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L'eau dans tous ses états

Entretien avec Xavier Coste

Propos recueillis par L. Gianati Interview 29/10/2018 à 14:59 1644 visiteurs

Entre biographies et créations originales, en passant par le jeu de l'adaptation, Xavier Coste construit son univers avec notamment un traitement de la couleur hors norme. Si les thèmes semblent différents, l'eau et le rêve reviennent régulièrement. Un moyen de mettre en valeur la beauté de son trait ou une obsession qu'il a de plus en plus de mal à cacher ?


L’Enfant et La Rivière après À la dérive, dont le sujet est la crue de la Seine, et Le Lendemain du Monde où la planète est recouverte d’eau, un simple hasard ?

Xavier Coste : Au départ, c’était plus une envie graphique. Mais effectivement, même si c’est complètement inconscient, je me rends compte que ça revient très souvent. J’adore représenter l’eau et ça me sert de prétexte pour une histoire. Pour À la dérive, je collectionnais depuis des années des photos de Paris sous les eaux. Quand j’en ai accumulé un certain nombre, je me suis retrouvé frustré de ne pas utiliser cette matière là. J’ai eu du mal à trouver un prétexte pour en faire une histoire. C’est un livre qui a beaucoup plu à l’éditeur de chez Sarbacane. Quand il a relu L’Enfant et La Rivière d’Henri Bosco, il a tout de suite pensé à moi pour en réaliser l’adaptation. Je pense qu’il ne s’est pas trompé. C’est un roman que j’avais adoré quand j’étais petit et que j’avais presque oublié. Quand je l’ai relu à l’âge adulte, il y a beaucoup de sensations d’enfance qui sont revenues et surtout une envie de dessiner cette histoire. De manière générale, c’est pourtant moi qui ai l’habitude de porter mes propres projets à l’éditeur. Je suis assez méfiant quand c’est l’inverse, les éditeurs ayant tendance à nous proposer des choses qu’on a déjà faites. Il a réussi à me convaincre que c’était un roman qui me correspondait tout à fait.

Avez-vous le même ressenti du roman aujourd’hui ?

X.C. : C’est ce qui m’a le plus frappé. Quand l’éditeur m’a reparlé de ce roman, j’étais un peu dubitatif. J’avais le souvenir d’une histoire très enfantine presque niaise par moments. En le relisant, j’ai trouvé l’histoire plutôt dure. Il y a tout un pan du livre à côté duquel j’étais passé à côté en étant enfant. Finalement, je trouve que les livres comme ça, qu’on peut lire enfant et adulte en ayant une vision différente, sont assez rares. Ce qui a été difficile, c’est que cette impression transparaisse également pour l’adaptation en BD. On a plutôt choisi de s’adresser à des adultes tout en restant lisible par des enfants. Ça a été une grosse contrainte. Le titre du roman est quand même très connoté jeunesse. J’étais sur le fil et ça a été d’autant plus compliqué que c’est un roman qui m’a beaucoup touché par son côté désuet mais plein de charme. Mais de désuet à ringard, la frontière est mince. C’est ce qui m’a le plus angoissé. Le côté hors du temps du roman est très beau je trouve. D’ailleurs, on ne situe pas réellement l’histoire que ce soit en terme de temporalité ou de lieu. J’ai été surpris quand j’ai vu une adaptation en téléfilm qui a été faite au début des année 80. Les personnages sont en sabots de bois, ils utilisent des charrettes et des chevaux. Je trouvais que cette vision ne collait pas du tout avec celle que j'en avais. D’un côté, je ne voulais surtout pas dater les choses et d’un autre côté, je ne pouvais pas le situer aujourd'hui car c'est une histoire qui est intemporelle, celle d'un enfant de dix ans qui a juste envie de s'échapper au fond du jardin pour aller voir la nature.

Le thème de l'écologie est pourtant terriblement moderne…


X.C. : Oui effectivement. Ce sont les personnages qui ne sont pas du tout modernes.

D'un point de vue géographique, la Durance n'est pas expressément nommée...

X.C. : Au départ, j'ai voulu représenter le village d'Henri Bosco, Lourmarin. Finalement, j'ai trouvé que ça ne fonctionnait pas. On perdait l'aspect onirique pour quelque chose de très premier degré, presque documentaire. Je souhaitais que le décor soit plus universel. J'ai mis des bouts de différentes régions de France pour que chacun puisse se projeter avec ses propres souvenirs.

Peut-on qualifier ce roman de conte ?


X.C. : Oui je pense. Puis, il y a aussi toute cette histoire assez touchante avec le petit bohémien. Je pense d’ailleurs que la partie la plus intéressante du roman est quand le personnage principal est confronté à l’autre. En règle générale, dans les écrits de cette époque, les personnages principaux ne sont jamais les plus intéressants, ce sont des sortes de coquille vide. Ça a été compliqué pour moi de lui donner plus de consistance même dans la représentation visuelle. Je souhaitais qu’il ait une sorte de présence. Il n’existe qu’à travers ceux qu’il rencontre, que ce soit le braconnier ou le bohémien.

Il y a un côté très onirique dans le roman…

X.C. : Ce sont les séquences que j’ai préféré réaliser. Je pense que ce plaisir transparaît dans mon travail. J’ai un dessin réaliste mais j’ai toujours besoin de cacher ce réalisme en dessinant des choses qui existent en utilisant des couleurs improbables pour donner la sensation d’être entre deux eaux, ne pas savoir si on est dans la réalité ou dans quelque chose de fantasmé. Certains lecteurs pensent que le jeune garçon a rêvé l’histoire du début à la fin. Avec l’eau, c’est une autre de mes obsessions et le rêve va être très présent dans ma prochaine BD.

Le personnage de Hyacinthe est très fantomatique…


X.C. : Justement, certains lecteurs pensent que Hyacinthe est un fantôme alors que d’autres estiment que c’est une petite fille comme une autre. J’ai pour ma part vraiment ressenti les choses comme ça et j’ai voulu jouer la carte de l’onirisme et du fantastique à fond.

Les textes et les dialogues sont-ils tous de Bosco ?


X.C. : Oui. J’y tenais vraiment beaucoup car je trouve que c’est un roman qui est vraiment très bien écrit et il possède une langue assez particulière. Dès que j’essayais d’écrire avec mes propres mots, on se rendait compte très vite que c’était deux personnes différentes qui écrivaient et ça ne collait pas. En revanche, on a fait des sélections car certaines phrases sont complètement désuètes aujourd’hui. On a dû adapter certaines expressions qui ne sont plus utilisées. 

La nature, notamment, est extrêmement bien décrite…

X.C. : Oui. Il y a tellement de descriptions que j’avais un texte descriptif pour savoir ce que je devais dessiner. Même si j’ai déjà fait quelques adaptations, je ne voulais pas que le texte soit redondant avec l’image. Il y a dans le roman des dizaines de pages sur la description du temps qui passe, du paysage, de la couleur du ciel… Je préfère utiliser uniquement l’image pour décrire ça. J’ai donc surtout gardé les dialogues.

Êtes-vous venu faire des repérages sur place, en Provence ?


X.C. : Je suis souvent venu en vacances en Provence et c’est ça aussi qui a nourri mon imaginaire. Mais j’ai vraiment préféré que mes décors restent flous.

Le travail graphique est-il très différent de celui sur Le Lendemain du monde ?


X.C. : J’ai travaillé plus ou moins de la même manière. Je fais un travail hybride entre l’ordinateur et le traditionnel. Je fais des va-et-vient entre les deux techniques. J’ai besoin de l’ordinateur pour contrôler mon trait et pour tester plus de choses. Je n’aime pas quand les choses sont trop prévues à l’avance. Quand je commence un album, je fais d’abord un crayonné complet pour poser les bases. Mais j’aime aussi pouvoir faire évoluer les choses en cours de route. L’ordinateur m’y aide beaucoup. Ça me permet notamment d’agrandir les cases et de tenter plein d’autres trucs.

Comme dans tous vos albums, les couleurs sont très importantes…

X.C. : C’est drôle, car lorsque j’ai commencé à faire de la BD, j’avais contacté les éditeurs avec le projet d’Egon Schiele en noir et blanc. Ce sont eux qui m’ont absolument poussé à aller vers la couleur alors qu’au départ c’est quelque chose qui ne m’attirait pas du tout. Finalement, c’est quelque chose aujourd’hui qui me procure le plus de plaisir.

Travaille-t-on différemment sur une adaptation, une biographie ou une création originale ?


X.C. : Chaque projet est complètement différent. Même en réalisant une biographie, le travail est très différent sur Egon Schiele et sur Rimbaud. Sur Egon Schiele, j’avais très peu de documentation et j’ai dû beaucoup inventer en fonction du peu d’éléments que j’avais. A contrario, j’avais pour Rimbaud des tonnes de documentation et je n’ai surtout pas voulu inventer de choses. Ça a donc été des travaux complètement différents. J’aime bien varier la manière de travailler d’un album à l’autre.

Quand on attaque une biographie, a-t-on la volonté d’essayer de parler différemment de la figure historique ?

X.C. : Bien sûr. Quand je pars sur un projet, c’est vraiment parce que je ne trouve pas quelque chose que j’aimerais pourtant lire. Quand j’ai fait Egon Schiele, c’est parce que j’avais une frustration en tant que lecteur. Je connaissais ses tableaux mais je n’avais jamais entendu parler de sa vie, sinon complètement par hasard sur un tout petit fascicule biographique. Quand j’ai découvert qu’il était mort aussi jeune et qu’il avait fait de la prison, j’ai vraiment voulu en savoir plus. J’ai commandé tous les bouquins qui étaient disponibles sur lui, parfois en anglais et en allemand. Finalement, il y avait très peu de choses. J’étais très frustré de ne pas avoir les réponses aux questions que je me posais. Je suis parti sur place en Autriche, j’ai visité la prison où il était… Je me suis donc senti obligé de faire un album. Je pense qu’il y a tellement de bandes dessinées qui sortent aujourd’hui qu’il est très important d’apporter une valeur ajoutée. La première fois que j’ai parlé de Rimbaud à mon éditeur, il n’était pas forcément emballé. Pourtant, il y a plein de pans de sa vie qui sont complètement méconnus. C’est ça qui a été le moteur du projet. On était presque déçus que Rimbaud soit aussi connu car du coup les gens se disent toujours qu’ils le connaissent et qu’il est inutile de lire un nouvel ouvrage sur lui.

Votre prochain projet est de nouveau une biographie…

X.C. : Effectivement… Pourtant, je ne voulais plus faire de biographie car j’avais l’impression d’en avoir fait le tour et je ne voulais plus faire non plus de bandes dessinées historiques. J’ai dit ça à un ami qui s’appelle Martin Trystam. Il m’a dit qu’il avait depuis des années un projet sur Eiffel et qu’il voulait absolument que ce soit moi qui le dessine. Ça fait plusieurs années qu’il me harcèle avec ça. Il a un gros carnet et comme il est aussi dessinateur il avait déjà écrit plusieurs parties de scénario. Il avait donc des squelettes de planches. J’ai trouvé ce projet génial et je voulais qu’il le fasse lui-même. J’ai fini par céder car j’avais envie de lire sa BD. (sourire)

Est-ce l’aspect historique ou le personnage d’Eiffel qui vous a attiré ?


X.C. : C’est vraiment ce que le scénariste en a fait. Ce n’est pas du tout une biographie classique. On est complètement dans l’onirisme. Il y a beaucoup de passages dans la BD où on est entre le rêve et la réalité. D’un autre côté, on brosse toute la vie d’Eiffel. Ça va être un livre d’environ 120 pages édité chez Casterman.


 Bonus - Quelques planches d'Eiffel

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Propos recueillis par L. Gianati

Bibliographie sélective

L'enfant et la rivière
1. L'enfant et la rivière

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Egon Schiele
Egon Schiele vivre et mourir

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À la dérive

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Le lendemain du monde

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Rimbaud, l'indésirable

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