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Bd à Bastia 2020 : une édition à contretemps

Entretien avec Juana Macari

Propos recueillis par L. Gianati Interview 22/09/2020 à 10:02 2110 visiteurs

À l'heure où les annulations de manifestations littéraires tombent en cascade, certains festivals de BD sont parvenus à franchir les innombrables barrières des contraintes sanitaires pour proposer une alternative. C'est le cas de BD à Bastia qui a fêté, il y a quelques jours, sa 27ème édition. Pour Juana Macari, directrice du Centre Culturel Una Volta, l'annulation n'a jamais été envisagée. Et peu importe si septembre a remplacé avril ou si l'effervescence de 4 jours a laissé place à une fenêtre plus large de 4 mois composée de deux cycles d'expositions : le plaisir, lui, reste inchangé, autant pour les visiteurs que pour les auteurs qui affichaient tous un très large sourire.



Si vous pouviez décrire BD à Bastia, quelles en seraient les caractéristiques ?

Juana Macari : Il a des caractéristiques bien ancrées et qui ont vraiment présidé à l’origine de sa création. C'était tout d'abord un festival consacré au travail des auteurs : ils y sont invités, exposés et ont tous un temps avec le public, dans le cadre de rencontres ou en ateliers. La prise de parole pour une explication sur leur travail est importante. Les auteurs ne sont pas astreints aux séances de dédicaces même si on leur laisse la possibilité de s'asseoir à une table, en fin de rencontre, pour faire plaisir à quelques lecteurs.  C’est vraiment un festival de proximité, tout est très fluide et les choses se font très naturellement. Les auteurs ont du temps puisqu’ils ne sont pas contraints, ils ont la possibilité de se rencontrer, de discuter de leur travail entre eux. Il existe aussi des rencontres professionnelles tout à fait informelles et induites par la convivialité. Ce sont vraiment les bases de la construction du festival. Il y a un autre aspect qui, malheureusement cette année, est beaucoup moins palpable, c’est le travail avec le jeune public et les scolaires. Quand le festival a lieu sur quatre jours, le week-end est tout public mais les jeudi et vendredi ainsi que le mardi suivant, il y a des visites scolaires, de la maternelle à l’université. Ce sont en tout environ 4000 scolaires qui passent chaque année. Lorsqu’on le peut, il y a souvent un travail en amont pour ceux qui sont sur Bastia. Il existe également un prix du livre des lycéens. Ce prix n'est pas décerné dans un souci de compétition mais il nous permet d’inviter les auteurs en amont du festival, de faire en sorte qu’ils rencontrent les élèves qui sont inscrits, 200 cette année, provenant de lycées professionnels ou généraux avec des profils très différents. Il y a trois cycles de rencontres et ensuite les auteurs reviennent pendant le festival pour, tous ensemble,  décerner le prix. Souvent, cette dernière grande rencontre est l’occasion d’interroger les lycéens plus que les auteurs sur leurs parcours de jury, comment ils ont pris cette fonction là, comment ils ont argumenté... Pour les élèves plus jeunes, il y a aussi un travail de médiation qui est proposé tous les ans dans les écoles, voire des ateliers puisque nous avons des classes jumelées à la programmation. Nous avons 4 classes primaires qui vont venir plus de 20 heures dans l’année en atelier. Ils créent et ils ont leur propre exposition à la fin de l’année.

En dehors du cadre du festival ?

J.M. : Oui et tout ça vient se lier à l'évènementiel parce que ces classes-là vont venir durant le festival. Il y a tout un travail de formation du regard. On le ressent beaucoup à Bastia. Chaque fois qu’on parle du festival, les gens répondent souvent qu’ils sont venus avec l’école quand ils étaient petits, et même en dehors de Bastia puisque l’on a des classes qui viennent de toute la Corse, même de Bonifacio avec 5 heures de car… On sent qu’il y a un public averti.

Des visites spécifiques sont proposées pour les écoles ?

J.M. : On propose parfois des journées entières où les enfants vont venir pour des visites guidées, faire un atelier, voir des projections cinématographiques, voir des spectacles, des lectures dessinées... Nous proposons vraiment des programmes sur mesure pour ceux qui viennent de loin. Ceux qui ont envie de venir pour une heure viennent pour une heure et on s’adapte.

Le festival compte combien de visiteurs en moyenne ?

J.M. : Si on compte tous les publics, nous allons être en moyenne sur 12.000 visites. C’est une moyenne très générale puisque nous avons un comptage dans les salles mais pas de billetterie.

En majorité des insulaires ?

J.M. : Il y a des gens qui viennent tous les ans du continent et de la région marseillaise plus précisément. Il y en a qui ne loupent aucune édition du festival et c’est assez drôle de retrouver certaines personnes d’une année sur l’autre.

Quel est le modèle économique d'Una Volta qui gère le festival ?

J.M. : Una Volta est un centre culturel qui fonctionne à l’année dont BD à Bastia est la partie visible. À l’origine, c’est une MJC créée en 1977-78 et nous avons gardé tout un fond d’ateliers et de pratiques artistiques toutes disciplines confondues. Ainsi, nous avons de la musique, du théâtre, de la danse, de l’aïkido, du yoga... Ces ateliers nous permettent d’avoir des ressources propres, ce sont les seules. C’est pour ça que nous pouvons nous permettre de nous affranchir d’une billetterie. Nous pensons que cette gratuité est très importante, notamment pour le maillage des publics. Quand on propose des expositions qui vont durer un mois, nous avons tous les mercredis après-midi nos petits adhérents qui viennent pour faire de la guitare ou du cirque et qui vont donc aussi pouvoir y accéder. En terme de financements publics, la Ville est notre premier financeur, la Région participe également beaucoup. Nous avons été conventionnés sur trois ans avec ces deux collectivités locales. Ainsi, nous sommes à la fois pôle territorial de formation et pôle d’expositions. Nous avons très peu de partenariats privés car le tissu économique en Corse nous apporte assez peu de moyens et nous manquons de temps pour les développer.

Revenons sur cette édition 2020 qui aurait dû se dérouler du 2 au 5 avril 2020. L'annonce du confinement a tout fait basculer...


J.M. : C'était très bizarre parce qu’on sentait que les choses montaient en puissance d'un jour à l'autre. En même temps, la machine était lancée et ça ne servait à rien de s’arrêter. Nous étions à deux semaines et demi de l’ouverture. Cela a été compliqué de garder la motivation et l’énergie de l’évènement qui nous tiennent habituellement. Je me souviens très bien qu'une semaine avant le confinement j'étais au CNL (Centre National du Livre, NDLR) à Paris. Nous étions réunis avec tous les festivals financés par le CNL, dont nous faisons partie, et c’est là que j’ai pris conscience que le festival pouvait être annulé. J’ai discuté avec une personne de Lyon BD qui me disait qu’elle ne savait pas trop s'il allait avoir lieu début juin alors que le nôtre devait démarrer dans deux semaines. J’attendais. La réunion du CNL s’est déroulée un jeudi et, à partir du lundi de la semaine suivante, j’ai commencé à me dire qu’il nous fallait des réponses parce que la date était proche et qu’on ne savait pas où on allait. J’essayais de demander à la Préfecture parce que je ne pouvais pas me décider toute seule, il fallait des éléments extérieurs comme un arrêté ou autre et ça ne venait pas. Il y avait quand même des décisions qui commençaient à être prises autour de nous mais pour BD à Bastia je n’avais rien et je suis restée comme ça pendant 3 jours, avec beaucoup de stress. Le mercredi soir, nous venions de terminer la résidence à l’école avec Marion Duclos et Margaux Othats. La fermeture des écoles est annoncée. Je ne me dis pas encore qu’on va annuler, juste que c’est mort pour les scolaires… Le lendemain arrive l’annonce du confinement pour le mardi suivant. Pas un seul instant je me suis dit que c'était fini et qu’on ne présenterait pas les expos, à aucun moment. Je me suis tout de suite dit, vu qu’on avait déjà les constructions, la scène à moitié montée, qu’on allait peut-être reporter au printemps, au mois de mai ou juin puisque le Centre Culturel ferme mi juillet. J’avais commencé à demander aux auteurs si c'était possible pour eux de reporter, ils ont toujours été hyper partants et ça, ça a été vraiment cool parce que nous avons changé de dates plusieurs fois et ils ont toujours dit qu’ils seraient là et qu’ils feraient tout pour venir. 

Hors de question d'annuler d'autant que 2020 est censée être l'année de la BD...


J.M. : Tout à fait, on avait les financements supplémentaires pour la résidence qu’on avait bouclée. Le plus important pour moi, c'est que les projets avec les enfants aient lieu. Il y avait aussi deux spectacles, une résidence de création Aux Champs d’honneur avec Guillaume Trouillard ainsi qu'une compagnie de danse avec son frère et un autre musicien. Ils étaient passés pour mettre au point une première ébauche. Il y avait aussi I.R.M. de Philippe Dupuy et Pierre Bastien. Ce sont les premières choses que l’on a reportées.

Le festival initial de quatre jours s'est transformée en une manifestation de quatre mois...

J.M. : Ça s’est fait parce que, quelque part, nous n’avions pas tellement le choix. L’objectif était de conserver tout ce que nous pouvions de la programmation initiale. Il fallait reporter les choses et nous ne pouvions pas les reporter toutes en même temps. Il y a treize expos… Il fallait que je trouve un moyen de proposer tout ce que je pouvais proposer et le seul moyen était d’étaler et l’idée m’a paru tout à fait intéressante puisqu’on allait consacrer plus de temps à la bande dessinée. D’habitude, nous avons une expo illustration-jeunesse en fin d’année, cette année on aura Marion Duclos, Margaux Othats et le travail des enfants.

Une programmation sur quatre mois mais en deux cycles...

J.M. : Il y a un premier cycle, du 18 septembre au 26 octobre avec sept expos. Ensuite on démonte, et on installe un autre cycle d’expositions centrées autour de ce projet « année de la bande dessinée », de résidence à l’école avec Margaux Othats et Marion Duclos du 4 novembre au 23 décembre.

La présence des auteurs a-t-elle eu lieu principalement pendant le week-end du 19 septembre ?

J.M. : Principalement, mais Margaux et Marion viendront plus tard. On avait prévu une lecture dessinée avec Olivier Kâ et Marion qui est finalement reportée au 4 novembre. Nous nous sommes dit que ce serait le bon moment pour solliciter à nouveau des scolaires. Tout s’est fait un peu en décroché tout en étant tout de même cohérent et pertinent.

Le choix des auteurs obéit-il également à une certaine cohérence ? 

J.M. : Il y a une grande tradition, c’est l’exposition thématique collective scénographiée. Cette année c’est La Fabrique des futurs autour de la Science Fiction. Ça nous permet d’imaginer vraiment une scénographie qui casse un peu nos espaces et qui soit surprenante aussi pour notre public. Au bout de 27 ans ce n’est pas toujours facile de se renouveler. Concernant la sélection, on travaille à quatre personnes. Souvent, c’est moi qui suis la plus attentive aux sorties, qui suis en contact avec les éditeurs. Je fais le gros travail de veille tout en étant secondée par Sylvain Coissard. Nous allons ensuite proposer à deux autres collègues de se charger des expos et de la médiation. Nous avons chacun un regard très particulier et on arbitre tout ça ensemble.  Ce qui nous arrive de plus en plus, c'est de proposer quelques originaux spécifiquement pour l'exposition.  Nous l'avons fait avec Ugo Bienvenu, Aseyn ou encore Bastien Vivès il y a deux ou trois ans, qui sont hyper agiles avec le numérique. En général, ça leur fait très plaisir de le faire et nous en sommes évidement ravis aussi.

Pensez-vous qu’à l’avenir vous reproposerez un format de festival allongé ?

J.M. : En vérité, ça l’était déjà un peu parce que pour les expositions, quand elles entrent chez nous dans la galerie, celle du musée ou celle de la bibliothèque, soit 7 expos, elles duraient déjà un mois. C’est vrai que nous avions déjà ce petit temps un peu plus long que le compactage évènementiel. Ça peut se reproduire dans le temps si l’activité du Centre Culturel évolue encore et franchit un autre palier. Je pense par exemple à des labels de centre d’art qui permettent aussi d’avoir des axes au niveau des arts visuels très spécifiques. Il n’y a aucun centre d’art qui soit consacré à la bande dessinée. Cette année 2020 particulière met un peu l’idée en route et si on accédait à ce type de label, avec des évolutions institutionnelles et stratégiques, on pourrait sérieusement y réfléchir. J'espère que c’est ce qu’il va se passer. J’ai commencé à réfléchir sur la façon de se spécialiser, notamment sur le territoire bastiais et corse. Dans notre cycle d’expos de saison, on a de la photo, de l’art contemporain, de l’illustration... Tout ça est historique. Il faut vraiment trouver sa spécificité de manière plus accentuée.

Comment s'annonce l'édition 2021 ?

J.M. : On est en retard ! Si tout va bien, ce sera fin mars. Comme Pâques tombe tôt l'année prochaine, on décale d’une semaine pour ne pas se priver d’un certain public. Ce sera du 25 au 28 mars 2021 normalement. Pour le moment, il est prévu sous sa forme habituelle même si je ne vous cache pas que la période n’est pas trop rassurante. L'édition 2021 ne sera pas quelque chose de démesuré, mais on espère faire toujours aussi bien. Ça passera peut-être par une réduction du nombre d’expos mais c’est très difficile à faire. Il faudra aussi peut-être resserrer un peu le contenu. Là, il y a deux expos que l’on n’a pas pu reconduire et qui ont été annulées, je n’aimerais pas que ça se reproduise. Nous sommes également très attentifs aux éditeurs indépendants et je me dis qu’il faut qu’on le soit encore plus. J’aimerais bien que l’on continue à voir se déployer la diversité de la création en bande dessinée, d'autant plus dans le contexte actuel. Ça passerait par des choix qui ne seraient pas nécessairement différents mais peut-être plus accentués. J'aimerais avoir un certain nombre d’auteurs indépendants à nos cotés en 2021, encore plus que d’habitude. Il faut prendre de leurs nouvelles, savoir ce qu’ils ont à proposer et soutenir tout ce qu’on peut, être plus attentifs.




Propos recueillis par L. Gianati