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« Me faire un tatouage ? J'hésite à mettre un autocollant sur mon scooter ! »

Entretien avec Matz

Propos recueillis par L. Gianati et C. Gayout Interview 01/05/2021 à 09:47 886 visiteurs

Des auteurs comme Matz ont toujours une actualité débordante et 2021 n'échappe pas à la règle : un album sorti il y a quelques semaines, trois autres prévus en fin d'année et l'adaptation en film de son best-seller Le Tueur par David Fincher, excusez du peu. Polar, Résistance et tatoueur hongrois : voici un tour d'horizon d'une année pleine de promesses et une sacrée surprise en fin d'entretien. 

Pour Le Tatoueur, tout a commencé dans un taxi avec un chauffeur un petit peu bavard...

Matz : Il était légèrement inquiétant. C'était il y a très longtemps et je m’étais toujours dit que je me servirais de cette histoire un jour ou l’autre parce qu'au fond c’était une bonne idée. C’est une théorie du complot assez marrante : l’idée que les chauffeurs de taxi savent énormément de choses sur énormément de gens. J'ai trouvé que c'était une idée à la fois simple et inquiétante.  Quand on lira cette histoire, on ne regardera plus jamais son chauffeur de la même façon et on se fera peut-être déposer à un pâté de maisons de là où l’on va. Auparavant, j’ai habité dans deux rues, une où il y avait un club échangiste, et l’autre, rue Chabanais, où il y avait des bars, connue à une certaine époque pour ses bordels. En argot, un chabanais c’est un bordel. Je prépare d'ailleurs un album qui va s’intituler Un Drôle de chabanais et ça veut dire « un drôle de bordel ». Souvent, j’avais des chauffeurs de taxi qui n’étaient pas du tout discrets, ils croyaient que j’allais au club échangiste et ils me disaient « hier j’ai déposé unetelle », une star de cinéma quoi ! J’ai eu pas mal de noms de cette façon alors que moi j’allais au numéro d’à coté ! Ils devaient penser que quand on va dans cette rue-là c’est dans ce club que l’on va. Pareil pour la rue Chabanais. Quand j’y habitais, il y avait un bar avec une affiche où était marqué « serveuse au sein nu » et ça me faisait toujours marrer que ce soit au singulier (rires). Je me suis toujours demandé ce que ça voulait dire exactement. Quand j’ai rencontré Attila (Futaki, dessinateur du Tatoueur, NDLR) et qu’il m’a dit qu’il aimerait bien qu’on fasse un album ensemble, je me suis dit que c'était le moment où jamais de me servir de cette théorie du complot.

Comment avez-vous rencontré Attila ?

M. : Je l’ai rencontré à Bruxelles par l’intermédiaire d’un éditeur qui n’est pas celui chez qui est sorti l’album. Il m’a dit qu’il aimait beaucoup Le Tueur et mes BD et qu’il aimerait que nous fassions quelque chose ensemble, c'était une déclaration d’intention. Quelques mois après, il m’a dit qu’il avait un plan pour faire un album dans un magazine en Hongrie à raison d'une page par semaine, sauf que ça commençait la semaine d’après (rires)… Je lui ai dit « on y va! ». J’ai écrit ça vraiment pratiquement semaine par semaine. C'était une écriture assez marrante, différente de ce que je fais d’habitude. Quand on fait un album, on le fait quasiment en entier ou en tous cas par blocs, et non page par page. On a fait comme ça et c’est cet album qui est devenu Le Tatoueur. On a refait une nouvelle fin pour l’album. Souvent, les gens me disent que c’est un peu court, il fait 46 pages, mais c’est un format qui est imposé par cette contrainte de départ. 

Pour ce feuilleton vous avez repris les histoires du chauffeur de taxi, mais vous avez aussi ajouté celle du tatoueur...

M. : Le Tatoueur est le résultat d’une contrainte spécifique parce qu’il fallait que cette histoire ait un rapport ou un autre avec la Hongrie. Il y avait juste un problème : je ne suis jamais allé en Hongrie. Il y a bien un guitariste hongrois joueur de jazz-funk que j’aime beaucoup et un écrivain hongrois avec qui j'ai travaillé il y a très longtemps pour les éditions françaises de ses romans... Mais je n’ai pas une connaissance très poussée de la Hongrie. On s’est dit que ce serait peut-être bien d’arriver à un terrain d’entente, un compromis, avec un personnage hongrois à Paris. Attila est fan de tatouages, il a un copain tatoueur dont on s’est servi pour la documentation (Sarkozi Szolt, auteur de la préface, NDLR). Donc voilà : un Hongrois vivant à Paris sous les radars en se cachant pour le côté polar, et de l'autre côté le chauffeur de taxi également d’origine hongroise. Les polars classiques, ce sont toujours deux histoires, deux trames, qui finissent par se rejoindre. Là, elles se rejoignent au début, c’est ce qui change par rapport au polar classique.

Qui est Sarkozi Szolt ?

M. : Apparemment, c’est quelqu'un de très connu au niveau du tatouage en Hongrie. On a échangé, je lui ai posé plein de questions. Attila, lui, a plein de tatouages. Il a une connaissance plus approfondie du matériel et des contraintes. Moi, tout ce que je connais, c’est par quelques copains que j’ai vu s’entortiller dans du plastique, ne pas se doucher et se mettre de la crème, des choses qui me paraissent extrêmement fastidieuses. Moi, j’hésite même à coller un autocollant sur mon scooter… Je me vois mal faire un tatouage.

Finalement, on ne voit qu’un seul tatouage dans tout l’album...

M. : Oui, il a un seul client… Vous savez que les tatoueurs gagnent beaucoup d’argent ? J’en parlais avec Colin Wilson avec qui j’ai fait Du plomb dans la tête. Son fils est tatoueur professionnel et visiblement il gagne beaucoup plus d’argent que Colin avec la BD !

La ligne éditoriale de Grand Angle est : « la BD comme au cinéma ». Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de signer un album chez eux ? 

M. : En fait, je ne connais personne là-bas, c'est par l'intermédiaire de l'agent d'Attila que nous avons été présentés. D’ailleurs, je n’ai toujours rencontré personne à cause du confinement. Ça s’est très bien passé, on a fait six pages supplémentaires pour la fin. C’est une collaboration qui se présente très bien et Hervé (Richez, directeur de la collection Grand Angle, NDLR) m’a dit que si on avait d’autres projets, ça l’intéressait. Peut-être qu’on fera une suite...

Zoli est un personnage intéressant qui amène à imaginer d’autres histoires…

M. : Oui, la plupart des gens qui lisent l’album me disent que c’est un petit peu court et qu’ils aimeraient bien savoir ce qu’il se passe après… Et ce qu’il se passe avant aussi ! Mon fils m’a dit la même chose quand il l’a lu et je préfère qu’on reste sur un sentiment de curiosité.

L’histoire de coucherie en Hongrie, ça ferait un bon pitch !

M. : Un coté Empire des sens, c’est pas mal !

Comme dans Le Tueur et dans Corps et âme, vous utilisez une narration à la première personne...

M. : Dans le polar, c’est assez classique. Mes auteurs de polar préférés utilisent souvent une narration à la première personne. Ça permet de faire avancer l’histoire très vite, de donner de la profondeur, de mieux comprendre les motivations des personnages sans que ce soit lourd ou que ça passe par des cartouches. Par contre, je pense que c’est vraiment une forte contrainte d’écriture en BD. On a quand-même peu de place donc il faut être extrêmement efficace dans l’écriture et la narration pour que ces bulles à la première personne rendent bien toute l’histoire.

La première planche met le lecteur dans l'ambiance : la nuit sera omniprésente...

M. : Au début, j'étais un peu perplexe avec ces lampadaires partout, mais en fait je trouve que c’est pas mal. Ça donne un style presque onirique, un peu poétique, avec la couleur, les ombres chinoises… C’est très réussi et ça participe vraiment à l’atmosphère assez particulière. J’aime bien la vision de Paris d'Attila parce qu'on est comme dans Le Samouraï de Melville. Quand je lui écrivais que la scène se situait dans une brasserie parisienne, dans le XVIe, du coté du parc Monceau avec les lumières, les miroirs et tout, il me faisait un café tout pourri tout au fond de Montreuil... Au début, je me disais que ça ne ressemblait pas vraiment à une brasserie... Puis, je me suis dit que ça avait un coté poétique. J’aime bien cette vision un peu désuète de Paris. J’ai eu le même problème avec le dessinateur (Kanellos Cob, NDLR) du bouquin que je vais sortir chez Steinkis. Il est Grec, vit à Athènes, et quand je lui ai demandé « plan général de Paris », il m’avait mis Notre Dame avec la Tour Eiffel à droite, dans le XIIe. Et non ! La Tour Eiffel est à gauche (rires) ! C’est marrant cette vision de Paris, des lieux, du point de vue des gens qui ne connaissent pas. J’aime bien ça en fait ! Je ne suis pas toujours amoureux d’un réalisme absolu. Je n’ai pas besoin de reconnaitre l’immeuble au coin de la rue à Taiwan si j’y suis déjà allé. Il y a des BD où c’est bien et il y a des BD où ce n’est pas nécessaire. Il y a des albums où l'on peut se permettre une sorte de distance et, dans le cas présent, ça marche bien. C’est bien dans l’esprit de ces films des années 60, des très bons polars français. 

Une vision particulière aussi, c’est d’avoir un président du Sénat avec une queue de cheval !

M. : Oui, c’est peut-être comme ça en Hongrie (rires). Ils sont peut-être plus fun. C’est vrai qu’on voit mal Gérard Larcher avec une queue de cheval. Ça c’est pareil, ça concourt à un style. C ‘est marrant, c’est une ambiance.

La couverture est particulièrement réussie avec ce vernis sélectif et ce personnage en contreplongée… 

M. : En général, j’essaye de rester un tout petit peu à l’écart des débats sur les couvertures qui tournent souvent au vinaigre… Je trouve qu’elle est bien cette couverture, tout le monde la trouve vraiment marquante. 

L’adaptation de Le Tueur par David Fincher, une bonne nouvelle ?

M. : Ah oui ! Comment ça pourrait-elle être mauvaise ? Quelqu'un l’autre jour m’a demandé si je ne regrettais pas que ce ne soit pas un film français… Bah non… Fincher, Fassbender, le scénariste Kevin Walker, c’est le haut du panier, je ne peux pas vraiment demander mieux…

Ça s’est présenté comment ?

M. : Tout remonte à quatorze ans quand Paramount a pris une option sur les droits. L’option a expiré puis il y a eu le turnaround et finalement c'était mort, c’est tombé à l’eau. Je suis toujours resté copain avec Fincher, on a travaillé sur Le Dahlia noir, l’adaptation en BD pour Rivages Casterman Noir puisqu'il devait faire le film. Je lui ai dit que s’il avait déjà réfléchi à l’adaptation, ça m’intéressait qu’on y travaille ensemble. On a donc fait ça ensemble puis, à la fin de ce travail-là, je me suis dit que je n’allais pas laisser tomber l’affaire et que j’allais essayer de relancer l'adaptation pour Le Tueur. J'ai écrit un scénario dans ce but et c’est reparti comme ça. Cette fois, il semblerait que ça aille à son terme. Je suis toujours prudent parce que comme je le disais, quatorze ans, c’est assez long.

Un long métrage ?

M. : Oui, pour Netflix.

Les treize albums seraient repris ?

M. : Non, c’est un scénario original qui suit un peu le premier cycle mais pas tout à fait. Moi ça me va très bien.

Vous avez donc écrit le scénario, mais participez-vous également au projet ?

M. : J’ai juste écrit une mouture pour relancer la machine.

Savez-vous s'ils ont réussi à régler le problème de la narration à la première personne ?

M. : Je ne sais pas exactement. Je pense qu’on garde une voix off.

On parle donc de Michael Fassbender pour le premier rôle...

M. : Je ne me suis jamais trop posé la question mais je trouve qu’il correspond bien. Je trouve que c’est un bon choix parce qu’il a un visage assez marmoréen et en même temps assez expressif. Fincher m’avait demandé comment je voyais Le Tueur et qui je verrais dans le rôle. Je lui avais répondu que pour moi c'était un homme qui pouvait passer inaperçu dans la foule et il m'avait répondu qu’il avait pensé à Brad Pitt (rires) !!! Ça ne doit pas être la même foule que je connais ! Le premier tome est sorti en 1998. Quand je pensais à ça à l’époque, je voyais plutôt Andy Lau. Le Tueur, à l’origine, c’est quand-même une sorte d’hommage au Samouraï de Melville. Je trouve que Andy Lau ressemble un peu à Delon, le type mince, brun, élégant, racé. Je trouve que Fassbender est un choix vraiment intéressant.

Aura-t-il un nom dans le film ?

M. : Je ne sais pas. Il y aura forcément des noms d’emprunt comme dans la BD. J’ai réussi à faire plein d’albums successifs où on ne sait jamais les noms du personnage ni de sa copine et c’est une contrainte d’écriture hyper lourde. Je pense que ce n’est pas forcément la peine de se compliquer la vie de ce coté là. 

En fin d'année, chez Steinkis, un album sortira sur l’histoire de Étienne Weil...

M. : Étienne est un ami qui a plus de 80 ans et que j'ai connu quand j'étais étudiant en droit à Assas (Université Paris II, Panthéon-Assas, NDLR). Il tenait une librairie de bouquins d’occasion Boulevard du Port Royal et j’ai trouvé chez lui un ouvrage que je cherchais désespérément, La Correspondance de Kleist. J’écumais les librairies une par une parce que le bouquin était épuisé et je l’ai finalement trouvé chez lui. On a beaucoup discuté, on a sympathisé et j’y suis retourné régulièrement. Ça remonte à vint-cinq ans. On est toujours restés en contact, je lui passais mes BD quand il y en avait qui pouvaient l’intéresser et c’est lui qui m’a donné l’idée de faire le bouquin Le Travailleur de la nuit. À un moment on discutait de scénarios, de trajectoires, de destins exceptionnels et il m’a dit qui était Alexandre Jacob dont je n’avais pas connaissance. Je l’ai soupçonné de vouloir me vendre les deux énormes pavetons de sa correspondance et la biographie qui allait avec mais je les ai quand-même achetés et lus et je me suis dit qu’effectivement c'était un super sujet et un super personnage. J’ai donc fait cet album qui est sorti chez Rue de Sèvres, avec Léonard Chemineau, qui a bien marché d’ailleurs, c'était un vrai succès. Après ça on a discuté et il m’a raconté son histoire au Chambon-sur-Lignon et il m’a dit que ce serait un sujet intéressant pour une BD. Étienne a été acteur de théâtre et de télévision dans ses jeunes années. On a monté le projet et je l’ai proposé à Moïse (Kissous, Président de Steinkis, NDLR).

Comment s’est fait le choix du dessinateur ?

M. : C’est l’éditeur qui a apporté le dessinateur. C’est un des très rares cas où j’ai proposé un scénario à un éditeur qui me dit qu’il va trouver le dessinateur. En général ça n’arrive jamais. Kanellos Cob est un dessinateur grec avec qui le travail se passe très bien. Il est très sérieux, très régulier dans son travail. La coloriste est aussi Grecque et vit à Angoulême (rires). La sortie de l'album est prévue pour octobre.

Deux autres albums vont sortir à peu près au même moment...

M. : Oui. Il va aussi y avoir le tome 3 de Le Tueur - Affaire d’état, donc le numéro 16 en tout chez Casterman et le tome 6 de Tango chez Le Lombard avec Philippe Xavier. Je pense que je n’oublie rien.

D'autres albums prévus ?

M. : Il y a une série - pour l’instant un album - chez Dargaud avec Fred Simon qui est un polar ultra franchouillard. C ‘est un bouquin que je rêvais de faire depuis très longtemps, en argot classique qui se déroule à Paris dans les années 50-60. Je travaille en ce moment sur la fin du scénario d’une adaptation d’un roman d’Olivier Norek pour les éditions Michel Lafon. C’est un polar contemporain français que je fais sous l’égide de Norek. J’ai aussi dans les tuyaux un gros one shot chez Casterman avec Frédéric Bézian… On va changer complètement de style. Ce sera une fable buco-écologiste philosophico-bucolique (rires).








Propos recueillis par L. Gianati et C. Gayout

Bibliographie sélective

Le tatoueur

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Le tueur
1. Long feu

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Le travailleur de la nuit

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Note: 4.6/5 (40 votes)

Tango (Xavier/Matz)
1. Un océan de pierre

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Corps et âme (Hill/Matz/Jef)
Corps et âme

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Note: 4.2/5 (44 votes)

  • Jef
  • Jef
  • Matz
  • Hill, Walter
  • 03/2016 (Parution le 16/03/2016)
  • Rue de Sèvres
  • 978-2-369-81286-9
  • 126