peut-être que j’ai voulu souligner ce moment-là. Le lecteur va devoir s’arrêter sur ce moment précis et se demander pourquoi il y a du bleu. 

[FIN SPOILER]


Avez-vous été tenté de modifier cette version suite à la pandémie que nous traversons  ?

J. P. : Pour moi, cette histoire est une aventure créative. L'édition française a connu quelques adaptations, dont la couleur, mais le récit n'a absolument pas changé. En revanche,  j'ai souhaité écrire cette annexe en fin d'album où j'explique ma démarche, car chaque personne qui va le lire va faire une corrélation avec ce qu’il s’est passé. J’ai donc eu la nécessité d’expliquer que ce n’est pas un livre qui était fait pour pour développer des théories ou autres idées complotistes. C’est un moment de création qui est fermé pour moi et je ne pourrais rien n'y changer.

Votre but était de partir de faits réels et d'imaginer ce qu’il pourrait se passer ?

J. P. : Oui, j’aime beaucoup faire ce genre de pari. C’est un matériel très intéressant pour faire une fiction mais je ne suis pas du tout un prophète, je suis un inventeur. J’ai essayé de réfléchir sur le monde qu’il y avait avant : nous étions déjà chez nous, enfermés, avec nos ordinateurs. J'ai souhaité faire un miroir brisé de ce monde-là. Il y a des éléments avec la pandémie qui se sont aggravés mais ils étaient déjà là. J’ai eu la « chance » d’avoir vécu une situation semblable au livre mais c’est un peu le hasard que ça se soit passé comme ça. 

Il y a un défi narratif supplémentaire par rapport à ce que l’on peut vivre aujourd'hui avec le masque : le port d'une combinaison… N’est-ce pas une difficulté de créer une histoire avec des personnages que l’on ne reconnaît pas ?

J. P. : Je n’ai pas eu trop de problèmes avec ça. Il y a toujours un risque mais visuellement c'était attractif pour moi, c'était intéressant de faire ces combinaisons-là. Le lecteur remplit beaucoup d’espaces qu’on ne donne pas. En fait la bande dessinée c’est ça, on fait des dessins et le lecteur imagine que le personnage bouge entre les deux dessins qui sont statiques. La bande dessinée est faite de trous. 

Ça rend les dialogues très importants...

J. P. : Les dialogues ont été écrits au fur et à mesure que je faisais le dessin. Je savais que dans telle ou telle partie je voulais parler de telle ou de telle chose, mais j’ai laissé les personnages libres, qu'ils suivent leur propre chemin. C'était très ouvert, ce n’était pas une histoire où je savais exactement ce qui allait se passer, même si je connaissais la fin. J’ai pris six mois pour écrire cette histoire et environ deux ans pour la dessiner. 

Comme vous parlez très bien français, avez-vous participé à la traduction ?

J. P. : J'ai surveillé mais ce n’est pas moi qui l’ai faite. Je parle français mais je voulais que ce soit un traducteur qui fasse la traduction parce qu’il y a des nuances, des expressions que je ne connais pas. Parfois, en lisant des expressions en français, je me demandais si ça exprimait vraiment ce que je voulais dire. C'est pour ça que j'ai posé quelques questions au traducteur, mais sans changer ce qui avait été fait. 

Sur un projet comme celui-ci qui se déroule sur plusieurs années, le dessin peut-il évoluer en cours de route ? 

J. P. : J'avais auparavant réalisé des histoires courtes et c'est donc mon premier album avec un long récit. Evidemment, plus on travaille et plus on dessine, plus on maîtrise certaines techniques. Ainsi, j'ai commencé à dessiner avec du numérique et je suis passé ensuite à l'encre. Je voulais me diriger vers un trait plus lâché. 

Le récit est chapitré. Cela veut dire que des histoires courtes ont été publiées de façon indépendante ?

J. P. : Il y a quelques années, je suis venu à Angoulême pour montrer mes projets à des éditeurs et évidemment ça n’a pas marché. J’avais fait des histoires courtes et je voulais faire une histoire longue. J’ai donc dessiné cette histoire longue sans éditeur, comme un défi personnel. Je ne savais pas comment ça allait se passer, j'ai pensé à une auto-édition et c’est pour ça que j’ai pensé à réaliser des petits chapitres que je pouvais éditer au fur et à mesure, mais l'auto-édition demeure très compliquée à mettre en œuvre. Alors, j’ai trouvé un système qui m'a beaucoup aidé à faire avancer : ne pas faire de voix-off. J’avais fait des histoires courtes avant avec beaucoup de voix-off, quelque chose de très littéraire et ça ne m’intéressait plus. Ce tempo lent, j’ai découvert qu’avec les chapitres ça marchait, ça m’aidait à avancer, ça s’intégrait bien. Ce sont six chapitres que j’ai faits comme ça. J’ai essayé de les faire éditer dans des maisons d’édition espagnoles qui m’ont toutes rejeté, alors j’ai commencé à publier sur internet. Je faisais cinq pages par semaine. J’ai essayé de faire un peu de bruit sur les réseaux, mes amis, la famille, les gens qui venaient là. Finalement, une maison d’édition de ma ville a vu ça et ils m’ont dit qu’ils étaient intéressés. Ils ont scindé le récit en deux pour que ça rentre dans la collection. C’est pour cette raison qu’en Espagne la première édition est composée de deux albums. Ils l’ont coupée juste au milieu de l’histoire, là où le personnage principal rencontre Gloria.

Ce qui veut dire qu’en Espagne la seconde partie est beaucoup plus sombre que la première…

J. P. : Oui, beaucoup de lecteurs m’ont dit ça ! Je savais que ça allait tomber comme ça, c’est une dystopie catastrophique. 

C’est une réalité qui vous préoccupe que l'Humanité, inquiète, puisse fuir vers un monde qui n’est plus réel via les réseaux sociaux, les jeux vidéos ou des psychotropes ?

J. P. : C'est quelque chose qui est déjà présent et je ne sais pas comment ça va finir. Si on regarde en arrière, les gens qui ont inventé la roue pour un charriot n’avaient pas imaginé qu’on en ferait des voitures qui roulent à deux-cents à l’heure, pour eux c’est une dystopie brutale. Il y a de bonnes et de mauvaises choses dans ces changements. Si on applique cette mentalité à notre actualité, clairement, on va avoir des ordinateurs dans la tête dans quelques années. C’est intéressant pour faire un récit. J’ai imaginé le futur avec un virus qui est partout. J'ai regardé la réalité et j’ai fait des suppositions. Les drogues, les jeux, ce sont des choses que l’on peut déjà voir. Les gens sont enfermés chez eux et après ils sortent, notamment la jeunesse, ils font la fête dans des festivals plein de gens. Ce sont des contrastes qu’on peut trouver dans notre société de l'après Covid.

Mais on ne peut pas remplacer les relations humaines comme celle avec Gloria…

J. P. : Oui, elles sont toujours présentes. Le personnage principal est candide, un peu comme celui de Voltaire, très innocent et il est à la recherche d’une solution vitale. Il rencontre différentes formes de vie par rapport au virus qui sont des solutions politiques mais aussi des solutions de vie. des gens qui sont en couple et qui fonctionnent bien, d’autres qui vivent seuls. Il traverse tout ça, il voit, il regarde avec cette innocence et c’est nous, c’est moi, c’est le lecteur qui regarde le monde qui nous entoure avec ces différentes solutions.

Il est professeur, comme vous. Il expérimente donc l’école à distance comme vous avez dû le faire...

J. P. : Oui c’est très étrange. J’ai dû faire ça avec mes élèves et voir les rues vides ou avec des gens avec des masques, ça m’impressionnait beaucoup. J’avais déjà imaginé ça mais il y a d'autres choses que j'ai découvertes comme les animaux, en Espagne, lors du confinement. Des sangliers se baladaient dans les rues, c'est une image très poétique aussi de ce contraste entre village et modernité que j’aurais pu prendre pour la BD mais que je n’ai pas pris. 

Votre façon d’enseigner a-t-elle changé depuis ? 

J. P. : Il y a beaucoup de choses qui ont changé. D’une part il y a le ministère de l’Education qui a mis beaucoup plus d’énergie et d’espaces virtuels, où on peut mettre nos cours. Les élèves peuvent me montrer les travaux en ligne.  Il y a aussi une partie avec les élèves où on va tous avec le masque, je ne vois pas leurs figures. Ce week-end, il y avait un évènement dans la ville où je vis pour lequel mes élèves ont fait l'affiche. Je les ai vus sans masques pour la première fois, c’est choquant. Les adolescents ont très mal vécu le confinement, je ne sais pas pour la France mais chez nous, il y a eu beaucoup de situations de dépression voire même de suicides. Il y a beaucoup de choses qui ont changé mais je ne l’avais pas prévu, la BD ne parle pas de ça. C’est pourtant une chose très intéressante à regarder et à exploiter.

Dans cette planche, on se rend compte qu’avec un minimum de traits on peut faire passer beaucoup d’émotions…

J. P. : Au début, pour moi, c'était une blague. Je voulais faire une histoire d’amour qui ne va pas bien. Les auteurs de bande dessinées sont des solitaires et ils racontent souvent cet amour qui n’a pas bien marché. C'était rigolo pour moi de parler de ça dans un monde dystopique parce que normalement ce ne sont pas deux choses que l’on mélange. C’est pour ça que c’est « La Mort rose », parce que c’est une histoire rose mais avec une mort. Au fur et à mesure que j’avançais je me suis rendu compte que cette histoire, c'était du sérieux, je racontais quelque chose que plus ou moins tout le monde a vécu, le chagrin d’amour. Souvent, il y a une troisième personne, on ne la voit pas mais on la devine, on sait qu’elle est là. Il y a quelque chose qui se passe et je crois que je voulais le raconter un peu comme ça. À la fin, lorsqu’il rencontre le troisième personnage, ils se ressemblent beaucoup, c’est une chose curieuse, elle a changé de couple sans changer tellement de partenaire.  Je m’amuse à voir ce personnage qui ne comprend pas ce qu’il s’est passé et qui se demande ce qu’il pourrait faire ou ce qu’il aurait pu faire pour la conserver.

La partie de pétanque en combinaison, vous avez essayé ? 

J. P. : Je n'ai pas essayé mais j’ai imaginé ce qu’on pourrait faire avec. Il y a la pétanque mais il y a aussi la danse. Je me suis inspiré du château de Versailles pour faire le dessin. Danser sur une musique du début du siècle avec une combinaison, je trouvais ça marrant ! (Rires)

Maintenant que vous avez été édité en France, ça vous donne envie de continuer ?

J. P. : Oui ! Après avoir fait La Mort rose, j'étais totalement épuisé et je ne pouvais pas me lancer sur autre chose. Maintenant je suis prêt et je travaille déjà sur un nouveau projet.


Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade

Bibliothèque sélective

La mort rose

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Contamination
1. Tome 1

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Virus (Ricard/Rica)
1. Incubation

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  • Rica
  • <N&B>
  • 01/2019 (Parution le 09/01/2019)
  • Delcourt
  • 978-2-7560-8230-1
  • 110

Avant l'oubli

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