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« L'hôpital, ce n'est pas Disneyland »

Entretien avec Nicolas Keramidas

Propos recueillis par L. Gianati et C. Gayout Interview 16/03/2021 à 11:14 1718 visiteurs

Connaître un auteur c'est essentiellement connaître son travail et ses œuvres. Sa vie privée lui appartient, encore que cela puisse donner lieu à des interminables débats dont il est nul question ici. Nicolas Keramidas a choisi de mettre en images un épisode de son existence dont peu de monde était au courant. Opéré à cœur ouvert étant enfant, il subit à nouveau cette redoutable épreuve quarante-trois ans plus tard. Douleur, souffrance et solitude mais aussi amour, espoir et humanité imprègnent cet album, quasiment indispensable.


Attendre 10 mois pour la sortie de l’album, c’est du stress ou de l’impatience ?

Nicolas Keramidas : De l’impatience oui, mais pas du stress. Au départ, il s’agit plutôt de frustration évidemment. Je m’étais calé cette date (L'album aurait dû paraître au mois d'avril 2020, NDLR) et quand on fait un album et qu’on a une date de sortie, ça devient immédiatement un objectif. Lorsque cet objectif arrive et que ça disparait… Nous avons eu pas mal de discussions avec l'éditeur, la sortie aurait pu être en septembre ou à Noël. Dupuis ne pensait pas que c'était une bonne idée de le sortir en septembre mais ils m’auraient suivi si j'avais insisté. Le souci, c’est que nous n’avions aucune visibilité... En fait, j’ai arrêté de me battre là-dessus aussi parce qu’il m’est arrivé d’imposer des choses à un éditeur qui se sont avérées être un mauvais choix finalement. Je pense que c’est chacun son métier. J’ai donc essayé de prendre l’attente autrement, je me suis dit qu’il n’était pas encore sorti et que tout ce que je devais vivre par rapport à sa sortie je le vivrai quand-même par la suite.

Sortir l'album en janvier coïncidait avec le FIBD...

N.K. : ...qui n'a finalement pas eu lieu. Disons qu’on apprend tout au fur et à mesure. C'était l’argument de Dupuis en plus, de dire qu’on allait faire une grosse sortie pour Angoulême puis on a appris qu’il n’y en avait plus. On aurait pu décaler encore mais ça n’avait pas de sens. Il vaut mieux apprendre à vivre avec ce qu’il y a actuellement et continuer à sortir des bouquins. Au final, on a encore eu chaud parce qu’il est sorti il y a un mois et c'était pile poil la veille où ils risquaient d’annoncer un nouveau confinement. J’ai eu peur, je me disais qu’il allait sortir et que nous allions être confinés et qu’il n’allait avoir qu’un jour d’existence. Maintenant, ça fait un mois qu’il est sorti et j’ai pu faire des dédicaces, beaucoup de promo. Je suis rassuré, il a eu une vie à peu près normale alors que c’est assez compliqué en ce moment.

Pourquoi avoir choisi les éditions Dupuis ?

N.K. : C’est essentiellement à cause de Frédéric Niffle. Nous avons tous les deux des rapports un petit peu tendus, conflictuels. Nous avons collaboré sur l’Atelier Mastodonte dont il m’a viré. Nous ne nous sommes pas parlés pendant un petit moment. Il revenait tout de même régulièrement à la charge pour me dire qu’il aimait quand même beaucoup ce que je faisais et qu’il aimerait vraiment que nous fassions quelque chose ensemble. Quand j’ai eu l’idée de ce livre, Glénat voulait le faire, Soleil également, tout le monde était partant. Mais je pense qu’ils voulaient le faire pour de mauvaises raisons. Comme j’ai déjà fait une vingtaine d’albums qui marchent à peu près correctement, ils ne risquaient pas grand chose. Il n’y a que Frédéric Niffle et Julien Papelier de chez Dupuis qui m’ont vraiment montré qu’ils voulaient le faire et, d’entrée de jeu, ils ont commencé à m’embêter dessus. Ils ne m’ont pas laissé faire ce que je voulais faire, c'était le but. Ce bouquin n’aurait pas été le même sans Niffle. J’ignore s’il aurait été moins bien ou mieux, peu importe, je sais que je suis content du résultat. Il a vraiment apporté ce qu’il me fallait de rigueur. Chaque case lui appelait des questions. Il a joué le rôle du lecteur qui ne comprend rien afin d’avoir un album le plus fluide possible.


Le changement par rapport au projet de départ, c'est aussi l'apparition de la couleur ?

N.K. : Oui. Au départ, c'était du noir et blanc, cent pages, pas de crayonnés, un truc très « jeté ». C’est Frédéric Niffle qui a transformé ça en album couleur de deux-cents pages. Il a eu raison en fait. J’avais commencé à faire quelques planches et il me posait beaucoup de questions pour savoir où ça se passait. Je lui ai répondu que ça se passait dans la salle d’attente de mon cardiologue. Il m’a demandé si mon cardiologue avait réellement une lampe avec des franges, un bureau avec des moulures... Je lui ai répondu que j’avais tout inventé pour le décor… Il m’a fait remarquer qu’il avait l’impression d’être chez ma grand-mère et qu’il n’y croyait pas du tout et que si je voulais que les gens croient à mon récit il fallait que chaque lieu, chaque hôpital, chaque salle d’attente devaient être vrais. Que je pouvais toujours rencontrer quelqu'un qui a vraiment été à l’hôpital de Grenoble, qui a fait tel examen et qu’il faut qu’il le reconnaisse immédiatement. Le bouquin a complètement changé. J’ai été dans le lieu de documentation de l’hôpital où j’ai rencontré le responsable qui m’a donné une clef USB gavée de photos et c’est ici que mon livre a pris un tout autre essor et un nouvel élan. L’avantage de Niffle également c’est qu’il est éditeur indépendant pour Dupuis et qu’il gère une quinzaine d’albums à l’année, ce qui n’est pas le cas de la plupart des éditeurs qui tournent à 50 ou 100. De ce fait, il connait les quinze par cœur, il les bichonne et il essaye d’en faire quelque chose à chaque fois.

Avez-vous toujours eu en tête de raconter ces événements ?

N.K. : Pas forcément dans un bouquin entier parce que je ne savais pas, à l’époque, qu’il y aurait une deuxième opération. Mais en tous cas les vint-cinq premières pages qui parlent de mon enfance, ça, oui. Les anecdotes que j’ai tournées en boucles plein de fois et que j’avais envie de raconter parce que je les trouvais assez marrantes, celle de la bille, du requin… C’étaient vraiment des trucs que j’avais depuis longtemps mais je me suis dit que ça ne ferait jamais un album. Je m’étais même dit que si jamais il y avait, pour X raisons, un collectif ou quoi que ce soit où on me demande une petite histoire je pourrais bien raconter ça. Il n’y a que quand j’ai appris que j’allais avoir une deuxième intervention, même si ça n’a pas été immédiat, que je me suis tout de suite dit que j’allais prendre des notes, surtout pour ne rien oublier. On n’oublie pas les grandes lignes mais on oublie tous les détails et ce qui fait un bon livre pour moi, ce sont plus les détails que les grandes lignes. C’est à ce moment que je me suis dit qu’il y avait matière à récupérer toutes ces anecdotes. Ça a été compliqué parce qu’au début il n’y avait pas du tout l’intention de faire un bouquin, je disais que peut-être on n’en ferait rien, peut-être que ce sera un roman, une BD... J’ai longtemps envisagé le roman mais, n’en ayant jamais écrit, je ne savais même pas par où commencer. Déjà que lorsqu’on fait une BD on la lit plein de fois je ne voyais même pas comment faire avec un roman ! J’imagine que lorsqu’on fait un roman de cinq-cents pages on doit le lire au moins vingt fois, ça doit être énorme. Le naturel est revenu vite car la BD c’est ce que je fais et il y avait surtout l’idée à un moment donné de faire mon album seul. C'était une petite, toute petite frustration. J’ai fait dix-neuf albums, j’en ai fait dix-huit avec scénaristes et coloristes à chaque fois et l’envie de faire quelque chose tout seul a germé petit à petit.

Auparavant, vous n’aviez jamais pensé à faire une fiction ?

N.K. : Pour faire une fiction il faut avoir quelque chose à raconter. Seul, je n’allais certainement pas faire d’Heroïc-Fantasy ou des choses que j’ai déjà faites, pour qu'on me dise que c’est mieux quand c’est Trondheim qui écrit ou quelqu'un d'autre. J'ai donc dû éliminer pas mal de thèmes. Il fallait aussi trouver le bon sujet et ce dernier est venu à moi tout seul.

Tout l’album est chronologique sauf le début du livre et l'anecdote de la bille…


N.K. : Je vous avoue qu’au départ nous ne savions pas trop comment commencer le bouquin. Je n’ai pas de méthode particulière, n’en ayant jamais fait seul auparavant, surtout pour un bouquin de deux-cents pages… Au début, j’ai d’abord pris plein de notes et, par la suite, j’ai fait plein de storyboards de séquences. J’ai très vite fait l’épisode de la bille, celui du requin. Ensuite, il y avait les séquences de l’IRM et ainsi de suite. À un moment donné, j’avais une espèce de puzzle avec un nombre de séquences énorme et on a essayé plein de trucs, chronologique ou pas, avec des flashbacks, avancer dans le temps, revenir, etc... Je me suis dit que c'était déjà suffisamment dense, chargé et long comme bouquin sans qu'il n'y ait à rajouter des effets de style un peu gratuits. Il ne faut le faire que si ça apporte quelque chose au récit. Nous avons donc choisi de suivre l’ordre chronologique et il y avait quand-même cette phrase qui est venue très vite, ce « aussi loin que je me souvienne je me suis toujours connu avec une cicatrice… » et je me suis dit que c'était un bon point de départ. De même, au fur et à mesure que l’on avançait, je n’avais pas cette fin et j’essayais de voir jusqu’où aller. J’aurais pu continuer l’histoire jusqu’à aujourd’hui. Sur une histoire comme ça, on peut se poser la question. Il y a d’ailleurs des séquences que j’ai retirées, un épilogue que j’ai enlevé, je me suis dit qu’à un moment donné il fallait s’arrêter. J’ai eu cette idée des projections et là, ça a vraiment changé, je savais comment faire et c'était plus simple.

Avez-vous justement réalisé toutes vos projections ? Y compris nager avec les tortues ?

N.K. : Oui je l’ai fait ! J’ai d’ailleurs presque tout fait dans le même voyage. Quand je suis allé en Calédonie, j’ai nagé avec les tortues et sur la route je me suis arrêté au Japon. J’ai à peu près tout fait parce que je suis allé au ski, je suis retourné en concert, Saint-Michel évidemment. Je trouve que le coup des projections résonne vraiment avec ce que l’on vit actuellement. Les gens sont confinés et tout le monde est en train de se dire que cet été on veut aller à la mer, l’hiver prochain on ira enfin au ski à nouveau et c’est ce qui aide tout le monde à tenir. Si on commence à dire dès maintenant que cet été il n’y aura pas de mer, je pense qu’on va perdre beaucoup de gens. C’est vrai que je l’ai fait et que c’est vraiment un truc qui t’aide à tenir, de s’imaginer, c’est une manière d’avancer, de se motiver.

Tout est authentique dans ce que vous avez écrit ?


N.K. : Oui...  même si je n’ai pas été sur des lits aux grands pieds, il y a quelques petits effets… Mais sinon, c’est le principe de l’autobiographie. Soit on est prêt à tout raconter, soit on ne le fait pas. De même que la censure, logiquement, on ne s’en met pas. Si on se censure toutes les dix pages, ou si jamais on n’a pas envie de se mettre tout nu il ne faut pas le faire, ça ne sert à rien. Du moment où j’ai décidé d’attaquer, j’ai tout noté. Il y a peut-être quelques éléments que j’ai tempérés par rapport à la réalité mais globalement tout est vrai.

Le cathétérisme cardiaque a tout l'air d'une vraie séance de torture !

N.K. : De toute façon, j’ai découvert plein de trucs effectivement. Ce qui a confirmé mon envie d’en faire un bouquin, c’est que quand on va à l’hôpital pour un truc comme ça, une opération un peu lourde, c’est vraiment un univers à part entière. Quand on croit avoir eu mal, on se rend compte qu’en fait il y a d’autres choses pour lesquelles on peut avoir encore dix fois plus mal, que quand on croit que c’est fini, ça peut ne pas l’être. C’est vraiment étrange. En effet, le cathétérisme c’est ce qui m’a fait le plus mal. De plus, le coté frustrant de la chose, c’est que c'était plutôt un essai pour éviter le pire, à savoir l’opération, et finalement ça rend fou parce que c’est vraiment une histoire de microns de millimètres, ça passe ou pas, c’est jouable ou pas. Ils ont vraiment tout essayé, c’est pour ça que je ne peux pas vraiment leur en vouloir. Le problème c’est que pour faire les tests vous êtes obligé d’avoir mal, ce n’est pas un truc abstrait. Quand finalement on vous appelle pour vous dire que ce sera à cœur ouvert parce que les résultats ne sont pas concluants, c’est frustrant… En plus, ils disent que la science évolue tellement vite que peut-être dans trois semaines ou un mois ça serait peut-être bon mais que ce serait peut-être vous qui ne le seriez plus… Ils expliquent qu’on pourrait passer notre temps à courir après mais qu’à un moment donné il faut prendre une décision. J’avoue qu’en tout cas je ne connaissais pas du tout cet examen et que ça a été difficile. Il y a aussi les drains qui peuvent être très douloureux quand on vous les arrache. L'univers de l’hôpital, c’est pas vraiment un truc qui me plait. De toute façon il n’y a pas grand monde qui aime. Globalement quand on va là-bas, on ne va pas très bien. Même si le but c’est d’aller mieux, ce n’est pas Disneyland.

La notion de solitude est omniprésente alors même que vous étiez très entouré...

N.K. : Ma femme a été hyper présente, il n’y a aucun souci là-dessus, elle s’est fait autant de mouron que moi à tous les niveaux. Par contre, c’est vrai que malgré tout quand elle disait que c'était dur aussi pour elle, elle était quand-même chez nous, ça lui est arrivé de sortir boire des bières avec des copains ou des copines juste pour discuter un peu, et rien que ça, j’en aurais fantasmé. Il y a quand-même une grosse différence entre « on est seul chacun de notre coté » mais en même temps son quotidien n’était pas du tout la même chose. Être à l’hôpital, c’est une sorte de solitude, un confinement aussi. Aller boire un verre devient un objectif ultime. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait en sortant. J’ai tout fait un peu trop vite ! Dès le départ on m’avait dit qu’il faudrait trois mois pour être à nouveau à cent pour cent et j’avais noté la date dans l’agenda ! Au bout de trois mois j’ai tout refait, je suis allé à Angoulême, j’avais été à un concert… Alors oui, c’est vrai qu’on est à peu près à cent pour cent mais en fait on n’y est pas vraiment, c’est plutôt cent pour cent de quelqu'un qui a vécu dans une grotte pendant trois mois ! Même si quand on sort on est physiquement au max, on sent qu’on est pas du tout à la hauteur. La première fois que je suis allé à la Fnac c'était du délire, on a tellement l’impression d’être fragile, c’est un truc de fou. Donc oui on est seul, les services ne sont pas là pour te rassurer spécialement ou t’accompagner particulièrement, ce n’est pas le but.

Est-ce de là qu’est venue l’idée de la couverture avec ce personnage seul ?

N.K. : Au début, la couverture devait être celle du dos sauf que j’avais les fesses à l’air et qu’il y avait du sang dans la poche et de l’urine dans le pistolet. C’est resté la couverture jusqu’à trois mois avant de rendre le bouquin. Au moment où je suis en pleine bourre pour terminer le bouquin et que je n’ai pas le temps de penser à autre chose, comme souvent avec les éditeurs, je reçois un mail de Niffle qui me dit « écoute, on a réfléchi, ce n’est pas la bonne couv’… ». C’est une spécialité des éditeurs : ils vous disent que ce n’est pas la bonne mais ils ne savent pas pourquoi voyez-vous, c’est un ressenti. Comme je vous le disais précédemment, j’ai arrêté de me battre là dessus parce qu’une fois j’avais imposé une couverture et il s’est avéré qu’elle n’était pas bonne, c’est juste que j’aimais bien le dessin. À ce moment-là, on s’était d’ailleurs plantés de manière assez significative. Je pense que s’il y a un doute il faut écouter. Donc il m’a appelé pour me le dire et ça ne fait jamais plaisir parce qu’il faut la faire pour la semaine suivante ou dans deux semaines et quand on est en plein dans le jus du bouquin et qu’on a absolument aucune idée de ce que l’on pourrait faire ça devient très très compliqué. Finalement, j’ai pensé à ce contre-champ. Après je me suis dit que si je faisais un contre-champ aussi proche on n’allait pas forcément comprendre la notion d’hôpital et j’ai un peu dé-zoomé et comme sur la première c'était la nuit j’ai eu l’idée d’éclairer juste là. J’ai aussi envoyé l’autre couv’ à Laurent Durieux pour avoir son ressenti. C’est un illustrateur d’affiches que j’adore, un graphiste énorme, qui a un sens de la composition et de l’image extraordinaire. Il m’a répondu que ça ne représentait ni le bouquin ni ce que je pouvais faire.

La couverture finale est quand-même plus optimiste…

N.K. : C’est vrai. L’autre n’était pas optimiste mais je trouvais qu’il y avait cette idée de regarder dehors. C’est marrant parce que quand je la regarde maintenant je trouve qu’elle est vachement plombée, c’est vrai qu’un lever de soleil aurait pu être pas mal. Finalement, quand j’ai fait l’autre, je l’ai renvoyée à Laurent Durieux qui m’a dit que j'étais bien tombé. C’est marrant parce que je l’ai trouvée tout de suite.

Finalement, votre couverture représente la seule chose que vous allez regretter de votre séjour à l’hôpital…

N.K. : C’est vrai ! Et pour y revenir, c’est vrai que les remarques de l’éditeur ça fait chier, c’est toujours insupportable à entendre mais j’ai vraiment arrêté de me battre pour ça. Je l’ai encore eu sur le prochain bouquin que je fais. En novembre, il leur fallait impérativement une couv’. Le scénariste a d’abord fait une espèce de crayonné, tout le monde a dit « génial c’est ça qu’il faut ! », ensuite j’ai fait le crayonné poussé et ils disaient « c’est superbe ! »J'ai demandé si tout le monde était sûr et tout le monde l’était ! Je décide d’encrer juste après ils se disent qu’en fait non, ce n’était peut-être pas tout à fait ça (rires)… Ils ont tenté de me rassurer en me disant que ce n’était pas perdu et que ça servirait pour un ex-libris mais moi j’avais passé une semaine sur mon dessin, ça rend fou ! Au final on a refait deux couv’ mais quand on est dans son bouquin, ce n'est pas simple. En fait pour la faire, soit ça vient immédiatement, soit il faut réfléchir pour trouver le bon truc et c’est hyper compliqué. Ce n’est pas juste se poser et faire des petites recherches. Ce n'est pas quelque chose qui se commande. On dit toujours que si on savait faire des bonnes couv’ on ne ferait que des bonnes couv’ et quand on y regarde il n’y a pas que des bonnes couv’. Le problème c’est que c’est ce que les gens voient en premier, c’est ce qui va faire qu’ils ouvrent ou pas le bouquin. Après j’ai bien aimé le coup de mettre le bandeau aussi, même s’il est assez fragile et que la plupart du temps il est toujours explosé, je trouve que ça rend pas mal.

Vous avez fait une conférence avec Espé, auteur du Col de Py, pour l'ANCC (Association Nationale des Cardiaques Congénitaux). Aviez-vous déjà lu son album auparavant ?

N.K. : J’en avais connaissance mais je ne l’avais volontairement pas lu. J’en ai eu connaissance au moment où j’avais commencé ce bouquin et quand j’ai pris une direction je ne voulais surtout pas en changer. Malgré tout, même si on n’a pas envie de faire la même chose, si on le lit, on va obligatoirement être influencé. Je l’ai lu il y a quinze jours au moment où j’ai proposé qu’on fasse cette rencontre. C’est assez rigolo parce que ce sont vraiment deux bouquins différents. Dans le mien, il y a beaucoup de narratifs alors qu'Espé c’est plus de bulles, vraiment de la BD. Je trouve que le narratif me permet de dire beaucoup plus de choses dans le ressenti et ça me paraît plus compliqué en bulles. Il y a aussi des choses qu’il a faites et que nous avions écartées. Je me rend compte que nous avons eu les même réflexions, faut-il raconter les opérations, faut-il raconter le langage parfois abstrait des médecins... Je trouve ça très intéressant, c’est un autre point de vue et c’est bien.

Durant tout l’album vous vous mettez au niveau du lecteur sauf deux pages où vous lâchez le texte brut, très médical…

N.K. : L’éditeur voulait que je raconte l’opération et ça a été un long débat. C’est vrai que j’aurais pu la raconter mais je lui ai dit que ce livre racontait mon point de vue et que je n’ai aucun souvenir de l’opération. Pour moi, cette opération n’a pas existé en fait. Je me suis endormi, je me suis réveillé et voilà. Quand j’ai reçu le compte rendu opératoire j’ai trouvé ça complètement abstrait. Je ne comprends même pas pourquoi on nous l’envoie, je ne suis pas sûr que même eux comprennent tout (rires) alors nous c’est même pas la peine… Ça a été une longue bataille aussi, je voulais le mettre parce que c’est finalement la seule chose médicale que j’ai de cette opération. Ils me disaient que ça ne servait à rien car les gens n’allaient pas comprendre, qu’ils allaient décrocher au bout de trois lignes, et je leur ai répondu que c'était le but… On a décidé de condenser ça dans une double page. L’idée c’est qu’on va comprendre rapidement qu’on ne va rien comprendre à ces deux pages et qu’on va passer à autre chose. Ce que je voulais montrer avec ça c'était vraiment ce que j’avais ressenti moi en recevant ce truc, quelque chose de complètement abstrait qui ne me sert à rien.

On remarque que vous demandez immédiatement à arrêter la morphine !

N.K. : J’ai des potes qui ont demandé à continuer mais moi non. On ne réagit pas tous de la même façon mais en fait quand je me suis fait opérer, je n’avais qu’une envie c'était d’aller mieux le plus rapidement possible. Dès qu’il y avait quelque chose qui me reliait à ça j’essayais de l’enlever. Après on ne peut pas tout retirer non plus et ce n’est pas a soi de décider si l’on va mieux. Et je suis très content d’avoir noté tout ça parce que sinon il n’y aurait jamais eu de bouquin comme ça.

Vous avez tout noté à partir de quand ?

N.K. : À partir de juin. En janvier, j’ai fait l’incident au foot, en juin j’apprends que je vais être opéré à cœur ouvert et entre temps il y a eu plein d’examens. En juin, quand j’apprends la nouvelle, je réalise que les six mois qui viennent de passer je n’ai rien noté et qu’à part me rappeler du nom des examens, j’ai oublié tous les détails, j’ai oublié ce qui fait le petit piment du truc. J’ai décidé de commencer à noter à ce moment là parce que j’ai réalisé que sinon je n’allais me souvenir de rien. Même si ce n’était pas forcément pour en faire un bouquin, je voulais tenir un journal de bord.

Et puis "cerise sur le gâteau", il y a votre opération de la vésicule !

N.K. : Alors ça pareil, je me suis demandé s’il fallait le mettre ou pas... Finalement j'ai trouvé que c’est étroitement lié, notamment à cause des prémisses à Saint-Malo.





Propos recueillis par L. Gianati et C. Gayout

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