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Zorglub : la série du Z !

Entretien avec José-Luis Munuera

Propos recueillis par L. Gianati Interview 26/06/2017 à 10:45 5101 visiteurs

Presque dix années déjà qu'Aux Sources du Z, le tome cinquante de Spirou, est sorti, et autant de temps que José-Luis Munuera avait laissé de côté l'un de ses personnages phare, Zorglub. Qu'à cela ne tienne, c'est aujourd'hui une série qui est consacrée à ce vrai-faux méchant, plus maladroit que diabolique. Comme l'un des thèmes favoris de l'auteur des Campbell est la famille, qui de mieux que la fille de l'inventeur de la zorglonde pour accompagner son père dans un premier tome qui va à cent à l'heure ! Rencontre en marge du très chouette Lyon BD.


Une tournée promo en forme de Z, c’est plutôt original ! Où en êtes-vous ?

José-Luis Munuera : Lyon est ma dernière date, je rentre chez moi demain. Voyager en France est long, il faut toujours passer par Paris. Je suis allé à Brest, Amiens, Paris, Strasbourg, Orléans, Bordeaux et donc Lyon. Ce qui est intéressant dans ce type de tournée en Province, c’est de rencontrer des journalistes, ce qui est très rare à Paris. J’ai l’impression que les journalistes généralistes à Paris sont surtout intéressés par ce qu’il se passe dans le monde.

Le personnage de Zorglub vous a-t-il manqué depuis Aux Sources du Z sorti en 2008 ?

J.-L. M. : Je savais déjà à l’époque que Zorglub était un personnage merveilleux, qu’il avait un potentiel comique et dramatique énormissime. Parmi les acteurs de l’univers de Spirou, c’est sans doute celui qui a le plus de richesse et le plus de contradictions. C’est donc finalement celui qui est le plus humain.

Zorglub est souvent plus maladroit que réellement méchant…

J.-L. M. : Oui. Son principal problème est qu’il n’a pas de morale, il ne voit pas la différence entre le bien et le mal. D’ailleurs, dans les scénarios de Franquin, c’est toujours Champignac qui lui fait la morale et il semble tout penaud quand il se rend compte des bêtises qu’il a faites. Mais au départ, son intention n’est pas de faire du mal. Il fait tout ça par vanité, pour la gloire aussi, mais il ne se rend pas compte qu’il est en train d’emmerder tout le monde à côté de lui.

Il ressemble à Gaston Lagaffe par sa maladresse…

J.-L. M. : Tout à fait. C’est un vrai gaffeur. C’est un aspect que j’ai voulu montrer dans l’album, ce contraste entre son côté très technologique confronté à sa nature gaffeuse. La comédie vient en grande partie de ça.

Donner une fille à Zorglub, est-ce une idée qui vous est venue rapidement ?

J.-L. M. : J’ai cherché à évoquer une phase de ma vie qui est celle de laisser partir les gens qu’on aime. Je parle bien entendu des enfants, de les laisser vivre leur vie. J’ai réfléchi à la façon dont je pouvais en parler de façon métaphorique dans une bande dessinée sans non plus tomber dans un récit très lourd et psychologique. Quand j’ai ajouté Zorglub à cette idée, tout m’est apparu très clair et évident. C’est une sensation très rare. J’ai réussi à convaincre l’éditeur car, au départ, l’album était censé paraître dans la collection Spirou vu par… C’est une collection dans laquelle je ne me sentais pas à l’aise. Mon but n’était pas de faire un Zorglub pour les collectionneurs ou pour les nostalgiques mais plutôt un album destiné aux gamins qui sont en âge de lire un Spirou.

Dans un Spirou vu par…, vous auriez été tenu de faire apparaître d’une façon ou d’une autre le personnage de Spirou…

J.-L. M. : Pas forcément. Je trouve que cette série, que j’adore par ailleurs, est parfois trop référencée. Certains albums sont trop chargés de clins d’œil. En tant que lecteur, il faut avoir un solide background pour vraiment pénétrer l’histoire. Pour ma part, j’ai voulu presque repartir à zéro, pour qu’un lecteur lambda puisse facilement rentrer dans le récit. Le format un peu plus luxueux des Spirou vu par…, destiné à un lectorat d’un certain âge, n’était pas propice à ce que je voulais faire. L’éditeur m’a laissé une très grande liberté créatrice, contrairement aux Spirou que j’ai réalisés. (sourire) Ils m’ont suivi sur toutes mes idées éditoriales : réaliser un soixante-deux pages petit format pas très cher, une double page qui se déplie…

Une double page qui évoque un secret enfoui que le lecteur découvre avec Zandra…

J.-L. M. : Exactement. Je voulais trouver le meilleur moyen de pouvoir exprimer l’émotion d’un personnage qui découvre quelque chose qui le dépasse en langage BD. C’est quelque chose qui est vraiment spécifique à la bande dessinée, on n’aurait pas pu faire la même chose au cinéma. C’est très intéressant d’utiliser ce média avec ses propres armes pour trouver le bon mécanisme afin d’exprimer au mieux ce que je souhaite dire.

Il existe déjà Zaoki, fille de Zorglub, dans la série animée Spirou et Fantasio

J.-L. M. : Je n’avais pas fait attention à ce détail au départ. (sourire)

On peut imaginer que Zandra est sa petite sœur ?

J.-L. M. : (rires) Exactement !

Les thèmes abordés dans Zorglub sont assez similaires à ceux des Campbell, notamment les préoccupations d’un père seul pour sa fille…

J.-L. M. : C’est un thème qui me revient de façon presque automatique quand je réfléchis à une histoire. Je pense qu’il ne faut pas se forcer à ne pas en parler mais plutôt se forcer à trouver la meilleure façon de l’exprimer. C’est vrai que le sujet de la paternité est très important pour moi. Le fait d’avoir des personnages différents par leur âge, avec un regard forcément différent sur la vie, engendre aussi un côté comédie. Le conflit en général est l’une des clés d’une bonne comédie. Entre un père et une fille, il y a toujours une confrontation et un jeu de pouvoir, des petites manipulations aussi.

Avez-vous déjà fait face à des prédateurs comme André ?

J.-L. M. : (sourire) Oui ! J’ai une fille qui a maintenant dix-huit ans et j’ai déjà vécu ce type d’expérience.

Avec la même réaction que celle de Zorglub ?

J.-L. M. : (rires) Non, même si c’est un moment difficile.

Il y a quelques similitudes également avec le film d’animation Moi, Moche et Méchant

J.-L. M. : Tout à fait. D’ailleurs, à bien regarder le trailer du prochain, on peut y apercevoir un sous-marin qui fait fortement penser à celui du Repaire de La Murène… Je pense que les gens en ont un peu assez des mondes de fiction et il est un peu normal aussi que les méchants commencent à jouer un rôle important.

C’est un phénomène assez nouveau. Il y a encore quelques années, surtout chez Dupuis, on avait du mal à imaginer une série consacrée à un méchant. Il existe aujourd’hui Choc et donc Zorglub

J.-L. M. : Tout à fait. De même, les américains l’ont fait avec le personnage de Magnéto. C’est vrai que c’est un peu dans l’air du temps… Pour ma part, ce n’était pas pour faire comme tout le monde, mais simplement car j’ai trouvé que c’était un super sujet.

La première scène de l’album se moque gentiment des lecteurs qui continuent à consommer tout en râlant. Il fallait oser !

J.-L. M. : Je ne pense pas me moquer des lecteurs. J’en suis moi-même un et tout ça fait partie de ma réflexion. Parfois on se demande pour quelles raisons on continue d’aller voir un énième épisode d’une saga. C’était juste une façon de leur dire : « Ne me dites pas ce que je sais déjà. » (sourire) C’est aussi une sorte de contrat que j’ai passé avec eux dès la première page.

Le prénom du petit ami de Zandra, André, est-ce un hommage à Franquin ?

J.-L. M. : Oui, même si le personnage n’a rien à voir avec Franquin.

D’ailleurs André, gamin basané, n’est pas le genre de personnage qu’on a l’habitude de voir dans des albums Dupuis sauf peut-être dans Seuls

J.-L. M. : C’est un personnage qui m’est venu très rapidement. Quand j’ai dessiné la première planche où il est apparu, je l’ai de suite imaginé d’origine marocaine. Je n’ai pas plus réfléchi. C’est après que je me suis rendu compte que c’est quelque chose qui interpellait les lecteurs. Pour moi, c’est un personnage comme n’importe quel autre. C’est un peu comme lorsqu’on parle des caractères féminins forts, ça me paraît pour ma part naturel. Je ne connais pas de faibles femmes dans mon entourage. C’est la même chose pour le mixage interracial. J’habite à Grenade et quand je sors dans la rue, la population est très variée. C’est juste un reflet de la normalité.

L’histoire de ce premier tome ne dure finalement qu’une journée. Est-ce une contrainte que vous vous êtes imposée ?

J.-L. M. : Oui, tout à fait. C’est une vraie opposition avec l’histoire des Campbell pour laquelle je travaille avec une pléiade de personnages qui évoluent dans le temps. Pour Zorglub, j’ai vraiment voulu faire un récit basé sur le comique de situation, avec peu de personnages qui évoluent autour d’un thème central. Même s’il y a beaucoup de courses poursuite, la majorité du livre se déroule dans la demeure de Zorglub avec seulement cinq personnages.


C’est presque une pièce de théâtre...

J.-L. M. : Exactement. C’était mon but, celui de faire jouer les acteurs. Et comme c’est le premier album de la série, je voulais faire découvrir mes personnages à travers leurs relations. La bande dessinée me permet aussi de laisser libre cours à mon imagination et d’intégrer des hélicoptères bizarres, de faire des choses très spectaculaires, des explosions… J’en ai profité. Je pense que si un scénariste de série télé pouvait le faire, il le ferait. Mais il ne peut pas se le permettre car ce serait hors de prix.

C’est vrai que certains lecteurs ont un peu buté sur les nombreux flashbacks présents dans Les Campbell

J.-L. M. : Si j’ai choisi une narration plus linéaire pour Zorglub, ce n’est pas à cause des critiques reçues mais bien par volonté de faire autre chose. L’histoire des Campbell est très fragmentée, ce qui demande au lecteur un petit effort de reconstruction temporelle.

La tentation du flashback aurait pu être présente afin de découvrir le passé de Zandra…

J.-L. M. : Oui. J’ai beaucoup réfléchi sur la façon de révéler la vérité sur Zandra sans tomber dans un flashback conventionnel. J’ai donc choisi cette astuce de page quadruple qui n’est pas non plus une technique nouvelle puisqu’elle était aussi présente dans un tome de la série Croisades de Dufaux et Xavier.

Comment aborder graphiquement un personnage que l’on a laissé il y a dix ans ? D’une façon tout à fait nouvelle ou avec les souvenirs de son dernier coup de crayon ?

J.-L. M. : Quand j’ai repris le personnage, je me suis lancé et j’ai laissé Zorglub venir sur les planches. En règle générale, je ne me fais jamais de réflexions graphiques. D’ailleurs, j’utilise toujours un même groupe de personnages, comme une petite troupe de théâtre dans laquelle je puise celui qui va le mieux coller à mes histoires. Après, je les habille ou je les coiffe de façon différente. Ça me permet de me concentrer sur ce qui m’intéresse et qui n’est pas le dessin en soi mais la succession des images.

A-t-on moins de pression vis-à-vis des puristes de Spirou quand on crée une nouvelle série plutôt que lorsqu’on en prend la suite d'une autre entamée il y a des dizaines d’années ?

J.-L. M. : Non. Sinon, je n’aurais jamais fait de Spirou. Je ne réfléchis pas à tout ça. Je me suis surtout demandé ce qui pouvait être chouette de lancer dans l’univers de Spirou.

Zandra est-elle destinée à devenir un personnage récurrent ?

J.-L. M. : On va la revoir. C’est un personnage qui fonctionne très bien par son opposition à Zorglub. Elle parvient à faire ressortir de son père tout ce dont j’ai envie. Bien entendu, il peut aussi y avoir des histoires dans lesquelles elle n’apparaitra pas du tout. Elle sera en tout cas présente dans le deuxième : elle vit son premier chagrin d’amour et Zorglub est désemparé. Il décide alors de partir en ville pour effectuer un casting afin de trouver le meilleur prétendant pour sa fille. Mais à sa manière à lui, un peu à la Saw. (sourire)




Propos recueillis par L. Gianati

Bibliographie sélective

Zorglub
1. La fille du Z

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Spirou et Fantasio
50. Aux sources du Z

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Note: 2.2/5 (203 votes)

Les campbell
1. Inferno

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