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« Les familles d’accueil ont énormément de devoirs et très peu de droits »

Entretien avec Tiffanie Vande Ghinste

Propos recueillis par L. Gianati, L. Cirade et C. Gayout avec l'aimable participation de V. Manera Interview 23/04/2021 à 11:01 2143 visiteurs

Deuxième album de Tiffanie Vande Ghinste après Dryades, édité également chez La Boîte à Bulles, Déracinée aborde le difficile thème des familles d'accueil. Entre incompréhension des services sociaux et absurdités administratives, la jeune autrice belge livre un récit rempli d'humanisme, de poésie et, bien évidemment, de nature.  Fille de parents accueillants, elle connaît forcément bien le sujet. 

Comment vivez-vous ce confinement ?

Tiffanie Vande Ghinste : En tant qu’autrice, ça ne change pas tant que ça. J'étais déjà dans ce projet-là, ça m’a permis de le finir à l’aise. Je ne l’ai pas si mal vécu par rapport peut-être à d’autres artistes ou d’autres corps de métier. Je n’ai pas à me plaindre.

Les familles d'accueil en Belgique ne sont pas rémunérées. Comment fonctionnent-elles économiquement ?


T.V.G. : En fait, ça fonctionne beaucoup avec les allocations familiales. Les enfants qui sont accueillis vont avoir des allocations un peu plus élevées que les autres et, normalement, il y a des dépenses qui sont prises en charge par l’État Belge comme tout ce qui est dentiste, médecin...

De ce fait, les vocations sont-elles nombreuses ?

T.V.G. : Je ne sais pas. Ce dont je suis sûre, c’est qu’il n’y en a pas assez par rapport à la demande. Je n’ai pas de chiffres. Quand j’ai lancé ce projet, je voulais aller interviewer plein de gens, je voulais voir le point de vue des juges, le point de vue des assistantes sociales ou assistants sociaux. Puis, en y réfléchissant, ça m'a paru insurmontable. Je me suis rendue compte que ce dont j’avais besoin ou envie d’exprimer concernait plus les émotions ressenties, la façon dont je l'avais moi-même vécu. J’ai pris ce parti là et, du coup, il y a plein de choses pour lesquelles je ne suis pas au courant. J'étais plus dans l’émotionnel. Depuis mon enfance, la situation a sans doute évolué.

Votre récit se déroule en 2012…

T.V.G. : C’est une date approximative parce que j’ai réinventé beaucoup d’évènements.

Pourquoi n’avoir pas fait une œuvre autobiographique ? Par pudeur ?

T.V.G. : Oui, c’est pour protéger mes sœurs d’accueil. Je ne voulais pas qu’elles soient reconnaissables, je ne voulais pas que ça puisse leur retomber dessus de quelque manière que ce soit, ni sur mes parents d’ailleurs.

Quand on jette un œil sur le jeu de l'oie présent dans l'album, ça ne donne pas vraiment envie !

T.V.G. : Non ! Je pense que les personnes qui se lancent dans cette aventure devraient aussi savoir que ça va être difficile. C’est quelque chose d’incroyable et de magnifique mais ce n’est pas évident.

Cela peut-être même traumatisant quand la justice retire un enfant d'une famille d'accueil...

T.V.G. : Malheureusement, souvent, en Belgique en tout cas, les familles ont très peu leur mot à dire. Elles ont énormément de devoirs mais très peu de droits en fait. La famille biologique va passer avant.

Ce qui est contradictoire, c’est d’avoir une famille nombreuse et de se retrouver souvent seul face aux difficultés rencontrées...

T.V.G. : Voir mes parents demander de l’aide sans que personne ne leur tende la main, c'était vraiment terrible. Non seulement on ne les aidait pas mais, en plus de ça, on leur mettait des bâtons dans les roues, on les accusait.

Véronique, avez-vous également cette expérience de solitude en tant que famille d’accueil ? (Véronique est famille d'accueil en France, NDLR)


Véronique Manera : La seule différence se situe au niveau du salaire mais sinon, c’est exactement pareil. Ce livre pourrait être écrit par un assistant familial français. Il n’y a aucune aide, rien, on nous accuse et on a énormément de devoirs, de responsabilités et très peu de places.

T.V.G. : Donc en France ça ressemble fort à ce qu’il se passe en Belgique alors ?

V.M. : Ça va dépendre des départements. Chez nous c’est le département qui gère. J’ai travaillé dans les Bouches Du Rhône et dans le Var et pour le coup c’est pareil.

De plus, votre vécu est actuel contrairement à celui de Tiffanie…

V.M. : En effet, ça ne se passe pas en 2012, c’est maintenant, et c’est exactement pareil.

Tiffanie, vous dites avoir eu du mal à "accoucher" Déracinée. Encore plus que Dryades ?

T.V.G. : Ah oui, c'était dur ! C'était dur parce que je parlais d’émotions qui étaient vraiment super fortes. J’ai vraiment une affection très puissante pour ma famille et c'était vraiment très important pour moi d’être le plus juste possible. De pouvoir à la fois exprimer le plus de choses possibles, que ce soit compréhensible tout en respectant les membres de ma famille. J’ai dû un peu jongler entre « je veux tout dire » et « je veux préserver ma famille ». Ça a été très minutieux de devoir faire attention à tout ça.

Votre famille était au courant de votre projet ?

T.V.G. : Je leur ai demandé l’autorisation et je leur ai proposé de lire au fur et à mesure, de lire mon dossier et personne n’a voulu. Ils m’ont dit qu’ils me faisaient confiance. C'était chouette, c'était une super preuve de confiance. Là, ils viennent seulement de la lire.

Alors, qu’en ont-ils pensé ?


T.V.G. : Ça a été vraiment très émouvant parce qu’ils ont aimé et qu’on a tous pleuré. C'était vraiment magnifique comme moment. Là, ils ont un retour énorme, notamment sur les réseaux mais aussi par leurs amis et peut-être que cette solitude qu’ils ont ressentie, grâce au livre, peut-être les gens comprennent mieux ce qu’ils ont traversé, ce qu’on a pu traverser. Je dis toujours « ils » mais j’en fais partie... Tant qu’on n’est pas dedans, c’est difficile à comprendre et j'espère que cette BD aidera à montrer ce qu’il se passe à l’intérieur d’une famille d’accueil.

Même si Dryades et Déracinée sont deux BD très différentes, on retrouve des similitudes : un Bruxelles toujours très gris et le désir de retrouver quelque chose de plus naturel...

T.V.G. : Oui. Dans Dryades, c'était en même temps le plaisir de la découverte de la ville tout en voulant la transformer en quelque chose de plus naturel. Dans Déracinée, je montre clairement mon amour pour la nature et j’irai même plus loin en disant pour la nature belge parce que les Belges ne sont pas très fiers de leur nature et je trouve ça dommage. Il y a vraiment des endroits merveilleux et, par des petits clins d’œil, j’ai voulu montrer des plantes sauvages comestibles, ou des endroits un peu plus naturels. L’écologie c’est super important.

Dans Dryades les deux amies font des tisanes aussi, des potions...

T.V.G. : Oui, c’est un peu le thème de la sorcière qui, à mon avis, sera toujours très présent dans ce que j’écrirai parce que ce sont des personnages qui me fascinent et qui m’inspirent beaucoup.

Dans Déracinée, la couleur est très importante...

T.V.G. : Oui et c'était un peu pour passer de Dryades qui était quasi en noir et blanc, à Déracinée. J’ai eu des retours de personnes qui ne voulaient pas que je passe à la couleur et du coup j’ai essayé de le faire en douceur.

Les trois assistantes sociales font penser aux trois Parques de la mythologie romaine…

T.V.G. : Oui, quelqu'un m’a aussi dit qu’elle ressemblaient aux Triplettes de Belleville, c’est une chouette référence. J’ai voulu faire quelque chose de très caricaturé. J’ai un peu exagéré, ça ne se passe pas toujours aussi violemment que ça, heureusement. Du coup, j’ai clairement caricaturé ces personnages.

La justice et son bâtiment immense, sont-ils aussi caricaturés ?

T.V.G. : Bien sûr, je caricature tout ce qui est justice et assistante sociale parce que je voulais vraiment qu’on puisse ressentir l’injustice et le ballottement. Ce truc gigantesque, qui nous écrase, quelque chose de presque pas humain, une espèce de machine qui ne prend pas vraiment en compte les gens. Mais je dois dire quand-même que mes deux sœurs ont eu quelques juges qui étaient parfois des personnes plus humaines.

Nous parlions de l’effet causé par les gigantesque portes du tribunal. D’une manière générale, vos perspectives sont très réussies dans votre livre, vous semblez bien à l’aise avec ça mais un peu moins avec les véhicules !


T.V.G. : (rires). Le véhicule dans lequel la famille se déplace, le bleu turquoise, c’est vraiment le véhicule de mon enfance et je l’ai un peu dessiné comme je m’en rappelle. Du coup, il ne ressemble pas trop à une vraie voiture.

Les jardins sont aussi très beaux, on vous imagine avec de nombreux carnets de croquis sur vous...

T.V.G. : J’adore faire des carnets de voyage, j’adore dessiner sur le moment. Je parlais tantôt des plantes sauvages et c’est quelque chose qui me passionne. Je fais des balades nature avec des guides et je dessine les plantes que l’on étudie. Oui, clairement il y a un coté botaniste.

Le personnage de Billie avec les cheveux à la « Raiponce » et des lunettes improbables, vous l’avez imaginée comment ?


T.V.G. : Je me suis caricaturée ! Vous pouvez voir mes lunettes et mes cheveux ! Pour les autres personnages, j’ai vraiment essayé de m’éloigner un peu plus de la réalité tout en restant quand même un petit peu fidèle…

La cabane en hauteur, c’est un vrai souvenir ou une invention ?


T.V.G. : C’est un peu des deux. La maison existe vraiment, elle est vraiment comme ça. Elle n’est pas mauve mais rouge et la cabane n’est pas dans les arbres mais par terre, donc elle existe vraiment aussi.

On a le sentiment que la maison est une bulle et que la confrontation avec l’extérieur est nécessairement sévère voire brutale...

T.V.G. : Oui, je ne peux que dire que je suis d’accord. (Sourire)

La couverture a-t-elle été mis du temps à germer dans votre tête ?

T.V.G. : Non, je n’ai pas hésité une seconde. Je voulais faire cette espèce d’arbre généalogique avec les deux filles d’accueil qui ne sont pas dedans mais qui essayent d’y monter. Pour moi, Soledad hésite, elle ne sait pas si elle veut y monter ou si elle veut créer ses propres racines…

On repense à l’expression « tu n’as qu’à faire comme si » et justement ce n’est pas si simple. C’est plus que compliqué de grimper à l’arbre et de choisir les autres branches...

T.V.G. : Oui c’est clair, je pense que quand on est abandonné comme ça par ses parents biologiques, ça doit être très très difficile de trouver sa place, de se sentir à l’aise dans une famille ou même dans la vie. J'espère vraiment que mes sœurs pourront trouver leur place et leurs racines.

Y a-t-il une symbolique pour la pieuvre créée par le petit garçon ?

T.V.G. : Il n’y en a pas. Je cherchais un animal un peu fantastique qui pourrait servir d’arrosoir et j’ai pensé au poulpe. En effet, il n’y a rien derrière mais on pourrait aller chercher le fait qu’il a huit membres et qu’il y a huit personnes dans la famille, pourquoi pas ? J’avoue que quand je l’ai fait je n’y ai pas réfléchi.

Êtes-vous toujours libraire ?

T.V.G. : J’ai arrêté.

Lorsque vous étiez libraire, vous êtes vous nourrie de lecture, de bande dessinée, de mythologie peut-être ?

T.V.G. : Énormément de BD évidemment. Des romans aussi, sur la mythologie, sur les sorcières... J’ai lu un peu d’essais aussi mais je ne vais pas me vanter d’en avoir lu beaucoup. Bref, beaucoup de BD et de romans.

Parmi les BD lesquelles vont ont particulièrement influencée ou vraiment plu ?

T.V.G. : Comme je travaille au crayon de couleur, je suis hyper fan de Julie Delporte évidemment. J’aime aussi beaucoup l’univers de Camille Jourdy. Je suis aussi une grande fan de Larcenet et ça ne se voit pas (rires) !

Travaillez-vous en musique ?


T.V.G. : Quand j’écris et je storyboarde, je travaille en silence. Quand je suis passé au crayonné et à la couleur pour Déracinée, j’ai surtout écouté des histoires. J’ai écouté par exemple des gros classiques comme Les Frères Karamazov, des Fred Vargas... J’ai aussi écouté des podcasts. J’avais plus envie d’écouter des histoires que de la musique en dessinant.

La BD est sortie le 7 avril (notre entretien se déroule 3 jours plus tard, NDLR). Avez-vous déjà eu des retours, mis à part ceux de votre famille ?

T.V.G. : J’ai eu une super chronique à La Première, la radio belge, qui était une critique dithyrambique par un super chroniqueur BD. Je suis vraiment très heureuse. J'espère que ça va continuer.





Propos recueillis par L. Gianati, L. Cirade et C. Gayout avec l'aimable participation de V. Manera

Bibliographie sélective

Déracinée - Soledad et sa famille d'accueil

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Dryades

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Moi aussi je voulais l'emporter

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