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Toute la bande dessinée

Donner vie à Revival, une vision idéale de la bédéthèque

Entretien avec Vincent Bernière

Propos recueillis par Laurent Cirade News 27/06/2018 à 08:48 1924 visiteurs

Un an après le succès de la campagne pour la renaissance de la mythique revue "Les cahiers de la bande dessinée", Vincent Bernière se lance dans une nouvelle aventure de financement participatif : Revival, qui propose l'édition des pépites de demain ainsi que la réédition des livres qui constituent selon lui la bédéthèque idéale. Un sujet qui a toujours fait couler beaucoup d'encre sur BDGest.


Vincent Bernière, à la même époque en 2017, nous échangions au sujet de la renaissance des Cahiers de la BD : comment se porte le magazine ?

Très bien ! Le premier numéro s’est écoulé à près de 10.000 exemplaires, tous réseaux confondus. Et le deuxième n’a perdu que 17 % de ventes, en volume. Honnêtement, je ne pensais pas à arriver à ce niveau-là. Je me disais plutôt qu’avec 6.000 exemplaires vendus, ça serait déjà pas mal pour un magazine « sur » la bande dessinée et non pas un magazine « de » bande dessinée. On peut donc dire que cette relance des Cahiers de la BD est un succès. Ce qui me fait plaisir, surtout, c’est que cette (petite) réussite est un signe très positif pour toute la profession. Celle-ci s’est d’ailleurs, à part quelques inévitables critiques grincheux et autres trolls, montrée très positivement disposée envers le journal. Dans Les Cahiers de la BD, il y a environs 15 pages de publicité en moyenne depuis le début. Et vu le contexte de la presse, c’est assez singulier. Voyez les autres journaux sur les marchés de niche, ça n’est pas la même histoire ! Pour tout dire, je me disais un peu (en moi-même) ou bien le milieu et les lecteurs de bande dessinée sont près pour ça, et il me semble que c’est le moment, ou bien il faudra bientôt penser à faire autre chose. La réponse des lecteurs et des lectrices a été éloquente et je les en remercie. Mon but a toujours été de faire un journal pour des lecteurs, et non pas de prêcher dans le désert… Et à chaque instant, lorsque j’élabore avec les rédacteurs et rédactrices des Cahiers de la BD, le sommaire du prochain numéro, j’y pense. Qu’est-ce qu’ils ou elles aiment ? Vont-ils ou elles prendre du plaisir ? Qu’est-ce qu’on pourrait leur faire découvrir cette fois qui est digne d’intérêt ?





Le virage de la première année et du renouvellement des premiers abonnements approche : dans quel état d'esprit l'abordez-vous ?

Avec confiance. L’abonnement est une ressource précieuse. Grâce à la campagne de financement participatif relayée sur le site de KissKissBankBank, nous avions obtenu 301 abonnés. Nous en sommes aujourd’hui à 790 abonnés organiques, c’est-à-dire sans relance particulière, car il est un peu trop tôt pour en parler, le numéro 4 des Cahiers de la BD étant tout juste sur le point de sortir. En bref, nous gagnons à peu près un abonné par jour. Et aussi, nous venons de lancer une grande campagne auprès des bibliothèques et nous espérons bien qu’elle portera bientôt ses fruits. Rendez-vous compte, il n’y a pas ou peu de revues d’études sur la bande dessinée. En tout cas, je n’en connais pas qui se destine au plus grand nombre.





Une nouvelle aventure vient de s'enclencher : en quelques mots, quelle est l'ambition de Revival ?

Revival est né d’une double impulsion. Primo, dénicher les nouveaux talents de la BD mondiale appelés à devenir les classiques de demain dans les domaines de la bande dessinée, du manga et des comic books. Je suis éditeur de BD depuis une vingtaine d’année. J’ai travaillé pour les éditions du Seuil et je suis éditeur free lance pour Delcourt. Delcourt est une grosse machine bien huilée pour laquelle j’ai toujours beaucoup de plaisir à travailler. Prochainement, j’y publierai quatre livres qui sont, à divers titres, une forme d’aboutissement professionnel pour certains auteurs que je défend depuis près de 20 ans. Et c’est aussi un aboutissement pour moi. Il y a Clyde Fans de Seth et Berlin de Jason Lutes, des romans graphiques qui, au final, atteignent près de 400 pages pour l’un et 800 pages pour l’autre. Je publierai aussi un projet secret, intitulé Square Eyes, que j’ai signé il y a 10 ans, ainsi que le deuxième livre d’un jeune auteur que je soutiens également depuis des années, Ryan Andrews, et qui s’appelle en anglais This Was Our Pact. Cela dit, je ressentais le besoin d’aller encore plus loin dans la découverte de jeunes pépites de la BD mondiale comme Steven Gilbert qui, avec Colville, réalise selon moi le même tour de force que Charles Burns dans les années 1990 avec Black Hole, et Berliac, un jeune et sulfureux auteur argentin, qui fait du manga des années 1960 mais aujourd’hui ! Et puis, je rêve depuis des années de rééditer des ouvrages épuisés, incunables et autres livres oubliés, depuis les origines de la bande dessinée au XIXe siècle jusqu’à la fin des années 1980. C’est un projet que j’essaye de porter depuis une demi-douzaine d’année mais sans trouver de partenaires. J’ai donc décidé d’y aller tout seul, fort du succès des Cahiers de la BD évoqué plus haut. Au risque de tout perdre ? Peut-être mais je ne me voyais pas, alors que j’aborde ma 50e année, vivoter derrière mon ordi.

"Que des anciens et des nouveaux" : vous vous ennuyez depuis une trentaine d'années ? (sourire)

Pas du tout, mais le secteur est déjà bien encombré ! Je pense, sans vouloir jouer les diseurs de bonne aventure, que la tendance au revival est plus vivace que jamais. Selon moi il y a, d’une part, des « nouveaux nostalgiques », dont je suis, et qui ont donc la nostalgie des BD qu’ils lisaient lorsqu’ils étaient adolescents, disons dans les années 1970 et 1980. Cette tendance a toujours existé, c’était déjà le cas avec les premiers thuriféraires de la BD dans les années 1960, les Moliterni, Resnais et autre Couperie, mais elle évolue juste avec le temps. Et puis, d’autre part, il y a des jeunes gens qui sont curieux de ce qui se passait avant eux. Je le sais, j’en étais aussi. Soit qu’ils prennent les rééditions actuelle comme l’expression d’une création spontanée, soit qu’ils soient friands de découvrir de ce que lisaient leurs « grands frères » (très grands frères, parfois, presque des oncles ou des tantes…). A une époque, peut-être, où la bande dessinée mainstream était sans doute plus incarnée. J’ai envie d’offrir à ceux-là, par exemple, les œuvres complètes de Golo et Frank, un incunable d’Alain Saint-Ogan, de la bande dessinée américaine underground des années 1970 et d’autres BD oubliées où tombées dans les limbes. Alain Saint-Ogan, le père de Zig et Puce, c’est tout de même l’inventeur de la bande dessinée européenne moderne ! Sans lui, pas de Tintin ni d’Achille Talon… A cause de la Seconde Guerre mondiale, M. Poche n’avait jamais été réédité ce qui était, selon moi, un non sens. Le slogan des éditions Revival, emprunté à Gaston Gallimard, c’est : « Un bon livre est un livre épuisé ». Je veux rééditer des livres indisponibles et éditer des livres qui sont appelés, dans le pire des cas, à le devenir. Ce mouvement de revival et de réappropriation est inhérent à la pop culture et touche tous les domaines de la création contemporaine. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à écouter le dernier Daft Punk !


Comment avez-vous réussi à faire en sorte que Colville soit édité par Revival ? Comment voyez-vous votre rôle d'éditeur ?

Depuis 20 ans, j’ai développé un réseau. La première version du livre, qui avait été remarquée notamment par Frank Santoro, un auteur génial qui vient d’ailleurs de sortir Pittsburg chez Ça et Là, a été dessinée il y a près de 20 ans. L’auteur, qui est aussi libraire, a plusieurs fois disparu avant de se remettre au travail sous l’impulsion du dessinateur et éditeur italien Ratigher, qui travaille pour la maison Coconino. Et c’est donc en remontant le fil de l’histoire éditoriale de ce livre qu’il est parvenu jusqu’à moi, via une agente au goût très sûr. Colville parle de l’Amérique d’aujourd’hui avec une violence que j’ai rarement vu dans les comics. C’est l’Amérique du nord chantée par Neil Young et Tom Waits, mais avec une bonne dose de trash qui me fait penser parfois à No Country for Old Men des frères Coen. Il faut dire que l’auteur s’est inspiré de l’histoire vraie du tueur en série canadien Paul Bernardo. Du coup, ça aide…





Découvrirons-nous des "nouveaux" tricolores ?

Ah, j’ai oublié de répondre à la deuxième partie de la question précédente. Mais c’est lié. Pour l’instant, Revival ne publie que des achats de traductions étrangères (il y aura bientôt du manga), et des rééditions. Il y a un éditeur d’essais et de littérature que j’aime beaucoup, Gérard Berréby des éditions Allia. Un jour, je l’ai entendu à la radio. Il répondait par l’affirmative et sans s’énerver à un commentaire un peu désobligeant qui disait que Allia ne faisait que de la réédition et de la traduction parce qu’il ne pouvait rien faire d’autre. J’ai trouvé ça tellement vrai ! Soyons sérieux, pour soutenir la création de bande dessinée française sans être une maison d’édition généraliste bien établie il faut, selon moi, bénéficier d’aides extérieures, sous payer les auteurs et autrices ou bien perdre sa culotte. Je n’ai rien, a priori, contre la 3e solution, mais je préférerais perdre ma culotte quand j’aurai un slip de rechange. C’est donc dans cet esprit que j’ai lancé une nouvelle campagne de financement participatif sur le site KissKissBankBank. Afin d’accumuler un peu de trésorerie pour, à terme, tenter de financer la création si de bons projets me parviennent. Mais attention, que des premiers ou, à la limite, des deuxièmes livres. On se fixe une règle ou bien c’est le foutoir ! Aujourd’hui, il n’y a plus de journaux de création et c’est un grand drame. Mon ami Enki Bilal a été sensible à cette vision, lui qui, au milieu des années 1970, s’est retrouvé à l’âge de 19 ans dans le bureau de René Goscinny à Pilote, alors qu’il n’était rien qu’un fils de coiffeur yougoslave immigré. Du coup, les contributeurs qui choisiront de soutenir Revival à travers le pré-achat de l’édition deluxe de La bédéthèque idéale (le dernier axe des éditions Revival étant les essais), et qui auront eu, pour certains, le bon goût d’aller au bout de cette interview, pourront ainsi obtenir une édition agrémentée d’une jaquette américaine élaborée à partir d’un poster figurant Nikopol et La Femme piège (qui fait partie de ladite bédéthèque), tiré à 30 exemplaires numérotés et signés par Enki Bilal, pour une somme très modique au vu de la cote de l’auteur de Bug. Autant dire qu’il est fort probable que cette édition, disponible uniquement le temps de la campagne et sur le site KissKissBankBank, se trouve un jour… épuisée !








Propos recueillis par Laurent Cirade