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La vie en garde partagée

Entretien avec Timothé le Boucher

Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade Interview 18/12/2017 à 10:18 3358 visiteurs

Difficile cette année d'être passé à côté de Ces jours qui disparaissent. Tout d'abord, la couverture interpelle et intrigue, avec un jeu de miroir et un reflet qu'on imagine maléfique. Mais surtout, le récit, diablement bien rythmé et étonnant de maturité quand on connaît l'âge de Timothé Le Boucher, captive et envoûte de la première à la dernière page. En attendant ses nouveaux projets, le jeune auteur revient sur son parcours et sur la genèse de ce qui restera comme l'une des excellentes surprises de 2017.


Le récit débute par une représentation théâtrale. Une allégorie sur la vie ?

Timothé Le Boucher : J'aime bien commencer doucement mes histoires pour ensuite entrer dans le vif du sujet. C'est aussi une façon de présenter la carrière de Lubin et son travail. Cette entrée en matière résume aussi en quelques sortes l'album.

Outre le jeu d'acteur, d'autres jeux sont très présents dans la vie de Lubin dont celui de l'amour mais aussi les consoles...

T.L.B. : Au début de l'histoire, Lubin a le temps et il a aussi un côté très hédoniste. Il profite des choses et a tendance à fuir la réalité. Le jeu vidéo lui permet de s'évader de l'aspect pragmatique de la vie. Il n'a pas de plan de carrière précis, même s'il est mis ensuite en place par ses amis.

Lubin n'est pas un prénom très courant...

T.L.B. : Ma mère travaillait dans une école maternelle. Je suis allé un jour l'aider pour une exposition photographique réalisée avec des enfants. Parmi eux, un petit garçon s'appelait Lubin. Je m'en suis souvenu quatre ans après quand je me suis aperçu que mon personnage lui ressemblait : blond avec des cheveux bouclés.

Ne traiter que le point de vue de Lubin, c'est quelque chose que vous avez décidé rapidement dans la construction du récit ?

T.L.B. : Oui. J'ai tendance à favoriser les histoires à point de vue. J'aime bien quand le lecteur vit un peu en même temps que le personnage, qu'il connaît les mêmes choses que lui et que tout ce qu'il ignore soit en ellipse. Je savais aussi dès le début que la personnalité de Lubin allait disparaître. Montrer la vie de l'autre personnage aurait finalement amené à raconter une success story, ce que je ne voulais pas.

C'est aussi une façon pour le lecteur de se rapprocher de Lubin...

T.L.B. : Et pourtant, à bien y regarder, l'autre n'est pas si détestable que ça. Il fait quand même des choses pour la mère de Lubin, lui fait construire une maison... Lubin boit le soir et l'autre en subit les conséquences le lendemain... Il y a plein de jeux comme ça où l'on s'aperçoit que Lubin est présenté en héros parce qu'il a aussi une vision très idéaliste mais, finalement, les deux personnages ne sont pas aussi éloignés l'un de l'autre. Tout n'est pas aussi manichéen que ce que Lubin aimerait faire croire.

L'idée du double maléfique est un classique de la littérature. C'était l'idée de départ ?

T.L.B. : Au début du projet, je sortais des Beaux-Arts d'Angoulême. C'était un peu comme si j'étais sur des rails depuis le début de ma scolarité et je me suis retrouvé ensuite projeté dans le vide. Je ne savais pas du tout quoi faire. Je ne savais pas si je devais me lancer dans la bande dessinée ou plutôt faire des métiers plus pragmatiques. C'est un peu comme si j'avais ces deux choix qui se présentaient devant moi. C'est là que j'ai eu l'idée de personnages qui vivent un jour sur deux, avec l'un plutôt tourné vers des activités artistiques et l'autre bien ancré dans les codes sociaux. Cela m'a permis de parler de ma situation de manière sous-jacente.

Sauf que pour vous, c'est le côté artistique qui a pris le dessus...

T.L.B. : Oui, exactement ! (sourire)

Les deux personnages communiquent par vidéos interposées...

T.L.B. : Oui, ils essaient au début d'entretenir une relation un peu comme deux colocataires. Le système marche à peu près bien au départ, puis les choses se détériorent. Ils fonctionnent tous les deux avec deux idéologies différentes. Elles ne peuvent plus cohabiter car il y a trop de soucis et un trop grand écart entre leur deux façons de vivre.

À quel moment vous avez eu la fin ?


T.L.B. : Au bout de deux jours, j'avais déjà toute la structure narrative et au bout d'une semaine j'avais la fin. Quand j'écris une histoire, j'aime bien avoir l'idée de base et j'essaie ensuite de voir toute la structure de l'album de manière générale. Pour ensuite attaquer vraiment la narration, j'ai besoin de la fin. Quand il a fallu que je présente mon projet, j'ai créé un dossier qui présentait l'histoire de façon générale. J'ai ensuite écrit tout le récit sur une vingtaine de pages.

Vous avez réalisé deux albums avant celui-ci (Les Vestiaires chez La Boîte à Bulles et Skins Party chez Manolosanctis, NDLR). Ces jours qui disparaissent demandait-il un peu plus de maturité ?

T.L.B. : Au début, je voulais vraiment me concentrer sur mes études. J'ai commencé à travailler mes albums quand j'avais le temps, pendant mes vacances... Beaucoup de temps s'est donc écoulé et, forcément, il y a eu une évolution dans ma façon de travailler. Cet album est particulier dans la mesure où je l'ai commencé à ma sortie des Beaux-Arts et qu'il aborde justement ce thème. Je voyais plein d'amis qui sortaient aussi de l'école et qui choisissaient d'autres métiers comme celui de libraire et sortaient complètement de l'univers artistique. Quand je me suis retrouvé à Pôle Emploi, on ne cessait de me répéter que la Bande Dessinée n'était pas un plan de carrière et qu'il fallait trouver autre chose.

La spiritualité est également très présente dans cet album...

T.L.B. : Je pense que c'est plutôt une façon de montrer de la diversité dans les personnages. À partir d'un phénomène fantastique, on peut l'interpréter de plein de manières différentes. Soit de façon spirituelle soit en mettant des mots de façon très pragmatique comme peuvent le faire les psychologues. En réalité, c'est clairement fantastique : une binarité de troubles de personnalités multiples, c'est impossible.

Le lecteur ne sait pas finalement s'il fait face à un récit fantastique...

T.L.B. : Le point de départ l'est. Mais ensuite, tout le récit amène du pragmatisme et de la psychologie.

Est-ce un jeu de balader ainsi le lecteur ?

T.L.B. : J'aime bien quand les choses restent un peu troubles même si, pour moi, la plupart des choses sont évidentes et trouvent une résolution dans l'album. Il y a plusieurs types d'interprétation qu'on peut calquer sur l'histoire. Quand je lis des articles ou quand je rencontre des gens pendant les dédicaces, je m'aperçois que tout a été trouvé parmi ce que j'ai voulu cacher.

Certains lecteurs ont-ils trouvé des choses auxquelles vous n'avez pas du tout pensé ?

T.L.B. : Certains croyaient que tout était virtuel depuis le début, je pense que c'est à peu près tout.

Certains des personnages du récit sont-ils des connaissances ?


T.L.B. : Oui, il y en a plein. Par exemple, Léandre est un ami à moi et, plus précisément, un mélange de deux amis. Quand je travaille sur un récit, j'ai besoin d'avoir des représentations dans lesquelles je m'inspire d'amis que je connais ou de gens que je vois à la télévision. Du coup, chaque personnage est référencé ou est un mélange de gens que je connais.

Se sont-ils reconnus dans l'album ?

T.L.B. : Ils étaient déjà au courant, je leur avais dit. (sourire)

Il n'y a ni lieu ni date précise...

T.L.B. : J'aime bien dans mes histoires que tout soit un peu flou au niveau des dates et des lieux sauf s'il y a une nécessité réelle. Si on connait Strasbourg, on peut quand même deviner que le récit s'y déroule. J'aime l'idée que, potentiellement, le récit puisse se dérouler un peu n'importe où et n'importe quand.

Comment avez-vous travaillé sur les ellipses, notamment le laps de temps pendant lequel c'est le double de Lubin qui intervient ?

T.L.B. : J'avais fait un système de calcul pour savoir combien de temps Lubin allait perdre à la moitié de l'album. Je savais donc exactement combien de temps il me restait pour raconter la fin de l'histoire. Je savais aussi les grandes lignes que je voulais caser dans l'histoire. Pour les ellipses de l'autre personnage, je savais quelle progression je voulais lui faire faire et quels types de moments je voulais avoir. C'est un peu comme un casse-tête qu'on imbrique petit à petit.

On aurait presque pu imaginer un deuxième album avec, cette fois, la vision du double de Lubin...

T.L.B. : Cela aurait peut-être été moins intéressant, une sorte de success story de quelqu'un qui se réveille sans trop savoir ce qu'il s'est passé avant. Je pense qu'on arrive quand même à percevoir ce personnage à travers les ellipses, ne serait-ce que dans les moments où il se réveille. On connait l'essentiel de sa vie.

Les personnages fragiles sont plus intéressants à aborder que ceux pour qui la vie semble plus facile...

T.L.B. : Complètement. Il y a plusieurs effets progressifs tout au long de l'album. Il y a un resserrement de la narration qui devient de plus en plus elliptique, les couleurs changent aussi pour aller vers du bleu-gris. Tout ça crée un effet dans la lecture.

Le temps semble alors passer de plus en plus vite...

T.L.B. : Oui. Au début, on reste longtemps sur des choses qui ne sont pas forcément très intéressantes. Lubin a du temps, et il le passe à faire pas grand chose. Il est beaucoup plus naïf dans les dialogues qu'il a avec ses amis. Plus le temps passe, plus il est obligé de trouver ce qui est réellement important dans sa vie et ses interactions.

Quand on compare votre trait à celui de Vivès, quel est votre réaction ?

T.L.B. : Je trouve qu'il fait du super bon travail mais je pense que l'on a plutôt des outils et des références communs : l'outil informatique, la narration qui est un mélange de manga et de franco-belge...

Comment travaillez-vous ?

T.L.B. : Intégralement à l'ordinateur, même le story-board. Depuis tout jeune, j'ai toujours été habitué à travailler sur ordi. Mon père en avait et je colorisais déjà dessus. J'ai un peu dessiné sur papier mais essentiellement pour des recherches d'idées ou pour m'amuser. Les dédicaces sont pour moi un exercice un peu particulier puisque je n'ai pas l'habitude de dessiner pour quelqu'un d'une autre façon que sur un ordinateur.

Comment est venue l'idée de la couverture ?


T.L.B. : Mon éditeur avait besoin, pour le dernier festival d'Angoulême, de présenter une préview de l'album. J'avais fait plusieurs propositions mais sans savoir ce qui me plaisait vraiment. Au bout d'un moment, mon directeur artistique en a choisi une sans pour autant avoir flashé dessus. J'ai gardé l'idée, mais en la retravaillant pour qu'elle me plaise. J'ai souhaité retranscrire une vision un peu fantasmée de Lubin, comme si c'était un rêve.

Avez-vous montré dans la partie futuriste tout ce dont vous rêvez pour plus tard ?

T.L.B. : J'avais travaillé pour le numéro 7 de Topo sur le thème du transhumanisme avec un journaliste. Cela m'a permis d'aborder un peu ces thématiques. L'évolution du jeu vidéo est constante pour amener la fin. J'ai juste voulu garder ce qui était nécessaire à l'histoire. Je souhaitais que mon personnage se trouve dépaysé à chacune de ses réapparitions et ait du mal à comprendre l'évolution de la société. Je trouve que l'aspect de l'architecture est plutôt une vision futuriste des années 70.

À la fin, Lubin semble à la fois vaincu et apaisé...

T.L.B. : Oui. Parfois, il vaut mieux ne pas avoir connaissance de certaines choses.

Le deuxième psy a un discours particulièrement dur : quiconque n'est pas adapté à la société doit être éliminé...

T.L.B. : Si on remet cette phrase dans le contexte du livre, c'est uniquement la vision de ce personnage. Le psy essaie de plus de détruire complètement la personnalité qu'il a en face de lui. J'ai été confronté à cette même vision des choses à Pôle Emploi : il y a un souci de considération vis à vis des emplois qui ne sont pas forcément bien rémunérés.

Quelle est donc la clé du bonheur ? Suivre le chemin de Lubin ou celui de son double ? Ou un savant mélange des deux ?

T.L.B. : Tout dépend si on a des aspirations artistiques ou pas. Certains n'ont pas forcément de fibre artistique et se plaisent dans leur façon de vivre. Ce qui est beaucoup plus tragique, ce sont ceux qui n'ont pas réussi à faire ce qu'ils avaient envie de faire.

D'autres projets ?

T.L.B. : Oui, je vais faire un nouvel album qui sera aussi un one shot. Je réaliserai également le dessin et le scénario. C'est l'histoire d'une psychologue de 49 ans qui est spécialisée dans les chocs post traumatiques et qui va suivre un jeune patient de 21 ans qui sort de 6 ans de coma. Il est rentré dans le coma car il est le seul rescapé d'un massacre familial perpétré par sa sœur. La psy va commencer à tomber amoureuse de son patient. Lors d'une séance d'hypnose, il va se souvenir qu'il y avait quelqu'un sur la scène du crime et que sa sœur est finalement innocente.

Encore une histoire de psy...


T.L.B. : C'est le hasard. J'ai parfois plein de projets et je sélectionne celui que j'ai envie de faire sur le moment. Ce projet-là a émergé assez rapidement. J'ai trouvé très vite les choses pour travailler dessus.

Propos recueillis par L. Gianati et L. Cirade

Bibliographie sélective

Ces jours qui disparaissent

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Skins Party

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Les vestiaires

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Une sœur

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